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L’Aube Animale (extraits)

Par |2018-10-21T01:42:27+00:00 31 août 2014|Catégories : Blog|

 

Les san­glants aus­pices, que tu t’acharnes levant les yeux à déchif­frer sur les plaies natives de l’aube, ne dévoilent pour­tant leurs arcanes, scin­tille­ments rubis, qu’aux mares atten­tives et au bac en fer blanc der­rière la ferme, dont les sur­faces fré­mis­santes reflètent aux rouges-gorges l’image de l’agonie.

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Ton pré­nom n’aura été pour deux prin­temps qu’une indé­chif­frable cha­rade dic­tée aux fées par la malice et dont la clé rési­dait dans une amande encore verte, mais qui per­mit de fian­cer ma ruse et ma patience.

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L’hiver qui serait tom­bé sur tes che­veux m’eut plus frap­pé que la force géo­lo­gique dont témoignent tes yeux si moi aus­si je n’avais déchi­ré la neige sur les épaules du ciel quand se défai­sait mon his­toire en loques.

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La bat­tue de tes cils por­teurs de cette gloire que je désire faire, pour­rait bien trou­bler l’eau de la fon­taine où fond ton œil.

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Aussi seul que je pou­vais être, et aus­si éloi­gnée de moi pou­vais-tu être, ton exis­tence a sou­te­nu la souche de mon épaule quand flé­tris­sait l’automne, et alors même que de fourbes ronces bala­fraient de leurs épines ta jambe en por­ce­laine, et y pei­gnaient au sang de fines ner­vures végé­tales.

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Si tu n’étais pas celle qui veille l’heure jaune, où glanent les fidèles des restes de sain­te­té, j’aurais sûre­ment ten­té ma chance à l’orée de tes yeux pour y récol­ter la rosée lucide.

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Tu pour­rais chan­ter, sans même res­pec­ter la gamme que réclame ta noblesse de hameau, mais tu restes muette, lais­sant à la lumière le soin de trans­crire sur les feuillées ta beau­té plus par­lante encore.

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Chevauchant la nuit domp­tée par ta res­pi­ra­tion, j’épie les bat­te­ments si étran­ge­ment rapides de ton cœur, aux­quels je recon­nais à chaque fois une fas­ci­nante qua­li­té ani­male.

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Si j’avais pu ima­gi­ner si fière com­pagne de ma propre race à mes côtés, quand la peur dévo­rait et la ruche et l’abeille et son miel, jamais je n’aurais choi­si d’exposer autant ma demeure, ma chair et mon sang, puisque aujourd’hui je me dois tout entier à ta per­sonne.

 

 

 

(extraits de L’Aube Animale, 2007-2011, inédit)

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