Marco Geoffroy, SUR UNE ÎLE, IMMOBILE, et autres poèmes

Par |2019-11-06T09:25:08+01:00 6 novembre 2019|Catégories : Marco Geoffroy, Poèmes|

Micro-moment
Une seconde
Ou deux
Tout ce qu’il me faut pour me faufiler
Entre tes mots
Une fraction
Entre lune et soleil
Un craque­ment de doigt

Du sud au nord de mon être
Le cul au neutre
Car ici on ne souf­fre pas
Le monde n’a pas encore cor­rompu ses eaux
Les poi­sons sont patients
Tout viendra

À la tombée de nous
Les yeux dans les ouvrages
Les san­gles du livre
Lais­sant place à l’absence
Ce monde en couleurs
Épi­ant le soleil
À des kilo­mètres de tout

C’est un fait
C’est doc­u­men­té
Une cym­bale sait tranch­er une gorge

 

À JEAN-PAUL DAOUST,
POUR PARAPHRASER TON AMÉRIQUE ÉPINGLÉE D’ÉTOILES

 

La danse trib­u­taire des Amériques
Tran­scendée dans l’oubli
D’un pro­fond com­plot per­du sur la photo
de la Révolte mal armée
est exé­cutée sur les pavés de vos ruelles désertes.
(Jean Sioui)

À défaut de sang bleu
L’Amérique s’invente des dynasties
De pétrole.
(Jean-Paul Daoust)

 

Amérique Star-span­gled banner
LAND
OF
THE
FREE
lib­erté maudite
Amérique pudique
ludique
Amérique compacte
tes dis­ques roulent dans tous les lecteurs
Amérique parabole
tes sym­bol­es dans les print­emps de nulle part
L’Amérique s’étend
se tentacule
méduse sans corps aux qua­tre coins cardinaux
elle agrippe mes testicules
les traîne dans l’amour
Amérique obscène tu peux me tutoy­er de tes valeurs
m’inculquer tes rites
m’enculer avec tes cultes
d’une reli­gion qui engraisse sans cesse
qui ajoute de la chair autour des os
d’une Amérique carnivore
du luxe au besoin
de l’opulence à la famine
stars anorex­iques
vos défauts en car­ac­tères gras

On a érigé un dôme par-dessus les décombres
des sou­venirs douloureux
on cas­tre les blessures
dans les Opéra-Rock
les guer­res à grand déploiement
lev­ons nos ver­res Amérique saoule
qui voit double
à voile et à vapeur
Amer­i­ca twin-enginebolides d’enfer
Toys-R-Us jou­ets de 
fer et bar­res à clous
baromètre de la Terre
jauge du Cosmos
mère de nos habi­tudes de nos secrets
et de tous nos vices
nos vies solitudes
Amérique Poor Lone­some Cowboy
And a long long way from home
Amérique blonde loin de notre noirceur

Nos vies améri­caines font la guerre
nous sommes victoires
nous sommes Amérique interrogatoire
Com­mis­sion McCarthy
chas­se aux sorcières
le devoir la bannière
Guan­tanamo Bay
Amérique militaire
John F. Kennedy Nine­teen-six­ty-three
Amérique Sniper
NRA — In Guns We Trust
le meurtre prospère dans cette Amérique révolver

Améri-K-K‑K
les tuniques blanches
Amérique crucifix
croix de fer croix de feu
en fusion
Amérique sacrifice
la race suprême
l’Amérique plurielle
Amérique pirate
les os croisés tête de mort sur fond noir
Amérique Jol­ly Roger plein la gueule
la destruc­tion massive
Amérique ogive
Amérique monochrome
de Speak White à White Pow­er
de meurtre blanc à mort noire
une couleur une saveur
Ku Klux Klan Hap­py Hour
je m’en lave les mains qu’elles rede­vi­en­nent blanches
putain d’Amérique Sold Out

Amérique expo­nen­tielle
Amérique obèse Super­size
duo Ham­burg­er & French Fries
ton amaz­ing graisse
coule et laisse des flaques arc-en-ciel
sur les trot­toirs du Walk of Fame
le para­doxe d’une Amérique Hollywood
droite mince comme un Cat­walk
qui rend le rêve possible
nos hom­mages à ton dra­peau silicone
tes lignes rouges et blanch­es bien bandées
tes étoiles Fight For Free­dom dans ton ciel bleu bien encadré
tes murs à met­tre sur pied
il faut se protéger
Because on a absorbé tous les pays
recy­clé toutes les guerres
on envahit la terre de notre pro­pre paix
coup de poing coup de balai
la fin du monde est prévue pour le générique
Amérique Box-Office

Amer­i­ca
tes sym­bol­es dans les print­emps du Monde
Amérique pure
grandiose
armée jusqu’aux dents

 Amer­i­ca the beautifool
HOME
OF
THE
BRAVE
Amérique
ton dra­peau flotte là où je m’endors
Amérique barbiturique

 

 

 

 

LE NACRE DE LA DOULEUR

 

Ce baume est plus lourd que la blessure
le sang de l’amour bat le cœur des statues
la scène coule les têtes roulent
les arômes fend­ent les eaux
les musiques enfan­tent des refrains
dans la chair du silence
sur le bûch­er les verbes tombent
comme des points d’exclamation

Sens con­traire à son corps
une bonne-sœur éponge sa poésie
efface ces lignes blanch­es qui tachent nos moustaches
ces doigts qui s’attachent aux crevass­es des mélodies
aux com­man­des de la vérité
les ordres sont les ordres
avides de bruits
les sol­dats piéti­nent la cacoph­o­nie automnale
des feuilles dans les courants d’air
dans un com­bat à finir
les tran­chantes lames de cette douleur
ric­ochent sur nos peaux

La guil­lo­tine suit son cours
s’étendent les amours animales
les amours rasoirs
les amours normales
un vis­age sans lan­gage vole l’espace
et ses silences mortels
il répand les combustibles
étale ses con­traires partout
dans le vivant
dans le fond de boîtes à musique
s’étend un passé
drogué jusqu’aux ongles

Nus face aux astres
un masque à gaz dans un champ
dans la nuit blanche et bruyante
cette douleur est contagieuse

 

Présentation de l’auteur

Marco Geoffroy

Né en 1976 à Saint-Jean-de-Matha, Mar­co Geof­froy  reçoit en 2012 le Prix Alphonse-Piché de l’Université du Québec à Trois-Riv­ières pour la suite poé­tique Coma sym­phonique pub­liée la même année aux Écrits des Forges. Par­mi ses pub­li­ca­tions sub­séquentes, on compte Radio Nuit blanche (2012) et Trames sonores (2016) chez Bouc Pro­duc­tions, ain­si que Album triple (2015), Bruits (2017) et Ne tirez pas sur le pianiste (2019) aux Écrits de Forges. Il a aus­si col­laboré à plusieurs revues lit­téraires (Moe­bius, Exit, Le Sabord).

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