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Goblin Market and Other Poems

Par | 2018-02-25T19:01:45+00:00 16 novembre 2013|Catégories : Blog|

 

Remember

 

Remember me when I am gone away,
Gone far away into the silent land ;
When you can no more hold me by the hand,
Nor I half turn to go, yet tur­ning stay.
Remember me when no more day by day
You tell me of our future that you plan­ned :
Only remem­ber me ; you unders­tand
It will be late to coun­sel then or pray.
Yet if you should for­get me for a while
And after­wards remem­ber, do not grieve :
For if the dark­ness and cor­rup­tion leave
A ves­tige of the thoughts that once I had,
Better by far you should for­get and smile
Than that you should remem­ber and be sad.

**

Souviens-toi

 

Souviens-toi de moi quand je m’en irai,
Partie au loin­tain pays du silence ;
Quand tu ne pour­ras plus me tenir par la main,
Et moi faire demi-tour, ni même res­ter.
Souviens-toi de moi quand, jour après jour, plus jamais
Tu ne me diras cet ave­nir que tu rêvais pour nous :
Souviens-toi seule­ment ; tu com­pren­dras alors
Qu’il sera trop tard pour les conseils et les prières.
Pourtant, si tu devais m’oublier un ins­tant
Et te rap­pe­ler ensuite, ne t’afflige pas :
Car si l’obscurité et la cor­rup­tion laissent
Un ves­tige de pen­sées qui furent miennes un temps,
Mieux vaut, de loin, que tu m’oublies et sou­ris
Que de te sou­ve­nir et être triste.

 

 

May

 

I can­not tell you how it was ;
But this I know : it came to pass
Upon a bright and bree­zy day
When May was young ; ah, plea­sant May !
As yet the pop­pies were not born
Between the blades of ten­der corn ;
The last eggs had not hat­ched as yet,
Nor any bird for­gone its mate.

I can­not tell you what it was ;
But this I know : it did but pass.
It pas­sed away with sun­ny May,
With all sweet things it pas­sed away,
And left me old, and cold, and grey.

**

Mai

 

Je ne peux te dire com­ment c’était ;
Mais ce que je sais : c’est arri­vé
lors d’une jour­née tra­ver­sée de brise et de lumière
Quand Mai était jeune ; ah, l’agréable Mai !
Et les coque­li­cots pas encore nés
Entre les épis de blé tendres ;
Les der­niers œufs n’avaient pas encore éclos,
Ni aucun oiseau renon­cé à son com­pa­gnon.

Je ne peux te dire ce que c’était ;
Mais ce que je sais : cela s’est pro­duit puis éva­noui
Disparu avec le soleil de Mai,
Disparu avec toutes ces choses si douces,
Et me lais­sa vieillie, froide et grise.

 

 

 

Song

 

When I am dead, my dea­rest,
Sing no sad songs for me ;
Plant thou no roses at my head,
Nor sha­dy cypress tree :
Be the green grass above me
With sho­wers and dew­drops wet ;
And if thou wilt, remem­ber,
And if thou wilt, for­get.

I shall not see the sha­dows,
I shall not feel the rain ;
I shall not hear the nigh­tin­gale
Sing on, as if in pain ;
And drea­ming through the twi­light
That doth not rise nor set,
Haply I may remem­ber,
And haply may for­get.

**

Chanson

 

Quand je serai morte, mon amour,
Ne chante pas de chan­sons tristes pour moi ;
Ne plante pas de roses à ma tête,
Ni de cyprès ombra­geux :
Sois l’herbe verte au-des­sus de moi
Imbibée d’averses et de gouttes de rosée ;
Et si tu veux, sou­viens-toi,
Et si tu veux, oublie.

Je ne ver­rai pas les ombres,
Je ne sen­ti­rai pas la pluie ;
Je n’entendrai pas le ros­si­gnol
Chanter, comme s’il souf­frait ;
Et rêvant à tra­vers le cré­pus­cule
Qui ne se lève ni ne se couche,
Par chance je me sou­vien­drais,
Et par chance, j’oublierais.

 

 

A Birthday

 

My heart is like a sin­ging bird
Whose nest is in a wate­red shoot ;
My heart is like an apple-tree
Whose boughs are bent with thick-set fruit ;
My heart is like a rain­bow shell
That paddles in a hal­cyon sea ;
My heart is glad­der than all these,
Because my love is come to me.

Raise me a dais of silk and down ;
Hang it with vair and purple dyes ;
Carve it in doves and pome­gra­nates,
And pea­cocks with a hun­dred eyes ;
Work it in gold and sil­ver grapes,
In leaves and sil­ver fleurs-de-lys ;
Because the bir­th­day of my life
Is come, my love is come to me.

**

Un anni­ver­saire

 

Mon cœur res­semble à un oiseau qui chante
Dont le nid se trouve sur un rameau trem­pé de rosée ;
Mon cœur est comme un pom­mier
Dont les branches se plient sous le poids du fruit ;
Mon cœur res­semble à un coquillage arc-en-ciel
Qui patauge dans une mer pai­sible ;
Mon cœur est plus heu­reux que tout cela,
Parce que mon amour est venu à moi.

Dressez-moi un dais de soie et de plume ;
Décorez-le de vair et de tein­tures pourpres ;
Sculptez-le de colombes et de gre­nades,
Et de paons aux cent yeux ;
Façonnez-le de rai­sins d’or et d’argent,
De feuilles et de fleurs-de-lys argen­tées ;
Parce que l’anniversaire de ma vie
Est venu, mon amour est venu à moi.

 

 

She sat and sang

 

She sat and sang alway
By the green mar­gin of a stream,
Watching the fishes leap and play
Beneath the glad sun­beam.

I sat and wept alway
Beneath the moon's most sha­dowy beam,
Watching the blos­soms of the May
Weep leaves into the stream.

I wept for memo­ry ;
She sang for hope that is so fair :
My tears were swal­lo­wed by the sea ;
Her songs died in the air.

**

Elle s’asseyait et chan­tait

 

Elle s’asseyait et chan­tait
Sur la rive verte d’un ruis­seau,
Regardant les pois­sons bon­dir et jouer
Sous les rayons radieux du soleil.

Je m’asseyais et pleu­rais
Sous les rayons les plus sombres de la lune,
Regardant les arbres fleu­ris de Mai
Pleurer leurs feuilles dans le cou­rant.

Je pleu­rais pour le sou­ve­nir ;
Elle chan­tait pour l’espoir si beau :
Mes larmes étaient englou­ties par la mer ;
Ses chan­sons mou­raient dans la brise.

 

 

 

A Smile and a Sigh

 

A smile because the nights are short !
And eve­ry mor­ning brings such plea­sure
Of sweet love-making, harm­less sport :
Love, that makes and finds its trea­sure ;
Love, trea­sure without mea­sure.
A sigh because the days are long !
Long long these days that pass in sighing,
A bur­den sad­dens eve­ry song :
While time lags who should be flying,
We live who would be dying.

**

Un sou­rire et un sou­pir

 

Un sou­rire parce que les nuits sont courtes !
Et chaque matin apporte de tel plai­sir
Aux doux ébats amou­reux, jeux inno­cents :
Amour, lequel invente et trouve son tré­sor ;
Amour, tré­sor sans rete­nu.
Un sou­pir parce que les jours sont longs !
Longs si longs ces jours qui s’écoulent à sou­pi­rer,
Un far­deau qui attriste chaque chan­son :
Alors que le temps éter­nise ce qui devrait être vola­til,
Nous vivons, nous qui sommes mori­bonds.

***

Traductions de Lydia Padellec
(mer­ci à John Taylor pour ses conseils)

 

 

(Poèmes extraits de Goblin Market and Other Poems, 1862)