Alain Santacreu, Le manuscrit de l’Ami

2018-02-01T15:56:05+01:00

 

à Thier­ry Jolif

Par­tir d’un grand éclat de vide 
Se perdre
Lec­ture hauturière
Résurrectionnelle
Sans repren­dre haleine
À tombeau ouvert
Dans le man­u­scrit de l’Ami 
Remon­ter patiem­ment le fleuve
Exsangue de la pensée
L’eau amnésique du Léthé
Jusqu’à l’anamnèse du Verbe
La source amni­o­tique de l’Aletheia
La Vérité n’est pas un secret
La croy­ance au secret pro­duit le pouvoir
Ami délivrons-nous de la doxa des livres
Des mil­liers de lignes de forces qui magnétisent
Nos corps
La pen­sée n’est jamais neuve et fonc­tionne toujours
Dans le champ du con­nu inca­pable d’appréhender
L’inédit que seul le man­u­scrit peut transcrire
Ensemble
Crevons l’abcès des crépuscules
Car le moi est haïssable
L’orgueil du jour gon­fle avec l’aurore et la cel­lule de la nuit
Grouille de nos rêves 
Le moi est une coag­u­la­tion de rôles que la pen­sée engendre
Sans l’Ami je n’aurais été que cet homme ten­ant la porte à d’autres
Un porti­er les inci­tant à franchir un seuil dont il ne sait rien 
Mais je suis main­tenant le lisant de l’Ami
Au seuil il faut mourir sinon la vie passe outre
Bris­er le miroir sans tain de l’écriture
Tomber le masque
Don­ner sa chair à dévorer
Se faire être jusqu’à l’omphalos de l’Incréé
En lisant mes yeux suivent
La courbe con­cave de l’Amour qui transfigure
Les signes à la source des choses
Il n’est plus le pays qui a per­du sa langue 
Sans pays une langue n’est plus réelle
Le man­u­scrit de l’Ami traduit une langue qui fut parlée
Jadis dans un pays 
Aujourd’hui plongé dans  une obscu­rité profonde
Dans une une ter­ri­ble noirceur
Une langue traduite qui doit se lire autrement
Ami qui peut seul me dire – car Il par­le par nous.

Présentation de l’auteur

Alain Santacreu

La quête d’Alain San­tacreu se joue depuis des années autour d’un mot : con­tre­lit­téra­ture. Dans une post­face remar­quable à un recueil de ses essais, Au cœur de la talvera, Matthieu Bau­mi­er a dit de lui : « Le sait-il seule­ment ? Alain San­tacreu est un poète. Je le sais bien moi qui ai recon­nu la poésie en l’écriture née du dedans de lui » ; et, plus loin, il ajoute : « Alors, si l’écriture vis­i­ble de San­tacreu s’exprime apparem­ment en forme d’essai, l’état d’esprit qui ani­me mots et let­tres tracés est cepen­dant celui de la poésie. » La con­tre­lit­téra­ture est une poé­tique, cela est si pro­fondé­ment vrai que la démarche sin­gulière d’Alain San­tacreu a par­fois recours au poème… 

À lire : Alain San­tacreu, Au cœur de la talvera,  (post­face de Matthieu Bau­mi­er), Arma Artis, 2010.

Site de l’auteur : contrelitterature.com

Alain Santacreu

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