> J.L Maxence, Soleils au poing

J.L Maxence, Soleils au poing

Par | 2018-05-25T20:31:52+00:00 22 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Les édi­tions du Castor Astral, dont le cata­logue de poé­sie est un des plus beaux de notre époque, ont eu l’excellente idée de faire paraître une antho­lo­gie des poèmes de Jean-Luc Maxence. Anthologie concoc­tée par les soins du poète, par­mi des poèmes parus depuis les années 70 chez divers édi­teurs, dont SGDP, Chambelland ou Le Nouvel Athanor, ou dans des antho­lo­gies col­lec­tives, des revues. Il s’agit ici de réunir ce qui est épars, de tra­vailler aus­si, à l’évidence, à reti­rer ce qui, aux yeux du poète, appa­raît peut-être comme étant des sco­ries. Maxence a ain­si choi­si de nous don­ner le meilleur de sa poé­sie. À lire l’ensemble, on com­prend mieux pour­quoi le titre du recueil com­mence par le mot « soleils » au plu­riel et pour­quoi les­dits soleils sont tenus « au poing ». Il y a plu­sieurs Maxence, tant en ce qui concerne l’écrivain et son par­cours que en ce qui concerne sa poé­sie. Et dans tous les cas, ces Maxence mul­tiples sont unis le long d’un axe, quelque chose d’un com­bat au poing. On trouve cette idée de mul­ti­pli­ci­té dans la belle pré­face de Delbourg, belle en son ami­tié, dans laquelle le pré­fa­cier tente de sai­sir en Maxence un « Max Jacob soixante-hui­tard ». Et en effet le poète sur­prend de par ses enga­ge­ments divers, entre outils de construc­tion, psy­cho­lo­gie des pro­fon­deurs et maga­zines catho­liques, action auprès des jeunes malades et défense de la liber­té de 68. Maxence n’est pas un mys­tère, n’en déplaise à Delbourg, il est un poète, c'est-à-dire un homme vivant en com­plète liber­té, toutes contra­dic­tions réunies de par leur com­plé­men­ta­ri­té. Une situa­tion, plu­tôt qu’une posi­tion, qui ne peut que dérou­ter en ce début de siècle soli­di­fié. Maxence est sim­ple­ment ani­mé par plu­sieurs feux /​ soleils, cer­tains lumi­neux, d’autres proches d’un soleil noir.

C’est aus­si le cas de sa poé­sie. Forcément. À moins d’accorder du cré­dit à cette étrange légende selon laquelle un homme écri­vant et l’écriture née en cet homme serait sépa­rables. Le recueil com­mence par un poème sim­ple­ment nom­mé Mai 68, poème qui voit un « éclat » inédit dans les slo­gans de la jeu­nesse et admire les cra­que­ments de vieux dont souffre la bour­geoi­sie. On dit par­fois que Maxence est un homme de droite, cela doit bien amu­ser le poète qui a écrit ce beau poème anti­ca­pi­ta­liste inti­tu­lé Au Temple. Maxence est rare­ment là où on croit l’entendre, lui qui écrit ceci :

 

J’attends en vain
Le divorce des étoiles

 

Ou qui observe ce moment « Quand l’impasse du monde égorge le soleil ».
Des images vivantes, ful­gu­rances deve­nant la réa­li­té dans les yeux du lec­teur, la poé­sie en somme. Il y a cela dans la poé­sie réunie en ce recueil. Il y a aus­si des vers des­cen­dant vers les pro­fon­deurs, sui­vant les racines d’un aca­cia, chez ce poète maçon autant que chré­tien, ne mas­quant du reste aucun de ses enga­ge­ments, ce qui auto­rise le chro­ni­queur :

 

Pour mieux cer­ner notre espé­rance
J’oublierai l’affrontement noc­turne de l’Air et du feu
Inutiles débats pour quelques taches en plein soleil
Il n’est pas de bon­heur sans pas­sages tristes
D’eux je gar­de­rai la nudi­té bles­sée d’un enfant per­du
Un cer­tain goût de sel qui m’enserre encore

 

Une poé­sie qui ne manque pas non plus de facé­ties, comme dans les vers des Amants de la Sierra Nevada, ni d’amour, tant il n’est guère de poé­sie sans amours et jolies femmes. Poètes, nous serons en accord là-des­sus.

Ou d’humour sérieux quand il reprend le thème de Liberté, dans ce poème Eluard et Coca-Cola et qui se ter­mine par ce vers : « Ils ont écrit ton nom
Coca-Cola »

Il y a une contes­ta­tion de non confor­miste révo­lu­tion­naire, une sorte d’anarchisme spi­ri­tuel dans la per­sonne et la poé­sie de Jean-Luc Maxence, et c’est cet ensemble d’apparence dis­pa­rate, pour ceux qui ne savent pas lire dans les âmes, tout cela, qui fait la valeur de ce livre.

Maxence, édi­teur des étoiles, poète libre pre­nant ce métro qui menait à la mer.

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