> La vie immatérielle de Serge Torri

La vie immatérielle de Serge Torri

Par | 2018-02-21T06:23:38+00:00 12 mars 2014|Catégories : Blog|

C’est tou­jours un authen­tique bon­heur de sai­sir un volume né chez Rafael de Surtis, ses pages cou­leur soleil levant, cou­sues main, et son beau papier. Pages à peine tour­nées qui s’ouvrent sur ce René Char  :

« L’univers de la matière est plus men­son­ger
que le monde des dieux. Il est loi­sible
de le modi­fier et de le retour­ner ».

 

Avant de don­ner la parole à André Breton :

 

« Le pro­cès de l’attitude réa­liste demande à être ins­truit, après le pro­cès de l’attitude maté­ria­liste ».

 

On a pu pen­ser que Breton était autre chose qu’un poète des pro­fon­deurs, enga­gé dans cela même (la pro­fon­deur ver­ti­cale) qui vaut défi­ni­tion du mot « spi­ri­tua­li­té ». Et de la chose. Drôle d’idée. En tout cas, nous sommes ici en terres de connais­sance, nous qui – jus­te­ment – ins­trui­sons au quo­ti­dien ces dif­fé­rents et néces­saires pro­cès des atti­tudes réa­liste et maté­ria­liste. Pour ceux qui se deman­de­raient encore de quoi Recours au Poème est le nom, les choses doivent deve­nir claires : nous sommes le pro­cès quo­ti­dien de « l’antipoésie ». En com­pa­rai­son, Fouquier-Tinville doit être tenu pour un comique. Cela se fait et se fera sans bruit, dans la dis­cré­tion de ce champ de bataille que sont les pages d’une revue. Et nous nous contre­fi­chons d’une époque qui pré­tend à l’inexistence des guerres sous toutes leurs formes quand, jus­te­ment, toutes les formes de guerre sont à l’œuvre, par­tout, autour et en nous, à cha­cun des ins­tants de nos vies. Il est des uni­formes /​ armures plai­sant (e)s à vêtir, n’en déplaise aux ado­ra­teurs de la divi­ni­té bisou­nours à la mode. L’heure est à la levée en masse des poètes.

La Vie imma­té­rielle de Serge Torri porte l’incandescence à cette hau­teur ver­ti­cale là, celle de la poé­sie éle­vée. Je ne connais pas le poète, j’ignore s’il sait que son atelier/​œuvre s’inscrit dans la guerre sainte en cours. Celle d’un Daumal. Mais je le soup­çonne d’être au cou­rant de ce qui se trame dans la join­ture des pavés blancs et noirs. C’est pour­quoi l’emploi du mot guerre ou de toute forme de vio­lence lan­ga­gière ne doit pas être enten­du comme expres­sion d’un déses­poir, bien au contraire. Ils vont se lever les chants du monde et se rele­ver les temples ! Une ques­tion cyclique aus­si natu­relle, simple et belle qu’un brin d’herbe.

On lira pro­chai­ne­ment de ses poèmes dans nos pages.

Cet ensemble de textes poé­tiques et/​ou sur la poé­sie sont textes d’irrigation, par le Poème dans le creux du poète. C’est un état de l’esprit, lequel est à la fois peu fré­quent et… bien plus fré­quent qu’on ne le pense de prime abord. Ici, la poé­sie est ini­tia­tion au tout du réel, dans et en dehors de ce vais­seau qu’est l’homme/poète. C’est pour­quoi la paru­tion de ce livre chez cet édi­teur là est chose par­fai­te­ment sen­sée : Rafael de Surtis tra­vaille depuis de longues années à une espèce de jonc­tion entre avant-gardes poé­tiques et artis­tiques. Une manière de gri­gno­ter les sou­bas­se­ments sor­dides de la pré­ten­due « moder­ni­té », cette illu­sion qui ne veut rien de plus que, jus­te­ment, nous empê­cher d’être réel­le­ment modernes. Alors, au cœur du livre sur­gissent des poèmes dédiés au poète/​éditeur/​pèlerin (gnos­tique) Paul Sanda. Sous l’égide, ici aus­si, du tra­vail entre blanc et noir. On croise ensuite, comme par néces­si­té, une fra­ter­ni­té : Claudel, Eluard, Char, Roy, SaintExupéry, Armand Robin, Cocteau, Baudelaire, Jean, Césaire, Cioran, Ponge, Etiemble, Rimbaud, Artaud.

Et Daumal, for­cé­ment. Novalis, bien sûr : « Car toute œuvre poé­tique ramène au sein de la com­mu­nau­té éter­nelle le monde qui, en deve­nant ter­restre, s’en est exi­lé ».

Le livre se ferme, comme l’on ouvre une porte don­nant dans l’infini.  

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