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Irrémédiablement présent

Par | 2018-05-22T06:36:55+00:00 28 juin 2017|Catégories : Blog|

 

 

IRREMEDIABLEMENT PRESENT

 

Au bord du trot­toir à côté du cor­don de police
une mare de sang, les réser­voirs d’essence des voi­tures

dans le garage sur West Street
qui explosent, air com­pri­mé, l’alarme du gon­fleur

à bout de souffle, saute, et roule sur le sol.
Cette femme les yeux fixés dans le vide, la robe

en feu. Ce qui sur­vient l’espace
d’une seconde. Sur un sol intact,

une map­pe­monde éclate
comme un bal­lon. Un pan­neau de sor­tie de secours

du pla­fond se liqué­fie. Les équi­va­lences faciles
sont à évi­ter. L’enfer l’horreur

dans le quo­ti­dien. Identifiables
le verre et le métal, pas les atomes

des cendres humaines. Je jette mes pen­sées,
séquences d’images, d’émotions, dis­soutes

dans une masse, enco­dées dans le cer­veau.
La pro­fon­deur ou la lar­geur de la haine mesu­rées ?

De si haut, le temps qu’il faut
à ceux qui tombent. Serait-ce que la réa­li­té, décou­sue

ne puisse se dis­cer­ner ou que la conscience,
décou­sue, ne puisse la dis­cer­ner ?

Le mes­sage que je trans­mets
Ce rayon d’énergie foca­li­sée, non, ai-je dit,

non, je ne vais pas lais­ser quoi que ce soit
t’arriver. Je mobi­lise

dans mon cer­veau un lieu où mes pen­sées trou­ve­ront
les tiennes – non, rien ne va t’arriver.

Un pro­blème de lan­gage, main­te­nant,
n’est-ce pas ? Il y a ces cercles vicieux

des causes accu­mu­lées.
Irréel c’est le mot. Je ne connais aucune

défense contre ceux qui sont accros à la mort. Dieu.
Mon Dieu. Je croyais que c’était fini, il le fal­lait

abso­lu­ment. Qu’est-ce que je suis cen­sé res­sen­tir ?
Des images qui, après cela, tournent dans la tête.

Surgissant devant moi, dans la fumée, cet homme
Devant la grille n’arrive pas à res­pi­rer.

J’ai du mal à res­pi­rer, dit-il.
Vous avez vu ? J’ai vu. J’ai peur.

De quels … de quels états d’esprit s’agit-il ? Grise et
mar­ron, une boue épaisse de débris,

poudre. Une bande de contre­pla­qué de la fenêtre
qui pend – de quel genre d’arbre  ?

Ce qui n’est pas sépa­ré, ce qui n’est pas
grif­fon­né, ce qui ne sera pas méta­mor­pho­sé,

réduit, se décla­rant, l’on dira que ce sera
irré­mé­dia­ble­ment figé, irré­mé­dia­ble­ment pré­sent … 

 

 

Poème extrait du recueil Into It (Farrar, Straus and Giroux, 2005). Traduction inédite Catherine Pierre-Bon – Droits réser­vés.

 

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