> Le premier amour

Le premier amour

Par | 2018-02-18T22:59:59+00:00 27 septembre 2013|Catégories : Blog|

« Ainsi l’œil, éga­ré sur une vaste plage,
Voit les flots fugi­tifs s’éloigner du rivage,
Décroître, s’aplanir, bien­tôt n’offrir aux yeux
Qu’un tran­quille hori­zon confon­du dans les cieux »

Louis Raymond de Carbonnières

 

Le pre­mier amour conjure le spectre d’un monde d’adultes aux ailes rouillées, aux rêves effon­drés, aux bras d’automates qui s’ouvrent devant vous mais ne se referment plus. Il prend la place du théâtre mon­dain, du men­songe citoyen et d’un deve­nir aux temples déserts, mitoyens de la misère au front ridé. Rideau. Place au soleil. À tous les soleils levants.

  La lumière est ici, avec elle.

  Elle se révèle à mon regard natu­rel­le­ment, comme le prin­temps dévoile le bleu du ciel ou l'or de votre peau. Elle retire len­te­ment fards, masques et parures et m’offre la vision d’une elle-même ensor­ce­lée, d’une elle-même ensor­ce­lante : une elle-m’aime et moi aus­si.

Jaillie à vif d’une flamme vir­gi­nale, la pas­sion nous prend tout entiers dans son souffle ani­mal : les étin­celles du soleil par­courent nos corps au galop dans un fra­cas d’océans.

Nous régnons en ce monde où l’être aimé devient tout, l’unique visage de ce qui n’a pas de visage, cet ailleurs sans rivage qui sou­dain s’offre à nu. Nous régnons en ser­vi­teurs de la pre­mière brû­lure, livrés à la fer­veur  et à la dic­ta­ture de nos dix-huit ans.

Nos corps sont des cygnes sau­vages glis­sant sur la rivière du désir ; nos cœurs, deux vagues qui s’élèvent au flux et reflux de nos souffles impa­tients, puis replongent en leur source indi­vise, enter­rant l’espace et le temps sous le sable mou­vant d’insondables abîmes. L’immensité qui m’appelle, c’est l’océan qu’elle m’accorde, tout entier, en un enla­ce­ment. Et j’ai pour elle le même océan dans les bras. Que puis-je, sinon suivre l’onde occulte qui m’emporte loin des étouf­foirs ter­restres, nos corps sia­mois pour seule attache ?

Si l’infini est sans attaches,  le sien est une attache de sang et de lumière, un lien  d’amour indé­nouable. Quelle âme résiste à l'ivresse du vin d’amour, et au désir d’absolu qui en pres­sa la vigne ?  Quels amants n’abritent point, au saint-des-saints de leurs corps entre­mê­lés, la mémoire d’une plé­ni­tude à faire renaître ?

Nous sommes ivres ; et notre ivresse, sans des­cente : cinq années d’insolente beau­té, de toute puis­sance inso­lée, cinq années que nous tra­ver­sons comme un seul jour, une seule nuit blanche, voya­geurs sans bagages sur un conti­nent sans sai­sons, dans la cani­cule d’un été per­pé­tuel.

 

 

 

   Et puis vient la chute.

 

Sommaires