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La verge des pleurs

Par |2018-10-23T05:22:56+00:00 30 mai 2014|Catégories : Blog|

Commençons par l’impossible aveu que peut nous faire une(s) langue(s) si on se laisse (un peu) ployer par elle(s). En tra­dui­sant ces poèmes, ces pages, du Lyric Sexology de Trish Salah que voi­ci, je lui ai adres­sé un mot pour lui dire que je la tra­dui­sais on the verge of tears. Bien sûr que l’œil fran­çais attrape la verge et l’ingurgite sans ambages, lui assi­gnant une place bien pré­cise, mais voi­là que l’anglais qui m’exprime enfreint à cette qua­li­té immé­dia­te­ment récu­pé­ra­trice de la langue fran­çaise qui en ferait une bou­chée. Car Lyric Sexology est un texte anthro­po­phage qui se repaît des temps confon­dus des espèces antiques et des guerres actuelles, trans­va­sant le désir de corps en corps mécon­nu de ce temps, du temps adve­nu du pré­sent où aucune langue ne s’avère sus­cep­tible de dire ce qu’est un corps (ni un corps, ni un sexe, ni un dieu, ni un ser­pent). Il ne s’agit pas d’un enche­vê­tre­ment any­thing goes non plus, mais d’un anthro­po­pha­gisme savam­ment entre­pris (avec toute la cir­cons­pec­tion due au savoir), et avec coquet­te­rie, qui, non plus, dans le mou­ve­ment trans­ver­sal qui le trans­pose de l’anglais au fran­çais en dévoile encore un aspect jusqu’ici dan­ge­reu­se­ment enfoui. J’écrivais à Trish une lettre et c’est par une lettre qu’elle m’écrivait, en Tirésias des temps pro­je­tés, déployés, splen­dides et rava­gés. J’arrive, il est vrai, en retard, et ce retard est le temps qui m’est assi­gné, le temps des voyou­tages et des prises de pos­ses­sion des airs can­ni­bales sur les­quels on vol­tige. Le verge anglais est une orée, un abord, je te tra­dui­sais au bord des larmes dirais-je, en bon fran­çais, même si le mou­ve­ment de retour vers la même langue dite de départ, m’amènerait à tra­duire cette même phrase par je te tra­dui­sais à l’orée des pleurs, car évi­dée de toute com­mune mesure, et s’adonnant à une expé­ri­men­ta­tion pho­to­gra­phique, on serait ten­té, par sur­im­po­si­tion d’images, comme le fai­sait Francis Galton à l’époque de l’espèce ain­si mesu­rée, et le phi­lo­sophe autri­chien par après en sous­trayant l’eugénisme de son attrait, à une forme bien par­ti­cu­lière du désir, désir dont le verge anglais recou­vrant le verge fran­çais, don­ne­rait for­cé­ment une nou­velle (si ce n’est ancienne) appré­hen­sion du désir par laquelle je te tra­dui­sais à la verge des pleurs ou encore on the cock of tears ; quoiqu’il en soit, l’erreur qui appelle l’œil à sa faute a l’honneur de nous appe­ler à l’ordre du contre­fait qui n’a pas d’ordre si ce n’est la mort en émer­gence (enten­dez ici l’emer­gen­cy qui s’y ins­crit). Lyric Sexology est un trai­té d’ontologie qui rap­pelle l’humain à ses mau­vaises manières de sexua­tion, d’amour et d’antan. Il entend l’erreur pro­pa­gée et loin de cor­ri­ger l’Histoire, il cor­rige le pré­sent dans l’œil du voyant, voyante. À tu et à toi.

—N.

Chicago, mai 2014

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