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LE MATIN NOUS NOUS CHERCHONS

Par |2018-08-18T04:41:51+00:00 6 février 2014|Catégories : Blog|

 

Ils ne dansent pas tout de suite
D’abord le béton gris, tou­ché de lumière

Ils marchent le long des murs
Et peu à peu, vers l’intérieur

Marcher l’un  vers l’autre en vou­lant faire
Comme le matin

Un des gar­çons souffle
Dans le pre­mier ins­tru­ment qu’il trouve
L’autre tire le rideau
Pour empê­cher le miroir d’être là

Séparée d’eux elle s’agenouille
Tombe en avant s’accoude
Si lourde que le sol ren­con­tré la plie
Puis elle-même par le cou
Se redresse,  s’interroge
Sur le corps qui lui arrive

Un dan­seur n’a jamais fini de connaître
Un autre corps même si c’est le sien

Danseuse conti­nue à se déplier,
Longtemps elle frotte ses vête­ments
Contre per­sonne,
Elle est par terre et tran­quille

Il la regarde en tant que pre­mière fois

Il la regarde pour s’approcher d’elle,
Epaules sou­le­vées avec au bout
Des mains qui sont nues ne font rien

D’elle un os craque, pas vou­lu
Un os a cra­qué, l’espace a répon­du

Le musi­cien s’approche à son tour,
Vérifie com­ment elle
Bouge elle aus­si contre lui,  pèse
A ses jambes, à son pied
Puis il repart à sa place,
Déchaussé

*

Se taire, ça leur va

*

Mettre ses mains dans les poches
Dans la pen­sée d’aller vers l’océan
– Oh ça gratte !  – Les mains sortent
Ebouriffent les che­veux cou­pés court,
Du sable il en tombe
La danse c’est tout de suite

Le nez
Devant le nez
Ça vient,
Les visages

Les fleurs aus­si il faut les faire, se les tendre,
Tout !

Même le bord de la mer quand on se fait aus­si fort qu’un roc
Pour sou­te­nir
Celle dont la peau est la seule réa­li­té en fait,
Même le bord de la mer est là au bout de quelques minutes
De gestes

Il ramasse son sweet, le tend
Le lui tend

Ainsi danse-t-il une minute en plus

*

Tous les trois assis, main­te­nant
Tâtent leurs arti­cu­la­tions
Celles qui sont en eux

Bien au chaud dans la peau
Des pro­chains gestes

Chacun tourne sa main
La regarde se libé­rer

Profitant du silence

Devant leurs yeux ouverts

Il n’y a que de l’air
Et de sculp­teur pas du tout

*

Ils tombent aus­si
Volontiers, très volon­tiers

S’allongent et s’agitent, il n’y a pas que les os,
Bougeant dans les vête­ments

Les reins dénu­dés, le musi­cien bâille et grogne
Puis sou­pire dou­ce­ment

 

 

Ariane Dreyfus, inédit
extrait de Le der­nier livre des enfants
 

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