> Le grand tango de l’urgence…

Le grand tango de l’urgence…

Par | 2018-05-21T17:03:49+00:00 2 septembre 2017|Catégories : Blog|

tra­duit par Boris Lazić

 

On a fina­le­ment appris à jouer libre­ment
à notre petite ville ;
ô, comme cette belle por­tion de vacarme
quo­ti­dien peut réjouir, cette addi­tion des âmes
jointes dans la joie en face de la force,
cette rue d'où nous ne par­ti­rons plus
est aujourd'hui le plus beau des théâtres du monde,
(il est un tun­nel dans le sif­flet
au sein duquel nous nous cher­chons)
on se tient par la main en mar­chant à petits pas
d'à peu près soixante treize cen­ti­mètres,
ma femme, ma fille et cette véra­ci­té
qui, pareille à l'eau, pro­fon­dé­ment sous terre
façonne avec patience le cris­tal,
comme nous sommes beaux,
comme nous plai­sons à l'univers
en ce cré­pus­cule de jan­vier,
on ne siffle pas dans un contexte pré­cis,
on danse un tan­go de l'urgence
suçant sous une étoile quelque chose d'historique.

 

 

J’ai revê­tu le monde de noir et d’or

 

Je viens des blan­cheurs cruelles des cimes mon­ta­gneuses.
Des loups aveu­glés par le soleil, sur les falaises,
lors d'un cré­pus­cule ordi­naire,
telles étaient mes jours.
J'ai revê­tu le monde de noir et d'or.
Enfant, je lisais dans l'eau claire d'une fon­taine
l'ancien tes­ta­ment en hébreu.
Cette véné­ra­tion pro­fonde que je res­sen­tis
lorsque Dieu dit à Moïse "viens" et que Moïse répon­dit
"Me voi­ci", je ne sau­rais te la retrans­mettre par l'écrit.
Arthur Rimbaud m'a por­té un cer­tain temps sur ses épaules,
puis m'a lais­sé ici
oublié d'un sou­ve­nir incon­nu.
En fin de compte, je domi­nais cette eau.
Le temps d'une ivresse, j'écrasais des lucioles
au ventre d'opale
mais ne pus péné­trer le pro­blème de la lumière.
Oh moi. Jeune pous­sière d'une chambre froide,
inté­rio­ri­té du néant.
Nouveau-né saluant de son cri la lumière.
Je reti­rais la barque des roseaux et la repous­sais dans l'onde.
J'ai écou­té toute la nuit dans l'obscurité les trains
qui arri­vaient du loin­tain pareils aux trom­pettes de Jéricho.
Un par­fum que je ne connais pas m'a dis­per­sé dans le vent.
Seul Mokranjac fai­sait que les voix de ma tri­bu
fussent aus­si bleues que les blanches cimes exal­tées.
Fils de la pous­sière, puis-je trou­ver le mot le plus lim­pide ?
Du reste, la grande tra­ver­sée com­mence.
C'est l'aube. Aube pré­cé­dant la nais­sance, alors que les
sillons se croient aux cieux. Et ma soli­tude immense
– syl­labe der­nière.
Parole qui dans sa syna­gogue a tout addi­tion­né.

 

 

Nocturne

 

Et lorsque éclate ma frêle coquille ?
Des jour­nées faciles, plus rapides que l'averse.
Des matins nus sous les jupes.
De noires branches en hiver,
le thé avec des amies, des heures sombres.
Ce silen­cieux cour­rier d'ombres, pré­lude de corail,
perles qui flattent la chair.
Et goutte après goutte, j'attrapais des perles
dans mon sein.
Des jour­nées faciles, plus rapides que l'averse.
Les yeux des blancs lapins
sont tristes au clair de lune.
Il est si peu de choses cer­taines.
Je ne puis t'offrir que ce que j'ai.
Tu ne peux m'offrir que ce que tu as.
Rien au-des­sus de cela.
Est-ce que tu écoutes ? Tu es belle. Dors.

 

 

 

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