> La Nuit

La Nuit

Par |2018-08-19T19:40:10+00:00 28 avril 2017|Catégories : Blog|

 

                                        1

 

cela fait quelques jours que le som­meil glisse
comme un drap au bas du lit, au petit matin
les nuits sont encore chaudes, mais le froid s'immisce
comme un mari volage dans le lit, quand vient le matin

 

la nuit meurt
un oiseau chante
quelque chose pal­pite
le poil se hérisse
on ne sait trop pour­quoi

 

on pense qu'écrire de la poé­sie
éloi­gne­ra pour un moment ce poids sous la pau­pière
dans leurs chambres, les enfants dorment, l'homme est immo­bile
hor­mis le pépie­ment du rouge queue, il n'y a aucun bruit
on fris­sonne : le silence qui rampe res­semble à un caveau

 

on attend avec impa­tience que sur­gisse la ville
qu'une por­tière claque, qu'une voi­ture freine
est-ce que le monde s'arrête quand la pen­sée dérape
s'englue menu menu, dans un rêve incer­tain
on attend avec impa­tience, puisque l'on ne dort plus
que quelque chose se casse dans la peur qui grince

 

quand on en a marre d'attendre, on allume l'ordinateur
les doigts sur le cla­vier font une petite musique qui berce
et calme l’angoisse

 

la nuit est morte
le jour n'est pas encore vivant
dans la brèche faite par l'inconscient, on dis­cerne des bribes de rêves
des bat­te­ments irré­gu­liers, la méca­nique du corps
la nuit est morte
dans le trou on com­prend, qu'à cette heure au fond
rien n'est vrai­ment vivant

 

il y a au milieu du ventre cette bles­sure franche
par laquelle s'écoule un embrouilla­mi­ni de mots, de vers
sur le lit, sur la table
on les regarde deve­nir durs et friables
comme de la roche cal­caire

 

on boit un verre d'eau
on avale un cachet
on écrit un poème
et la masse devient selon
de la taille d'un poing
ou d'une tête d'aiguille

 

on écrit
un poème
vite
mal
on écrit
il y a urgence à la déchi­rure de l'aube
si tous les mots s'effacent dans la lumière du jour
com­ment dire le poids des ombres

 

 

 

                                        2

 

on écrit
un poème
vite
mal
on écrit
il y a urgence à la déchi­rure de l'aube
si tous les mots s'effacent dans la lumière du jour
com­ment dire le poids des ombres

 

il faut faire vite
alors on pond un poème
comme une poule pond son œuf
dans la stu­pé­fac­tion et la dou­leur
de se défaire d'une par­tie de son corps

 

on sait mal­gré tout qu'on ment un peu
qu'écrire de la poé­sie revient à tour­ner autour
chien fébrile qui veut mordre sa queue

 

on se regarde
dans le miroir de la salle de bain
le verre à moi­tié vide entre les mains
igno­rant dans la minute où s'écrit ce poème
ce que l'on fait là et ce que l'on devient

 

car la femme de l'autre côté du tain ne nous res­semble pas
ses yeux sont rouges, ses rides sont muettes
on ne voit pas sa langue dans le trou de sa bouche
per­sonne ne la com­prend
nous non plus

 

on se demande dans le clair obs­cur
qui redes­sine les formes de son visage
à quel moment on a per­du chair
à quel moment, on ou un autre a ces­sé de nour­rir
le monstre joyeux qui la tenait debout

 

on entend un enfant pleu­rer
quelqu'un court dans une pièce
l'ascenseur se met à ron­fler
et pen­dant que notre reflet fond dans la glace
toutes ces intru­sions de vie se mêlent
aux pen­sées désor­don­nées qui nous cha­virent le cœur

 

on n'est pas seul mal­gré la peau cer­clée
mal­gré le vide en-des­sous
qui claque sa toile
sur la mer démon­tée

 

on n'est pas seul
si on fait l'effort de sai­sir nos yeux plan­tés comme des flèches à l'arrière du cer­veau
si on fait l'effort de les glis­ser dou­ce­ment par l’entrebâillement de la porte de la chambre
on peut voir leur poi­trine neuve, se sou­le­ver au rythme du vent dans les rideaux

 

 

 

                                        3

 

on entend un enfant pleu­rer
quelqu'un court dans une pièce
l'ascenseur se met à ron­fler
et pen­dant que notre reflet fond dans la glace
toutes ces intru­sions de vie se mêlent aux pen­sées désor­don­nées qui nous cha­virent le cœur

 

on n'est pas seul mal­gré la peau cer­clée
mal­gré le vide en-des­sous
qui claque sa toile
sur la mer démon­tée

 

on n'est pas seul
si on fait l'effort de sai­sir nos yeux plan­tés comme des flèches
à l'arrière du cer­veau
si on fait l'effort de les glis­ser dou­ce­ment
par l’entrebâillement de la porte de la chambre
on peut voir leur poi­trine neuve
se sou­le­ver au rythme du vent dans les rideaux

 

on regarde les draps s'emmêler entre leurs cuisses et leurs mol­lets
il fai­sait si chaud cette nuit, que l'on avait lors d'un pre­mier réveil, ouvert grand la fenêtre
on avait écou­té les ténèbres vibrantes sur les toits de la ville
ten­té de sai­sir accou­dé au châs­sis, le mes­sage pro­fond dans le noir de la nuit

 

la nuit se meurt disait la lune
dans son éclat dar­dé sur les tuiles assom­bries
la lune le disait, et nos cœurs bat­taient vite
du mys­tère dénu­dé

 

on est, allon­gés dans le lit
une répé­ti­tion de morts en deve­nir
 l'obscurité nous sculpte dans
l'albâtre 
quand vient le petit jour
comme une beau­té froide de gisant

 

n'aie pas peur, disait aus­si la lune
l'heure n'est pas venue, elle vien­dra
n'aie crainte
où pau­pières fer­mées, il fau­dra fusion­ner 
notre odeur aigre­lette au fade de la tourbe

 

en atten­dant, on s'accroche à la suée sucrée 
à cette odeur dou­ceâtre de peau de nou­veau-né

on s'accroche à la défor­ma­tion fugace de poi­trines nubiles 
puis d'un cli­gne­ment d’œil, on passe
du vagis­se­ment aux san­glots sénes­cents

 

on pleure, on écrit
on écrit, on pleure
dans le même mou­ve­ment
on sait com­bien la nuit per­turbe la focale
retourne le regard comme une peau d'orange
on tri­ture du bout de l'ongle et de la pen­sée
l'ombilic fébrile qui ne nous lie qu'à nous

 

 

 

X