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Le lierre la foudre

Par |2018-08-17T09:54:19+00:00 5 avril 2012|Catégories : Critiques|

 

Dans ce recueil, le poète Pascal Boulanger pour­suit son tra­vail d’affrontement avec le nihi­lisme contem­po­rain, tra­vail mené depuis Tacite, recueil édi­té par Flammarion en 2001. On ne sera donc pas sur­pris, de ce point de vue, de voir paraître ce lierre et la foudre chez Corlevour, par ailleurs édi­teur de l’excellente revue Nunc. La poé­sie de Boulanger met le Poème en situa­tion face au monde contem­po­rain, décons­truc­teur, assas­sin du sens et du pro­fond au pro­fit de l’immédiateté illu­soire de… de quoi au fait ? De rien. C’est cela, dans cette poé­sie, le monde que nous vivons, un pro­lon­ge­ment en nous et autour de nous du réel de l’Enfer. Ainsi, la poé­sie de Boulanger est tout sauf écri­ture du com­pro­mis avec notre monde (aus­si étrange que cela paraisse, ce type de poé­sie du com­pro­mis connaît une cer­taine vogue). Les textes du poète vont au pro­fond des choses et de l’être, en poé­sie de l’affrontement, du com­bat même, le poète ne rejet­te­rait cer­tai­ne­ment pas ce mot, ou de la réac­ti­va­tion dans l’instant pré­sent du com­bat essen­tiel du vrai contre le faux se fai­sant pas­ser pour le vrai. Et n’y par­ve­nant mal­heu­reu­se­ment que trop bien. Nous sommes en guerre semble dire le poète, en écho à la guerre sainte de Daumal, mais alors, ici, une guerre tout autant inté­rieure que pous­sée dans la réa­li­té exté­rieure, une guerre de la tota­li­té de l’être au sein de la tota­li­té du nihi­lisme.

Il a y aus­si, en écho, dans la poé­sie de Boulanger, un chris­tia­nisme poé­tique, ce qu’il est par nature au fond, ain­si que les phrases éloi­gnées de Debord, Cendrars ou Baudrillard. Muray aus­si. Et la guerre menée contre le Simulacre impo­sé par le Spectaculaire. Le poète repère, à l’instar d’autres poètes encore trop rares, trop peu visibles, la véri­té de la réa­li­té : une image qui par­vient à se faire croire à elle-même qu’elle réus­sit à pas­ser pour le vrai. Quoi d’autre que la poé­sie pour dire une com­plexi­té pareille ? Et c’est pour accom­pa­gner la renais­sance du réel contre ce simu­lacre que le poète écrit comme l’on pousse un cri :

      Là où l’on se trouve
      Ne se trouve plus le monde

L’apparence simple de ces deux vers n’est qu’apparence, il y est dit beau­coup. Et c’est beau­coup de souf­france. Beaucoup d’éveil aus­si.

Lisant Pascal Boulanger, on lira une poé­sie poli­tique, au sens noble et pro­fond de ce terme, enga­gée même, contre le pro­ces­sus de décons­truc­tion à l’œuvre dans nos vies. Et l’on se rap­pel­le­ra d’autres poé­sies, en d’autres temps de résis­tance à d’autres formes de nihi­lisme, des poé­sies qui font vivre.

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