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La terre attend

Par | 2018-02-25T18:58:23+00:00 22 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

La nue, imbi­bée d’eau, len­te­ment me tour­mente
  Passant des faux azurs
  Aux tons dorés et purs
Les feux brûlent les chants, le monde se lamente.
Pluies qui regar­dez dans le ciel écla­tant,
  Grondez, la terre attend !

Le mont, le vert coteau, la prai­rie et la lande,
  Au vent qui gronde et meurt
  Prêtent de gaies cla­meurs ;
Le tronc du béni­tier puis­sam­ment se rebande
Arbres qui vous voû­tez au souffle du beau temps,
  Montez, la terre attend !

Les champs couvrent le front des côtes et des plaines
  Bientôt les épis mûrs
  Seront ran­gés par neuf
Au fond de lourds gre­niers ; les granges seront pleines
Épis qui mûris­sez près des che­mins mon­tants,
  Séchez, la terre attend !

Les fleuves de tous les tons émaillent les val­lées ;
  Les bois sont pleins de champs,
  Les champs d’oiseaux, de chants,
De blairs les mieux rou­lés les villes sont peu­plées.
Beautés qui pro­fi­tez du soleil du prin­temps,
  Vivez, la terre attend !

La vie gonfle les jours de fêtes gran­dioses ;
  Les soirs de doux fes­tins
  D’échos les gais matins
Les fous se rient de tout, des pauvres et des choses.
Amis qui vous moquez de la main qui se tend,
  Riez, la terre attend !

Le cœur de tous les grands qu’accable la for­tune
  Pense trou­ver la paix
  Au bout des airs épais.
Déjà, les oiseaux blancs se posent sur la lune,
Humains qui vou­lez voir le trône de Satan,
  Allez, la terre attend !

La terre est le ber­ceau de tout ce qui res­pire,
  De tout ce qui gran­dit
  De tout ce qui ver­dit
Elle est le grand tom­beau de l’homme et son empire.
Années dont les échos vont jusqu’au noir antan.
  Fuyez, la terre attend !

 

[ce poème a paru dans Anthologie de la poé­sie came­rou­naise, Le Flambeau, 1972]