> Le candidat

Le candidat

Par | 2018-02-21T23:58:30+00:00 30 octobre 2012|Catégories : Blog|

 

Voyons, êtes-vous le genre de la mai­son ?
Venez-vous pour
Un œil de verre, des fausses dents, des béquilles,
Un cor­set, un cro­chet,
Une poi­trine ou un entre­jambe en latex,

Des points de suture bien visibles ? Non, non ? Alors
En quoi pou­vons-nous vous aider ?
Cessez de pleu­rer.
Ouvrez la main.
Elle est vide ? Elle est vide. Voici une main

Pour la rem­plir, une main qui ne demande
Qu’à pré­pa­rer le thé, soi­gner la migraine,
Faire tout ce que vous vou­drez.
Voulez-vous l’épouser ?
C’est garan­ti à vie,

Elle vous fer­me­ra les yeux le moment venu
Puis le cha­grin la dés­in­té­gre­ra.
Nous renou­ve­lons nos stocks régu­liè­re­ment.
Mais ma parole vous êtes com­plè­te­ment nu.
Comment trou­vez-vous ce cos­tume –

Il est sombre, un peu aus­tère mais il tombe bien.
Voulez-vous l’épouser ?
Il est étanche, il résiste aux chocs, il résiste
Au feu, il résiste aux bombes.
Croyez-moi, on vous enter­re­ra dedans.

Et il y a votre tête, excu­sez-moi, mais elle est vide aus­si.
Je m’en vais vous arran­ger ça.
Par ici, mon chou, sors de ton pla­card.
Alors, qu’est-ce que vous dites de ça ?
C’est nu comme du papier pour l’instant mais atten­dez

Dans vingt-cinq ans ce sera de l’argent,
Dans cin­quante ans, de l’or.
Une vraie pou­pée vivante, vous pou­vez véri­fier.
Ça coud, ça fait à man­ger,
Et ça parle et ça parle et ça parle.

Ça marche, regar­dez, il ne lui manque rien.
Vous avez un trou, c’est une ven­touse.
Vous avez un œil, c’est une image.
Mon gar­çon, c’est votre der­nière chance.
Allez-vous l’épouser, alors vous l’épousez ?

 

(Extrait du recueil Ariel, le poème Le Candidat a été tra­duit en fran­çais par Valérie Rouzeau. Ce poème a été écrit par Sylvia Plath le jour où Ted Hughes quit­ta défi­ni­ti­ve­ment leur foyer, le 11 octobre 1962. Le Candidat est l’un des rares poèmes du recueil qui furent publiés du vivant de Sylvia Plath.)

 

Sommaires