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H.P.

Par |2018-08-15T01:36:09+00:00 27 avril 2013|Catégories : Blog|

 

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Bahia. Bouche dorée attend à la fenêtre bleue.
Ce matin elle a allu­mé une bou­gie à l’abri du vent
Dans un trou du mur de sable par­mi
Des arêtes affi­lées, des algues, des dépôts marins.
Elle a posé une gerbe de fleurs dans l’eau
(Une ruse de Salvador)
Pour voir si la mer la ren­drait.
Mais non.

(Le hamac sur le véran­da est vide, c’est son hamac.)

A sa place, sur la crête de l’onde sont arri­vés les enfants, cadeau de l’écume, de petits
Points noirs dans un long après-midi. Dans leurs yeux enfan­tins
Des côtes cas­sées des barques de pêcheurs
Deviennent des côtes des baleines échouées. L’Atlantique éclate

Dans les arbres d’eucalyptus.

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Il pleut. Des nuages en tôle traînent sur la terre. L’herbe plonge dans l’océan.
L’eau monte au-des­sus des roues d’automobiles. Je m’arrête à mi-che­min. Une file de huttes en tor­chis dans le fos­sé. Devant la can­tine une table de billard avec une Chaise à la place d’un pied. Un âne atta­ché au poteau et oublié. SEVEN-UP. La Lumière se dépose sur les pointes des arbres. Je ferme les fenêtres. La vapeur sort de la machine. La pluie emporte des branches et des brous­sailles. L’eau bout. L’horizon dis­pa­raît. La lave remonte des puits cachés. La radio s’éteint. Le Brésil se tait.
Le Brésil est une fente jaune clair dans le ciel opaque,
un cou­loir pour les oiseaux.

Le Brésil est ses gens en encre noire.

Prochainement, cette route devien­dra un fleuve qui se jet­te­ra dans la mer,
L’eau se déver­se­ra dans l’eau et la dif­fé­rence se dilue­ra.

 

            xxx

Ton marin est mort, Bouche dorée.
Je l’ai vu cette nuit à deux heures du matin. Il était seul
Sur le pont du bateau diri­gé vers l’Argentine et vidait une bou­teille.
Sur la pho­to en noir et blanc, ses yeux avaient l’air impé­né­trable,
L’obstination les a ren­dus fluo­res­cents.
Il a levé le col de son man­teau, il vou­lait se don­ner un air dan­ge­reux
Mais on voyait qu’il était doux et géné­reux.

Dans sa main il tenait un petit car­ré rouge our­lé par un
point chaus­son. Dessus l’inscription XANGÔ ou quelque chose comme ça.
« Macumba de Gringo », a-t-il dit avant de dis­pa­raître.

 

(in memo­riam a Hugo Prat)

 

Extrait du recueil Južni križ  (« La croix du Sud »).
Traduction de Brankica Radić

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