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La poésie de Jacques Ancet

Par | 2018-05-28T09:58:53+00:00 13 octobre 2013|Catégories : Blog|

La poésie de Jacques Ancet

Par N-E Boucheqif

 

« J’énumère  au hasard mais le hasard ignore le hasard, il me conduit, et si je me perds, il me trouve
ce sont les voix qui parlent dans ma voix, leurs rires, leurs cris, leur rumeur incom­pré­hen­sible
ce sont et jours et nuits et foules et forêts et décharges et déserts, tout ce qui fait l’immense contra­dic­tion du monde ».

J. Ancet, Ode au recom­men­ce­ment.

 

Jacques Ancet nous donne à lire à la fois une poé­sie savante et spon­ta­née à tra­vers ce duel de l’esprit et de la chair entre le reflet fugi­tif de la sai­son et celui des heures.
Ses mots sont cla­meurs et échos d’une vie tra­ver­sée de lignes de fuite où le poète est sin­cère dans son repen­tir comme dans sa vio­lence sati­rique, dans ses nuées comme dans ses éclairs, ses entê­te­ments à vou­loir écrire le même poème qui impose à ses mots une rigueur qui finit par nous désar­mer par l’hardiesse de l’expression.
Le poète nous sur­prend et l’on demeure éton­né des facul­tés d’invention et de créa­tion d’un poète qui avance avec une sureté et dans un silence magis­tral où tant d’acuité s’unit à tant de dis­cré­tion.
 « L’homme n’écrit rien sur le sable à l’heure où passe l’aquilon », dit-il. Sans doute parce que l’idée se fond dans un ensemble de sen­sa­tions et de sen­ti­ments qui écartent la logique du rai­son­ne­ment qui impose un qua­drillage de la parole poé­tique et castre l’intelligence et l’imagination.
 

En lisant Jacques Ancet, nous avons l’impression de lire tou­jours le même poème dans une lutte constante, mais ce pro­ces­sus répé­ti­tif se fait esprit par ses rebon­dis­se­ments per­ma­nents et nous sommes ten­tés constam­ment  par la déli­ca­tesse de sa puis­sance ver­bale.
Dans cette œuvre empreintes de cour­toi­sie qui n’exclut ni fer­me­té ni l’entière indé­pen­dance, s’exprime l’intime essence de l’individualité, la somme de repré­sen­ta­tions qui s’offre tou­jours à la conscience avant que com­mence tout  tra­vail ration­nel.
 

Le poème nous émeut par sa sim­pli­ci­té, son ton grave et serein dont la réa­li­té pro­fonde est fixée d’avance dans le poème et elle est aus­si vivante qu’au pre­mier poème.

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