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La Danse du Chacal (Fragments)

Par |2018-10-18T20:18:58+00:00 14 avril 2013|Catégories : Blog|

 

(…)
Maintenant
je suis une réplique dans ton monde
mes yeux voient
crève-les
tu ver­ras tom­ber une eau salée

 

Depuis le lait béni du sein mater­nel
depuis les sai­sons recu­lées des ombres épaisses
depuis la vie qui confu­sé­ment s’éveille
je n’ai ces­sé de vider mes veines encom­brées d’universaux

aujourd’hui
par­fois dans mes rêves
je souffle à l’oreille d’un enfant :
On ne me ver­ra pas
on ne m’entendra pas
la vie est une rumeur
je m’en irai comme un rêve
je quit­te­rai ce monde qu’un souffle à peine effeuille

 

J’ai mis la Méditerranée dans mes yeux
les plus beaux poèmes des sans conti­nents
pour faire escale au milieu de ta splen­dide obs­cé­ni­té
cre­ver ta déme­sure
Ô prince des conver­tis
auto­pro­cla­mé Éclaireur du monde et de sur­croît incom­pé­tent !

Je suis Jonas recra­ché par la bête immonde
dont la foi en l’homme est res­tée intacte

 

Mon exis­tence se pour­suit au niveau des fré­mis­se­ments
de la vie cachée
vie cachée au sens de célé­bra­tion
de mémoire
de deve­nir qui com­mence là où finit ta vision habi­tuelle et uti­li­taire des êtres
des objets
de la nature

Si mon visage frappe aux portes de main­te­nant
si je m’adresse à ton intel­li­gence
c’est sans bruit
mon silence je le place à hau­teur d’arbre
de son élo­quence
pour que tu te chauffes au feu
que mon audace allume

 

Si mon visage frappe aux portes de main­te­nant
c’est parce que tu es mon ombre
-je marche et c’est  ton ombre qui appa­raît sur le mur cour­bé-
ma rai­son dans ce monde si petit
si aléa­toire où la déser­tion se géné­ra­lise
au pro­fit d’un nar­cis­sisme sans exemple
c’est parce que j’ai tou­jours ché­ri la liber­té
mal­gré les épines de tes roses qui s’effeuillent

Ô mon arbre aux perles éga­rées
si je m’adresse à ton intel­li­gence
c’est sans bruit
c’est parce que tu es ce corps
zone de tous les dan­gers
lieu de toutes les confu­sions
de tant d’espoirs avor­tés

 

Il m’appartient de bri­ser le silence
pour que la réa­li­té par-delà le secret
devienne un jar­din où trans­pa­raissent nos empreintes

Nous regar­dons dans la même direc­tion
mais nous ne voyons pas la même chose
nous sommes deve­nus des incon­nus qui s’ignorent

 

En voi­là un joli pied-de-nez à ta cer­ti­tude ver­rouillée

La lâche­té a déro­bé le face à face
sans doute
le cou­rage n’est plus le même depuis très long­temps
on se com­bat de très loin
sans s’être jamais vus

 

Phasmes et ombres qui se dévorent sans appa­ri­tion
et d’une liber­té bran­die comme éten­dard
à un deve­nir d’expert en l’art du soup­çon
il n’y a qu’un pas
Les vile­nies et les bas­sesses insup­por­tables glissent entre les doigts et tes phrases-épines qui ne valent pas un brin d’herbe
pour te croire
il te faut des argu­ments aus­si solides
que les men­songes en les­quels tu as cru
en les­quels tu vou­lais nous faire croire

J’ai ces­sé de faire confiance à tes mots
ils ont inven­té
la police secrète
les pri­sons
et moi je doute que tu sois sin­cère 

 

Je visite ton pré­sent
là où ton désert s’installe
là où tes inco­hé­rences
te condamnent sans pitié
tu aurais pu être utile -bien que tu ne sois pas néces­saire-
sem­blable état est déso­lant

Maintenant comme les chiens
-On dit comme les chiens on est méchant-
tu ne flaires que pour épar­piller le doute
et quand tu aboies
Ah ! Quand tu aboies
non
non ce n’est pas pour mordre
c’est pour dire : J’arrive Maître !

 

Mais viens
je porte des fruits que l’été a balan­cés
tu me ver­ras pas­ser
ber­cé de toi
là où ton igno­rance seule règne
et peut-être même
je par­ta­ge­rais avec toi
quelques tra­vaux éva­dés de mes mains
quelques peines
depuis mes rêve­ries
depuis mon sang

Saurais-tu inven­ter des mers pro­lixes ?

 

Tu veux chan­ger le monde
bâtir un deve­nir à hau­teur d’Homme ?
c’est fort bien
pour cela
pour toi
je ne vois qu’une voie :
Reconnaître tes mots fous qui sont le can­cer de notre tra­gé­die
sen­tir l’odeur des heures de ta vie ratée
avi­ser tes paroles voi­lées et poten­tiel­le­ment meur­trières
prendre conscience de cette ran­çon de la joie
de cette lumière en nous
que tu as déli­bé­ré­ment étouf­fée
igno­rée
éteinte

Tu veux chan­ger le monde
prendre en main les rênes de notre deve­nir ?
c’est fort bien 
pour cela je connais une autre voie :
se taire
ne pas col­la­bo­rer et là où tes pas
semblent sou­vent perdre la rai­son
garde-toi à l’écart des nébu­leuses paroles
faus­se­ment dra­pées
où tout com­mence comme dit l’autre
en concombre et se ter­mine en ni ni

 

Quelques lettres me suf­fisent pour te dire mon vocable pré­fé­ré :
Dans un monde où tu as jeté sous ses traits
un sou­rire borgne
ton brin de jugeote a volé en éclats
s’est fra­cas­sé comme un verre de cris­tal
et l’homme libre que tu étais
est main­te­nant défi­ni­ti­ve­ment condam­né

Dans les concours du plus plat
du poli­ti­que­ment cor­rect
là où on esquive les contre­dits -fiel­leux com­men­taires-
par une sophis­tique aus­si mal employée qu'imbécile
ton outre­cui­dance s’accomplit dans toute sa radi­ca­li­té
la poé­sie qui saigne tou­jours à point
et cela
nul ne te le par­don­ne­ra

 

Demande-moi d’où est venue cette lumière aveu­glante
juchée sur la fenêtre de ma parole
et je te gui­de­rais dans le sen­tier des véri­tés dis­si­mu­lées

demande-moi le sens du poème mien
et je te dirais quelle amer­tume croît
enfle entre ses mots

 

dans ma tasse de café
visible est l’ombre de la lune
fait paraître les points de suture de tes pro­messes

Il se peut que dans une jeu­nesse
où toutes les puis­sances de l’être s’ébranlent
tu n’as pu dans ta vie
loin de toi
chas­ser les nuées d’ombres
l’ange gris des neu­ras­thé­nies
(…)

 

 

Fragment de : La danse du cha­cal, éd. Alfabarre, col­lec­tion paroles nomade 2012, en cours de réédi­tions aux édi­tions Polyglotte-C.i.c.c.a.t, col­lec­tion Veilleurs de Nuit 2013

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