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Haïkus des cinq saisons de Alain Kervern

Par |2018-08-20T23:08:02+00:00 3 mars 2014|Catégories : Blog|

     Le « mot de sai­son » consti­tue « l’essence » du plus petit poème du monde. Le Brestois Alain Kervern le rap­pelle dans son nou­veau livre Haïkus des cinq sai­sons, abon­dam­ment illus­tré par des poèmes de grands auteurs japo­nais.

     Cinq sai­sons ? Oui, parce que le pas­sage d’une année à l’autre consti­tue en Extrême-Orient le moment le plus impor­tant du calen­drier. Le nou­vel an consti­tue une sai­son en soi. Ses pré­pa­ra­tifs débutent à par­tir du 13 décembre et la période se ter­mine le 7e jour du pre­mier mois. « Premier rêve de l’an/je le garde pour moi/​et j’en sou­ris tout seul » (Itô Shoû, 1859-1943)

     C’est dans le Grand alma­nach poé­tique japo­nais (que Alain Kervern a tra­duit en fran­çais et publié aux édi­tions Folle avoine) que l’auteur de haï­kus trou­ve­ra, tout au long de l’année, les mots-clés cor­res­pon­dant aux dif­fé­rentes sai­sons et qu’il pour­ra uti­li­ser dans l’élaboration de ses poèmes. Dans le livre qu’il fait aujourd’hui paraître, Alain Kervern ana­lyse, à titre d’exemples, sept mots-clés par sai­son. Ainsi pour le prin­temps – dans lequel les Japonais entrent dès le 4 ou 5 février – il y a les mots « semailles », « pru­nier », « lune de prin­temps », « ceri­sier », « sou­rire de la mon­tagne », « oiseaux dans les nues », « som­meil de prin­temps ». Concernant le ceri­sier, arbre emblé­ma­tique de la culture japo­naise, Alain Kervern a notam­ment rele­vé ce haï­ku du grand Kobayashi Issa (1763-1827) : « Du pays natal/​que j’avais abandonné/​les ceri­siers sont en fleurs ».

        Pour le plai­sir, glis­sons vers l’été avec Ryôta (1718-1787) : « Oh ! Les lucioles/​blancheur des dames de cour/​à bord d’un bateau blanc ». De l’automne, saluons l’épouvantail. « Il tend l’oreille/vers les dieux de la montagne/l’épouvantail » (Iida Dakotsu, 1885-1962). Et l’hiver venu, cou­rons vers la neige : « Neige des cimes/​constant rappel/d’autres loin­tains » (Hashimoto Takako, 1899-1963).

        Alain Kervern rap­pelle que, à l’occasion du prix Nobel qui lui fut décer­né en décembre 1968, Kawabata Yasunari pro­non­ça un dis­cours dans lequel il énon­ça les cri­tères esthé­tiques fon­da­men­taux de la sen­si­bi­li­té japo­naise tra­di­tion­nelle. Pour ce faire, il cita sim­ple­ment un poème célèbre du moine Dôgen (1200-1253). « Au prin­temps les fleurs des cerisiers/​en été le coucou/​en automne la lune/​et en hier, la neige claire et froide ».

    On retrouve toutes ces thé­ma­tiques sub­ti­le­ment ana­ly­sées dans le livre de Kervern (sous-titré « varia­tions japo­naises sur le temps qui passe »). S’y plon­ger, c’est à la fois pra­ti­quer un exer­cice péda­go­gique et éprou­ver un grand plai­sir esthé­tique. Les beaux haï­kus qu’il a sélec­tion­nés pour nous faire par­ta­ger les émo­tions sai­son­nières vécues au long d’une année par les Japonais, voi­sinent avec les élé­gantes pein­tures de Tanigawa Nagaïshi.

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