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LE CHIEN ET LA MAISON

Par | 2018-02-19T12:54:30+00:00 28 juillet 2013|Catégories : Blog|

 

… oui, la vie dans cette mai­son
est ter­mi­née… il n’y en aura plus…
     A. P. Tchekov, La Cerisaie

Je suis éter­nel­le­ment en train de démé­na­ger d'une mai­son à l'autre.
Mon dos est relié à chaque paroi par un fais­ceau de fils vivants.
À chaque fois je m’assieds dans un coin et les coupe.
À chaque fois le fil est blanc et résis­tant.
Les gens affluent comme une volée d'oiseaux vers mon occu­pa­tion.
Il semble qu’avec chaque fil, je sauve une vie.

Les gens qui m’observent se battent tous de mon côté
pour que notre chien reste ici, à chaque fois près de la mai­son
qui pèle en zestes de lune devant mes yeux. 
Mais l’Etat lutte contre nous, il veut gar­der les jeunes chiots,
ils peuvent ser­vir pour les com­pé­ti­tions canines.
Nous sommes les seuls à aimer le chien et on nous inter­dit d’aimer.

Dans une grande salle en verre, lisant des doigts sur les murs moder­nistes,
je recon­nais des frag­ments de l’ancien. La visite dure
des années entières. Tous les démé­na­ge­ments font par­tie de cette pro­me­nade

dans un cou­loir incon­nu. Soudain, depuis le seuil, nous voyons notre chien noir
qui passe, avec sa voi­sine blanche de la mai­son d’en face,
rou­lant dans une calèche de fils vivants, et ils dis­pa­raissent de vue.

Soudain les deux, le noir et la blanche, le grand et la petite,
le poil ras et la très poi­lue, dans leur calèche lacry­male, ils se res­semblent
comme deux gouttes d’eau.

 

 

Traduction Stéphane Bouquet et l’auteur

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