> Le vif de l’air, cage ouverte de Bernard Bourel

Le vif de l’air, cage ouverte de Bernard Bourel

Par |2018-08-16T14:18:41+00:00 12 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

Qu'importe si le lec­teur ne connaît pas ces lieux-dits qu'énumère Bernard Bourel au fil des poèmes (les Sternes, le Bec du per­ro­quet ou le Bois des sapins…), il recon­naît, jusqu'à les sen­tir ou les tou­cher, les molières, les dunes et l'estran qui consti­tuent cet estuaire sau­vage qu'est la baie de l'Authie, à peine trou­blé par les traces que l'homme laisse sur le sable.

Marcher n'est pas une expé­rience méta­phy­sique ou reli­gieuse, nulle trans­cen­dance, nulle imma­nence dans la démarche de Bernard Bourel : mar­cher est une simple expé­rience exis­ten­tielle tant phy­sique qu'intellectuelle. Le titre du recueil, Le vif de l'air, cage ouverte, du moins sa seconde par­tie, met en évi­dence par ses deux signi­fi­ca­tions cette expé­rience : la cage n'est-elle pas la cage tho­ra­cique et la geôle ? Ce lieu où le corps s'ouvre au vent, à l'air en même temps qu'une cage ouverte sym­bo­lise la liber­té. Dès lors, il ne faut pas s'étonner que la marche soit minu­tieu­se­ment décrite dans ces deux aspects : " Depuis le dedans de la cage de nos côtes /​ – Deux seule­ment sur la dou­zaine sont flot­tantes – /​ Le besoin à pleins pou­mons… " et " Mais à ne rien chan­ter tant c'est calme /​ Et libre de toute cage sur la baie " écrit Bernard Bourel… L'activité phy­sique est cap­tée par ces expres­sions : " à pleins pou­mons " (déjà signa­lée) , " ouvrir la prise d'air ", " un point de côté ", " humeurs cor­po­relles, sueurs"… Mais mar­cher, c'est aus­si " aller dans l'air qu'on res­pire ", il s'agit de  " venir au monde " en tant que pen­dant à l'interrogation que devient-on ?  Bernard Bourel, s'il n'est pas avare de nota­tions phy­siques, tente de répondre à cette ques­tion lan­ci­nante avec comme grille de lec­ture quelques pas­sants pro­di­gieux, quelques clo­chards célestes. C'est à tra­vers sa lec­ture de cer­tains poètes qu'il s'approprie l'espace, com­prend ce qui lui arrive phy­si­que­ment, qu'il brise la soli­tude : car, dans le poème, marche sou­vent un homme qui ne se confond pas (tout à fait ?) avec le poète, est-ce l'autre ou lui-même qu'ainsi Bourel regarde ?

Le vers se laisse dif­fi­ci­le­ment cer­ner, oscil­lant entre le seg­ment très bref et le ver­set.  Comme si cette hési­ta­tion était le meilleur moyen de par­ler de cette expé­rience unique et mul­tiple qu'est la marche dans ce lieu où la liber­té s'éprouve. Ce n'est alors pas un hasard si le mot laisse qui désigne (lorsqu'il s'agit de la laisse de mer) les débris dros­sés à la limite de la marée revient sous la plume de Bourel. On pense alors, et c'est ren­for­cé par l'illustration de cou­ver­ture, aux lavis d'Alfred Manessier (habi­tué de la baie de Somme qui n'est pas très loin de celle de l'Authie), des œuvres qui expriment la fas­ci­na­tion du peintre pour le réel, qui captent l'écho du pay­sage… Mais la pré­oc­cu­pa­tion éco­lo­gique n'est pas absente de cette poé­sie puisque Bernard Bourel ne manque pas de signa­ler très pro­saï­que­ment que sur plus d'un an, " le recul du trait de côte depuis le Bec du Perroquet a atteint plus de cin­quante mètres au Bois des Sapins "

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