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L’espoir

Par |2018-11-15T14:01:11+00:00 9 juin 2013|Catégories : Blog|

 

Du fond des plus affreux des gouffres et des folies
     Cette res­pi­ra­tion pour­tant encore
De l’effrayante odeur des hommes et des bêtes quand ils vont
 A la mort sur des rails ou glissent sur l’acier noir de la mer
     Cette croyance tant che­villée au corps
Des caresses brû­lantes sur les plaies effroyables ouvertes
Avec l’atroce poli­tesse de la len­teur quand les bour­reaux
    Ont tout leur temps pour dis­til­ler l’acide inique
         Cette volon­té folle que le temps ne meure
Des six mil­lions huit cent dix mille litres d’eau qui tombent
  Chaque seconde du haut du Niagara dans un ventre
Forcé par l’entonnoir jusqu’à écla­ter en papillons de chair
   De la bai­gnoire jusqu’aux fleurs pourpres des caves
        Cette illu­sion tou­jours que tout recom­mence
   De cette fête triste sous le soleil du soir dans une cour
Ployée d’ombre où une femme aux trois quarts effon­drée lève
Ses bras bleus vers l’absence trou­blante absence de ses seins
Après qu’on l’a pho­to­gra­phiée endor­mie sur le sable de fer
   D’une chambre dont les murs d’amour l’attendaient
           Cette cer­ti­tude exal­tante d’un autre ciel
De l’effroyable indé­cence des corps entas­sés sur ce ciel
     Quand le sol même ne les sou­tient plus que tout a
Explosé s’est bri­sé haché rava­gé souf­flé défait défi­gu­ré
    Quand il ne reste plus que l’empreinte d’une ombre
      Et que tout est sans jour sans nuit sans cri
Dans ce silence obs­cur qui étouffe le vent fou les rivières
         Cet embra­se­ment de soi qui élève plus haut
De cette fille ado­rable cette fille ter­ri­fiée qui vivait avec
Un chat sans nom et ne rêvait que d’un petit déjeu­ner
  Qui lui aurait don­né toutes ses illu­sions indis­pen­sables
Alors qu’elle avait tout per­du son non son amour son frère
 Et cette illu­mi­na­tion inté­rieure qui échappe aux miroirs
      Cette pluie finale qui inonde et révèle le cœur
   De la mélan­co­lie son lourd man­teau sur les épaules
 Sa bile noire qui trouble l’eau des yeux et laisse sur le sol
Comme jeté d’un ailleurs impro­bable sur une terre étrange
Dont on ne parle pas la langue dont on ne connait pas le ciel
     Ces mots qui consolent et absolvent et font croire
    Des griffes jaunes de celles qui arrachent les pau­pières
Et empêchent de don­ner à l’amour ses pré­noms convoi­tés
Jusque dans les mots qui tré­buchent sur les lèvres bleuies
      Cet élan magni­fique de l’espérance jusqu’au bout…

 

Pp108-109  (Les Sept Saisons)

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