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Le pollen des jours de Jacques Viallebesset

Par |2018-10-15T20:09:28+00:00 21 mars 2014|Catégories : Blog|

  Ainsi, deux recueils auront suf­fit à impo­ser la voix du poète Jacques Viallebesset, L’écorce des cœurs et Le Pollen des jours, ce der­nier dans la col­lec­tion « crème » des édi­tions Le Nouvel Athanor. Une col­lec­tion qui com­mence à peser. On y trouve des recueils de poètes tels que Pierre Bonnasse, Frédérique Kerbellec, Matthieu Baumier, Bruno Doucey, Etienne Orsini, Bernard Perroy ou Bruno Thomas. Viallebesset, main­te­nant. Poètes enga­gés dans la direc­tion pro­fonde d’une poé­sie du sens, en quête des retrou­vailles avec de loin­taines paroles aujourd’hui deve­nues bribes de lan­gage. Le monde est un son, c’est pour­quoi le Poème y vit comme un pois­son dans l’eau.

Une tren­taine de « pièces » ici. Comment dire la voix d’un poète ? On le lira avant tout, dans ce recueil ain­si que dans les pages de Recours au Poème. Il y a une par­ti­cu­la­ri­té dans cette voix, quelque chose d’unique même dans la poé­sie fran­çaise contem­po­raine : une espèce de métis­sage dif­fi­cile à défi­nir entre les pré­sences d’Eluard, les arcanes de cer­tain che­min spi­ri­tuel, Aragon, ceux qui phi­lo­sophent en tout temps par le feu, et l’Amour en forme de Banquet. D’une cer­taine manière, une espèce de ren­contre entre la bon­hom­mie du pro­lé­ta­riat un jour de mai 36 et le Jeu grave des quêtes che­va­le­resques du pré­sent. Qu’on ne s’y trompe pas, cette posi­tion ou situa­tion est pro­fon­dé­ment poé­tique et poli­tique. Je parle de la position/​situation, bien enten­du, et non de la poé­sie de Viallebesset (rien de plus ennuyeux qu’une poé­sie qui se veut « poli­tique », cela rou­geoie par­fois, et hon­nê­te­ment…). Car en appe­ler à la poé­sie, au Poème, à son recours, ain­si que le fait le poète Viallebesset, écrire cette vie du Poème en sa chair de poète, cela est main­te­nant, par les temps qui courent, poli­tique. Que vou­lez vous, et que l’on se com­prenne bien ! L’Amour, cela est humai­ne­ment poli­tique. Et si la poé­sie peut être pleine de rires, elle n’est pas un amu­se­ment. La poé­sie de Viallebesset est jeu sérieux.

Et grave.

Car c’est cela vivre et comme on ne refait pas Viallebesset l’opus s’inscrit sous l’égide du péné­trant Abellio, duquel on conseille­ra vive­ment Les yeux d’Ezéchiel sont ouverts : « Ecrire et aimer, seules occu­pa­tions uni­ver­selles, expé­riences ori­gi­nelles et ultimes, mort de la mort ».

La poé­sie, en sa pro­fon­deur, est ce tra­vail au noir, celui de la mort de la mort. Cheminement éclai­rant vers la porte étroite don­nant sur un autre pay­sage, celui de la vie. Cela demande en effet qu’Ezéchiel ouvre les yeux. Là se trouve la poé­sie, et là se trouve le Poème dit par Jacques Viallebesset :

 

« Le vieil homme est mort le prin­temps com­mence. »

 

Lire Jacques Viallebesset dans les pages de Recours au Poème : ici.

 

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