> Jean-Pierre Lemaire en son premier recueil

Jean-Pierre Lemaire en son premier recueil

Par |2018-08-15T01:35:34+00:00 16 juin 2012|Catégories : Critiques|

Jean-Pierre Lemaire est l’auteur d’une œuvre poé­tique forte, pour l’essentiel édi­tée chez Gallimard et au Cheyne. Ce livre est la réédi­tion du pre­mier recueil du poète, paru aux édi­tions La Dogana en 1981. Il n’était plus dis­po­nible depuis long­temps. L’éditeur, Florian Rodari, diri­geait à l’époque une fort belle revue, La Revue de Belles Lettres, et avait fait paraître une par­tie des pre­miers poèmes de Lemaire. Puis, Les marges du jour lui fut remis par Pierre Oster, lequel n’était pas par­ve­nu à impo­ser ce recueil aux édi­tions du Seuil. Le poète était alors appré­cié par nombre de ses pairs, ain­si Jean Grosjean ou Yves Bonnefoy. Qui connaît le tra­vail de Jean-Pierre Lemaire ne sera pas sur­pris par ce recueil : la poé­sie de l’écrivain est ver­ti­cale et Les marges du jour ne déroge pas à cette « règle ». Le recueil est orga­ni­sé en trois « veilles », condui­sant le lec­teur de Derrière le mur aux Pas phos­pho­res­cents. Une ver­ti­ca­li­té qui relie la terre et le sacré en un appel à l’entrée de l’esprit de la vie dans la matière, ou encore à une spi­ri­tua­li­sa­tion de la forme dans laquelle nous errons :

 

« La terre est mince comme un fil
et sans le balan­cier des étoiles
il craint à chaque pas de tom­ber en dehors
de chan­ger d’âge, de cou­leur d’yeux
de ne pou­voir rien prendre avec les mains
sinon la main de l’inconnu, en face
qui marche vers lui comme sur la mer »

 

À Bouche close, titre du deuxième ensemble, cette poé­sie est gui­dée par l’intuition d’un envers du décor :

 

« Derrière la brume
fine de la page
l’envers muet du monde
le fan­tôme des vies
pas­sées sous silence

Tu ne peux tra­ver­ser
l’infime fron­tière
tu écris seule­ment
pour en suivre l’ombre
et les révé­ler de ce côté-ci
comme des perce-neige »

 

Un envers acces­sible le long de l’échelle, laquelle pour­rait être un sym­bole de la poé­sie elle-même :

 

« Entre nous l’éternité
recreuse ses clairs abîmes
que le temps avait peu à peu com­blés
avec les cendres des semaines

pour aller l’un vers l’autre
il faut mar­cher sur l’arc-en-ciel
plus solide à mesure qu’il monte
et dont le pied se perd »

 

Loin des labo­ra­toires d’expérimentation, au creu­set du seul labo­ra­toire qui vaille, celui du cœur de l’homme, la poé­sie de Lemaire est de cette famille qui en appelle au recours au poème, poé­sie de résis­tance au sens le plus pro­fond du terme, que l’on rap­pro­che­ra, dans l’intuition, de celles de poètes tels que Baudry, Clancier, Maison, Garnier-Duguy, Bocholier ou Boulanger.

 

Jean-Pierre Lemaire est né en 1948 à Sallanches. Une crise spi­ri­tuelle, durant les années 1970, lui fait prendre conscience de son état de l’être catho­lique. C’est donc natu­rel­le­ment qu’il publie ses pre­miers poèmes, chez Gallimard, sous le par­rai­nage de Jean Grosjean. Depuis, son œuvre paraît essen­tiel­le­ment chez le même édi­teur.

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