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Il n’y aura pas de suite à cette parole

Par |2018-10-16T01:50:38+00:00 26 avril 2013|Catégories : Blog|

 

Il n’y aura pas de suite à cette parole…
Une race nou­velle va naître, qui ne por­te­ra que son visage.
Sans ascen­dance, sans adop­tion. Sans recon­nais­sance, sans migra­tion.
Niant toute aube tout de même que tout cré­pus­cule…
Une race ver­ti­cale jusque dans sa langue,
se pro­cla­mant par­tout chez elle.
Une race affa­mée, assoif­fée et iras­cible ; d’une impa­tience irré­pres­sible reven­di­quant toutes les jus­tices.

 

Une race non point incen­diaire, disant de soi, mais inflam­mable comme des moines de Bouddha
dans le cri d’exil des neiges de Tibet lan­cé en dra­gon de feu dans l’épouvante et l’émoi des foules ;
une race pro­li­fé­rant sur toute la sur­face du globe,
sans étreinte, mais par la splen­deur de sa flamme exal­tée dans l’arithmétique d’une mul­ti­pli­ca­tion
des lati­tudes par les lon­gi­tudes,
vingt-quatre heures croix
vingt-quatre heures ;
dans la puis­sance du temps ;
à la racine car­rée de nord ; à la racine cubique de sud ; à la racine bicar­rée d’est ; et l’ouest, tou­jours à la puis­sance zéro comme pour dire l’unité des­ti­nale de même cendre, le nihi­lisme d’une terre rêvant éveillée,                
et déjà dans sa mort !
― le scan­dale de l’invraisemblable défaite de la lumière :
le soleil se dis­sol­vant dans les ténèbres,        
vain­cu, éteint ;
la nuit s’étalant et régnant en paix   
comme une évi­dence !
Une race nou­velle va naître,
qui n’aura que mépris             
pour nos vaines espé­rances.
Il n’y aura pas de suite à cette parole,
pas plus qu’il n’y aura de pré­dic­tion qui tienne debout
sur la fin pré­ten­due de l’Histoire.
Une race nou­velle va naître.
Elle pro­cla­me­ra appor­ter à notre terre
la pro­messe de la ceindre d’un équa­teur de feu.
Il n’y aura pas de suite à cette parole
nous deman­dons quelle est la vio­lence de l’infranchi          qui dort en lui s’attarde devant la carte des tue­ries
nous deman­dons quel jour voit son monde      
dans l'intimité de sa tem­pête
l'éclat inté­rieur qui la rend étran­gère à toute sépa­ra­tion
Un grand fleuve d'ombres pressent l'invisible his­toire
défaite dans son lit le tiers-mys­tère de toi….. 
en sor­tie de nudi­té
La misère est un géno­cide, elle arrache à l'homme,
en le ren­dant tota­le­ment dépen­dant, sa taille d'homme.
Comment pen­ser sa digni­té, quand le vital n'est acces­sible que par la grâce des autres ?
Paroles mys­té­rieuses de la clair­voyance, écoute ini­tiale
où l'on entend rêver les fonds.
Ici la nuit vient boire en l'homme.
Eteins tes yeux, inutiles à la lumière de ce jour.
Renverse-les sur la nuit,
sur ce rivage de ténèbres où notre siècle a sa demeure, où sont déte­nues nos souf­frances,
nos appels aveugles tâton­nant sans jamais trou­ver
l’issue d’une libé­ra­tion.
Eteins tes yeux.
Ouvre-les sur la myriade de tré­sors d’étoiles dis­souts en tes larmes, l’océan embla­vé de semences du ciel.
Eteins tes yeux.
Vois dans la nuit de tes iris l’étendue étoi­lée.
Trie. Offre nous cette pierre, cet asté­roïde en errance
d’amour qui devien­dra lumière de vie
avec l’émergence de regards nou­veaux
Eteins tes yeux.
Dans l’innocence retrou­vée,
feuillette les nuits du monde, et monte,
à la vierge page du som­meil de Jacob,
sur l’échelle ver­ti­cale,
comme y vont et viennent de la terre au ciel
les anges inquiets…
Une race nou­velle va naître,
d’enfants très savants, légistes et mys­tiques-nés, qui dans le fos­sile retrou­ve­ront les mots de la tra­gé­die,
et dans la pous­sière, les éclats des rires cyniques ruis­se­lant des coupes d’ivresse des palais fan­tômes,
et dans les pier­re­ries, le sang et les bles­sures réfu­giés dans le scin­tille­ment des rubis,
et dans le vent, ils mon­tre­ront les sou­pirs, les gémis­se­ments, les angoisses et les silences, comme autant d’antigènes de la peur,
et dans la lumière, appen­dus telles des appa­ri­tions, des visages à créer, des visages à perdre, selon qu’il est écrit en leurs rituels très secrets et très véné­rés,
une race nou­velle va naître ; d’enfants très savants,
qui refusent le des­tin de mules à char­ger de famines que se léguaient de géné­ra­tion à géné­ra­tion
les huma­ni­tés anciennes, sur le dos ne por­tant rien à elle mais le poids d’un rêve, d’une paix, trop lourde pour la poser sur les tables d’une loi qui n’a pas la force de l’amour.
Ils se tiennent au pied des Alpes, des Atlas et des Himalaya, et ils poussent ensemble.
La mon­tagne bouge, elle se penche, elle s’incline. Les prières passent, enfin…   elles vont et se rejoignent là-bas, de l’autre côté des mas­sifs, sur le front d’horizon,
pour y faire, exau­cées, la source d’un orient nou­veau.
Il n’y aura pas de suite à cette parole,
une race nou­velle va naître…(…)

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