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Nous voyons trop

Par | 2018-02-20T05:00:12+00:00 16 novembre 2014|Catégories : Blog|

 

La nuit des forêts n’est pas le pauvre sym­bole
D’une ori­gine opaque ou d’un ancien mys­tère
Avant les hommes,
Quand les vents dia­lo­guaient avec les ombres
Et la mer et le soleil se concer­taient.
Avant nos voix, nos vies, nos ques­tions, nos prières,
L’univers déjà abri­tait ses ori­gines
Comme un feu. D’un ber­ceau l’autre, il veillait.
Les jours s’ignoraient frères
Et la nuit n’entendait pas l’écho de la nuit.
Puis la terre parut pauvre à la terre ;
Alors, l’ombre cher­cha, la clar­té cher­cha
Et tout fut miroir : la mer recom­men­cée,
Le désert affi­lié au désert, les conti­nui­tés
De la pluie, le vent qui revient.
Les fils des fils furent des arbres.
Que déci­da la mon­tagne ? Enfanter.
Et les rochers, la sève et l’eau, la glace et la boue, l’herbe et les vagues
Résonnèrent.
Des mil­lions de nuits pas­sèrent.
Nous, neufs, natifs de nulle part, nés pour nuire
Et hono­rer, quelle étoile ou quel buis­son
Nous a par­lé en pre­mier ? Quel sable a sem­blé pro­fé­rer ?
Quel soleil, quelle averse ont décré­té leurs lois ?
Les mots étaient autres mais c’étaient des voix.
Impuissants mais avides,
Nous avons convoi­té les paroles d’un monde
Qui bruis­sait et ton­nait avant nous.
Alors, nous avons fen­du l’univers : vent, eau, terre et feu,
Nous avons cru dans la tyran­nie des racines
Et les châ­ti­ments de la pluie : le fra­cas des branches,
Les rochers écrou­lés, les falaises qui s’effritent,
Les fruits qui tombent, les fleurs qui fanent,
L’aridité, l’hiver de neuf mois ; dans les cavernes,
La pierre qui se lisse et les éclipses :
Tout devint signe ardent, menace et rétri­bu­tion
De ce que nous avions fait. A l’univers, nous avons uni nos vies,
Tressé nos jours dans les sur­sauts de la lumière,
Soumis nos sai­sons à la force des feuilles.
Nos cœurs se sont liés à la forme des nuages,
Nos fatigues cris­tal­li­sées dans l’éclat de la lune
Et jusque dans la nuit des forêts, nous avons per­çu
L’oppression des ombres
Qui ne veulent rien de nous.

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