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Frère humain (extraits)

Par |2018-10-15T23:35:44+00:00 4 août 2013|Catégories : Blog|

 

Au moi­neau du refus
au moi­neau étran­glé
(des lacets à ses ailes d’enfant)
le poème consacre ses vers
bâton d’aveugle
pour silence sans borne
prière d’énigmatique souffle.

 

 

 

 

Ton corps buvait
néces­si­té élé­men­taire
pour que se taise la peur
inno­cente néces­si­té
ton corps buvait à grandes gor­gées
d’extravagante enfance
la mort lui était com­pagne
poème en acte
ton corps buvait
pour que vive ton rêve
nul des­tin, seule­ment des limites
frère humain
mort de mélan­co­lie.
 

 

 

As-tu la force là où tu es
d’être toi-même
as-tu la force d’être
celui que tu aurais été
sans ton dieu, sans tes maux
sans cet atroce étouf­fe­ment
as-tu la force aujourd’hui
par-des­sus la baie d’absence
d’entamer l’autre dia­logue
que de mots, que de pleurs ont fui
en cadence de dou­leurs
que d’amour
tant d’ombres ven­teuses en bas
dans l’écriture.

 

 

Quand pro­non­ce­ras-tu
la parole de silence
toi qui n’es plus corps des corps du monde
ta voix trouve trace dans la mienne
(pri­vée de bouche)
a peur de mou­rir de n’importe quelle mort
créa­ture de songe et de fumée
d’encre ancienne, de lan­gage et de sou­ve­nirs
s’essaie à par­ler
les mots sont des pré­textes
pas de déchif­fre­ment mais une traî­née de temps
peut-être as-tu vécu, frère humain
comme tous les tiens avant toi
sans jamais savoir
quelle est ta voix et où elle va
seule­ment l’ivresse
et l’extinction.

 

 

 

J’entends ta pré­sence
autant de lettres cou­tu­mières
pour écrire ton nom
mais d’une écri­ture défaite
un appel
que n’imprime pas la mon­tagne
ber­ceau et tombe
ni les murs effa­cés de ta chambre
ni la ter­rasse où tu ne res­pires plus
dans le ciel habi­té des oiseaux
l’avion conti­nue son vol
vers les espaces inexis­tants
le poème telle l’urne
s’ouvre et se ferme
n’attrape rien.

 

 

 

Tu as brû­lé les prés du pas­sage
les révé­la­tions de l’enfance
(trop de charge)
les com­men­ce­ments
mémoire des soleils se sont éteints
l’un après l’autre
main­te­nant res­tent les cendres
sur la biblio­thèque de nos vies
ton silence est sans répit pous­sière
ces vers, quelques braises
où le sens asphyxié s’émiette
quelle parole n’est pas voix d’extinction ?

 

 

 

La mort ouvre le monde à l’absolu réel
la des­truc­tion
en héri­tage dans nos corps et nos mots
signale son visage
celui-là même que je t’ai vu mou­rant
visage per­du
qui va son che­min du dehors au dedans
insou­cieux de tout ordre
per­du visage de vie cou­lé en visage de mort.

 

 

Tu n’as rien dési­ré d’autre
que le réel au-dedans de toi-même
le salut, tu n’y croyais pas
ton dieu était un dieu trop exi­geant
bien plus exi­geant que le Jésus de l’enfance
(tu avais été une nuit de Noël
son étrange incar­na­tion)
la foi en toi n’était per­sonne
et l’alcool n’était pas l’autre
(soli­tude de ta pas­sion)
comme tom­bées d’amour
les femmes dans tes yeux, tes mains
trem­blantes bribes de vie
tous les jours que ton dieu ne fait pas.

 

 

 

Je cherche ton corps
(la cage s’est méta­mor­pho­sée)
défi­ni­ti­ve­ment en allé
l’événement est arri­vé sans crier gare
défunte, ton âme ?
la radieuse n’oubliait jamais de vivre
peut-on mou­rir de trop de vie ?

 

 

 

extrait de Frère humain, édi­tions L'Amourier, 2012

 

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