> LA CUISINE, OBSCURITE ORIGINELLE …

LA CUISINE, OBSCURITE ORIGINELLE …

Par | 2018-05-25T15:04:03+00:00 2 février 2013|Catégories : Blog|

 

LA CUISINE, OBSCURITE ORIGINELLE DES CHOSES

 

Ici, je sens l'obscurité ori­gi­nelle des choses et le cla­que­ment furieux des portes, un vent fan­to­ma­tique qui siffle à tra­vers les pièces, à tra­vers les fentes, ici, je suis seule comme la douce petite fille d'autrefois que j'imagine regar­dant une ran­gée d'arbres par la fenêtre, regar­dant la peur : un épi­neux buis­son de roses.

Ici, toute la colère de l'enfance sur­git à tra­vers la soli­tude, à tra­vers le mur com­mun :
les cerises et les fraises meur­tries brillent fan­to­ma­tiques dans l'écuelle, ici habitent la tris­tesse des pommes de pain et des fleurs, le reflet d'une fenêtre éloi­gnée dont l'éclat retombe sur les oranges, sur l'ordre jau­ni des fruits.
Abandonnées, les choses muettes gardent le silence sacré des sou­ve­nirs :
une cafe­tière qui des nuits entières veillait sous le filet d'eau, dans les bras du tor­chon ou sur la cha­leur joyeuse d'une plaque de cui­si­nière ; une tasse à café, noire, nul­le­ment pro­pice à la divi­na­tion et la voyance, quelque verres bleus étin­ce­lant dans la gri­saille de cer­taines heures à tra­vers les­quels je contem­plais, muette, les rideaux, la fenêtre bai­gnée de lumière et le clair de lune.

Là rêvent des cham­pi­gnons de cire lil­li­pu­tiens dont les tristes cha­peaux sont cou­verts de mèches rouges
– pétioles de fruits oubliés,
condam­nées à se lan­guir après l'écuelle, après la bouche de quelqu'un qui n'est pas ici.

Ici per­dure tel un sou­ve­nir la tris­tesse des coni­fères
– quelques branches d'une allée éla­guées dans le mur gris d'une obs­cu­ri­té et d'un silence, en cet ins­tant de silence, en cette prière sourde.
Une petite étoile d'eau s'écoule du robi­net pareille à une larme, on entend un mur­mure de dédain, le glou­glou du lait, c'est une nuit sombre, sans étoile, le ragoût esseu­lé refroi­dit dans le plat com­mun alors que bouillit la soupe, la ciga­rette se consume dans le cen­drier qui garde le sou­ve­nir de mes cendres si proches, de mes empreintes digi­tales, de ma pous­sière ter­restre.

Il y a ici un petit tableau noir sur lequel on écrit et on efface avec une éponge en forme d'étoile hexa­go­nale qui s'imbibe d'eau puis se des­sèche ou avec un quel­conque crayon, vers la fin, amou­reuse de la terre et de la chute.

 

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