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LA POESIE

Par | 2018-05-25T15:03:32+00:00 2 février 2013|Catégories : Blog|

 

La poé­sie n'est pas un répit entre deux jours bri­sés ni une simple pause entre deux romans, c'est ce même jour bri­sé en plus de deux romans, une rose épi­neuse riche de par­fums ori­gi­naires du jar­din per­du où nous étions heu­reux et unis à Dieu, non seule­ment fleur aux formes gra­cieuses ou son par­fum, mais quelque chose d'autre aus­si, de plus fort et de plus pesant que l'éphémère beau­té d'une rose­raie.

La poé­sie n'est pas l'oubli assou­pi par­mi les feuilles que le vent sou­lève dans les champs à l'automne, elle n'est pas une ber­ceuse pour enfant à la foi suave et creuse ni même une conso­la­tion pour l'adulte, elle est le vent du sou­ve­nir des choses ori­gi­nelles, le pain quo­ti­dien pour l'enfant et l'adulte que Mnémosyne dépose sur une table modeste ; c'est l'essentiel écou­le­ment de l'être et de ses mots qui nous pro­longe à tra­vers la mémoire.

La poé­sie n'est pas le simple orne­ment d'un vase grec ni une figure étrusque sur la cime d'un temple, ce n'est pas non plus l'étrusque qu'il nous fau­drait encore déchif­frer, car les télé­pho­nistes, les voleurs et les espions, eux s'occupent des chiffres ; ce n'est pas la rup­ture ni la cas­sure du lan­gage car le lan­gage est bri­sé depuis long­temps déjà, ce sont les os cas­sés de celui qui est tom­bé et la recherche des causes à sa chute.
La poé­sie est notre marche sur les eaux.

Ce n'est pas une sorte de musique, d'image, de mètre, de rime ni de vers incon­nus, c'est une contrée fan­to­ma­tique et tran­quille d'où afflue la sonate autom­nale, c'est une porte – celle-là même qui mène vers une liber­té dif­fé­rente de la tienne ; c'est le droit d'affirmer l'existence de tout et par là même renon­cer à ce tout.
La poé­sie, c'est la fonte du mon­ti­cule de glace.

Toute rime est bien­ve­nue lorsqu'elle s'égoutte sur mon cœur vide, et tout poème dif­fé­rent du mien ; mais il fau­drait à mes yeux que tous ces élé­ments s'agencent d'eux-mêmes comme organes d'un corps nou­veau-né, pour que le chant puisse réel­le­ment exis­ter.
Car il y a des rimes et des chants dénués de poé­sie ; il y a aus­si de la poé­sie qui ne trouve jamais son poète.
Mais il n'y a ni machine à rimer ni à poé­ti­ser en dépit des labeurs du com­po­si­teur et du plan de l'architecte.

Les mots ne sont pas des notes, des des­sins, des briques, ils ne dansent pas au son de la musique ni n'entrent avec joie dans les plans, on ne peut les trans­for­mer en un mur, ils ne s'assemblent pas en nou­veau palais du gou­ver­ne­ment, ils sont plu­tôt déso­béis­sants et vont là où l'envie leur prend d'aller.
Dieu seul connaît le rythme qui les entraîne car ils n'ont pas été créés selon l'idée des hommes ou même selon leur plan mais pré­existent à l'apparition de toute chose.
Répandus au gré des rythmes, des hommes et des astres, émer­geant des nébu­leuses pre­mières, ils pré­dirent la réa­li­té et créèrent l'histoire et le monde.

Au com­men­ce­ment était la Parole, le Logos, la voix du Seigneur et en elle le feu bleuâtre d'où naquit Adam.
L'homme créé par la voix reste voix seule­ment, l'homme qui vint du feu et que ce feu brû­la plus encore jusqu'à le consu­mer.
Il en sera ain­si.
Mais créer un nou­vel Adam
avant la débâcle sera le devoir du pre­mier.
La poé­sie, c'est la voix de cette flamme même mouillée de larmes humaines, c'est la tran­si­tion de l'humain vers l'humain bien au-delà des eaux du temps.

 

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