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Jeunesse de l’Instant

Par | 2018-05-20T18:08:52+00:00 24 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

Extrait inédits à paraître aux édi­tions Polyglotte-C.i.c.c.a.t

 

 

Dans la soli­tude étrange du matin

Entravés par la lumière
nous ne sommes pas les seuls qui s’apprêtent à mou­rir

Les cou­leurs sont poreuses
images glis­sées à tra­vers les astres tor­tueux

L’oiseau cou­su à l’espace
immo­bile par­court le silence

La rue nous accom­pagne
jusqu’à cette fenêtre qui n’est pas le visible

 

***

Replié à sa place
le grand côté de la pluie

Chacun vole à l’intérieur
à la façon de l’œil dans sa pau­pière

Tout vien­drait d’une source
que l’on n’entendait pas

La nuit est déjà fer­mée
le jour tiré à la fenêtre

 


***

Le silence n’a pas de pierres
ces sta­tues sont les nôtres

L’herbe au grand lignage
son mur­mure

Les oiseaux
leurs ailes détour­nées des grandes fresques

La rive est une com­pagne plus habile le soir
nous avons été les der­niers à com­prendre
la mul­ti­tude est une seule chose

***

Le froid bran­dit le ciel
qui s’abat d’un coup

La nuit facile
s’éloigne sur le banc
dis­pa­raît sans se retour­ner

La ville muette
les yeux bais­sés
rentre dans la nature

***

Toute la lumière
assise dans la neige
avec un seul oiseau noir

La terre se dépêche
mais nous n’avançons pas
juste pui­sés avec l’eau

L’église mur­mure
à la façon des arbres
sans pou­voir pro­non­cer le mot

 

 

***
La soli­tude est le seul che­min
la porte res­tée ouverte

Dans le café plus étroit
le cris­se­ment des pen­sées
le sable de la pluie

Les gens touf­fus
se gardent pour d’autres
qu’ils ne ver­ront jamais

Le seuil s’est déta­ché plus loin
ce n’était pas cette parole

On suit long­temps avant d’être
ce que l’on était tou­jours
le soir l’herbe se dirige vers le lac

***

Une fois la terre nous a per­dus
du vieil arc

L’intérieur coule jusqu’au par­vis
délais­sant la lumière aux allures de vitrail

Lâchées toutes les flèches
du monde des oiseaux

L’avenir embué nous cache
l’absence est un feuillage

***
Le bleu lisse de l’aube
pré­pa­ré dans les bas­sins

Le blanc choyé
nuages de mer

D’autres silences
baignent dans le roc

La terre approche encore
mais nous n’écoutons pas

Le grand saule nous attend au bas de la col­line
il nous reprend lorsque nous pas­sons
une coc­ci­nelle est là aus­si

***

La nuit la ville se détache
va tous ses navires allu­més

Sur la grande neige
mer soli­taire

Le froid regarde par­tout
le silence visible est un par­fum blanc

L’univers se dis­sipe de nous
en fait la peur était l’un des jar­dins

***
Les mon­tagnes appellent dans la brume
navires per­dus
lais­sant de longues traces de neige

La flamme des jon­quilles
allu­mées dans le vent
tremble sans s’éteindre

***
Le soir au pays des bao­babs
les femmes rentrent le ciel
lâchent les étoiles avec les chiens

Le vent souffle les der­niers cris
la terre pré­pare les oiseaux
qui vole­ront demain

***
La forme est plus lente que l’atome
elle s’attarde
reste visible long­temps

Le che­min invente l’espace
les arbres sont pas­sées sans bruit
par une nuit sans lune

Ils sont arrê­tés plus haut
sur un bord de la mon­tagne
je ne sais pas ce qu’ils attendent

 

***
Les grands ani­maux sont-ils dis­tincts
des étoiles dor­mantes

La mon­tagne et sa crête de coq
ses pelisses blanches
ran­gées pen­dant l’été

La pré­sence est vide
pour ceux qui ne le sont pas

Peu d’immensité
sauf au fond de nous

µµµµ

Les étoiles se sont bles­sées à nos yeux
la ville se cache dans cette dou­leur

La route visite encore
elle nous traîne
dépo­sant des sables

Pliures des rues
la ville se rem­plit

Soir de mer
le chien noir entre dans l’eau
avant le soleil

***

Sans limites les arbres
sans pen­sées
sur les toits les oiseaux sans ver­tige

Près d’un chat qui se frotte
une jeune femme accrou­pie  
les corps coulent sans se trom­per

La rivière
dans tout ceci
s’enfuyant seule

***

 

Dans la nuit
sous la pluie
le chant hési­tant des routes

Une goutte
la terre se détache

Dans la brume cares­sante
le blanc plus vif des pierres
les mai­sons passent len­te­ment

µµµ

L’aube
le mur­mure de jade
le teint de l’immensité

Les géra­niums arrivent sous les pins
les îles trainent
au loin dans la brume

Le vent paci­fique
découpe
au même endroit que les sta­tues

***

L’étendue fait rage
demain chif­fon­né que l’on reprend

La nuit remonte à la sur­face
nue dans le jour

L’odeur gla­cée des sources
le pan bat­tant de l’horizon

Nous n’avons plus de liens
ailleurs n’existe pas

Emportant le silence dans un sac
nous finis­sons à chaque pas nos regards

 

 

µµµµ
Lys des nuées
le vent à ses récifs
mer à d’autres déli­vrances

Les mouettes s’étalent
lisses loin­taines
conti­nent fauve

Les arbres se démènent
le soleil est bleu
sans s’inquiéter

***
Parmi nous
l’aventure d’une fleur
et inver­se­ment

On ne sait plus
où sont les racines
ni les oiseaux ou les morts

Le monde est tom­bé de la fenêtre
se relève
s’en va seul

 

Parmi nous
l’aventure d’une fleur
et inver­se­ment

On ne sait plus
où sont les racines
ni les oiseaux ou les morts

Le monde est tom­bé de la fenêtre
se relève
s’en va seul

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