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IDUS MARTIAS

Par |2018-10-19T19:59:19+00:00 31 août 2014|Catégories : Blog|

 

(…)

L’averse ces­sa. Parmi les débris de l’automne, titu­bant au bord de l’hiver, je levai les yeux : recou­vert de suie, le tilleul célé­bra l’immolation de l’été der­nier ; mille perles liquides dépo­sées sous chaque branche le cou­ron­nèrent d’un dia­dème de cris­tal, éle­vant la mort elle-même, dans une per­fec­tion éphé­mère, au rang de miracle. Une racine encore dans la tombe, le prin­temps déjeu­na à ses noces des reliefs du ban­quet funé­raire.

 

Enfin tous les êtres déses­pé­rèrent du jour et offrirent leurs dépouilles inertes au poi­gnard de sable du som­meil. La paix recou­vrit fosses et nids, alvéoles et lits. Sous forme de songes, dis­crè­te­ment l’espoir s’évada de la cou­lisse céleste, là où chaque nuit la fronde solaire pro­met pour l’aube l’or des nuées.

 

Les chou­cas s’agitèrent dans les fron­dai­sons, fomen­tant une ombre plus grande que l’arbre au-des­sus du puits, que la lune au-des­sus de la nuit. Battant des ailes, ils s’encouragèrent mutuel­le­ment de leur arro­gance, igno­rant que dans la chambre en bois rou­laient dans ta che­ve­lure de plus pro­fondes ténèbres.

 

L’aurore abo­lie gas­pilla ses der­nières mèches sul­fu­reuses au contact des torches de givre de la forêt. La ren­contre du chaud et du froid, du rose et du gris, sus­ci­ta l’esprit de ran­cune en l’oiseau, pri­vé de la grâce du tou­cher, ingrat de celle de la volée. De dépit, vers les coteaux fuli­gi­neux ils s’éloignèrent.

 

À peine si, à la fenêtre, pen­ché sur l’aube je sen­tis la terre humide. Le jour s’arracha aux brumes, se dépar­tit len­te­ment de la pesan­teur qui le les­tait, et rejoi­gnit avec son disque orange la région de Jupiter.

 

 

 

(extrait de De jour comme de nuit, avec Pierre Dhainaut, Le Bateau Fantôme, décembre 2013)

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