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Paraphrases

Par | 2018-02-21T04:25:44+00:00 28 avril 2017|Catégories : Blog|

 

 

    Mysterium ini­qui­ta­tis

Thrène.

 

     Le vent long­temps tour­na entre les chênes
Avant d’être empor­té par le cœur de la nuit.
     On devi­nait une pré­sence humaine.
– Un homme marche vite, une femme le suit,
      Le rejoint presque. Elle le touche à peine
Qu’il la repousse, crie, l’insulte, rit et fuit.
      Une stu­peur telle à l’ordre l’enchaîne
Qu’elle s’arrête et pleure. Avant qu’il ait détruit
      En quelques mots une confiance pleine,
L’amant lui avait pris sans joie ses pre­miers fruits.
      Il eut plai­sir à la rup­ture obs­cène
Qui à jamais la nie, brûle, marque – réduit.
      Il eut plai­sir, en sa pas­sade vaine,
À cet amour puis­sant par des coups écon­duit.
      Le vent trou­blait la lisière incer­taine
Des chênes que la rue borde jusqu’au vieux puits,
      Puis retom­ba. L’aube est encor loin­taine.
– Elle quit­ta la rue dont le halo d’or luit
      Et s’enfonça dans les ombres sereines.
Sous les ramées où cette enfant s’assied sans bruit,
      À peine on sent une pré­sence humaine.
Avant d’être empor­té par le cœur de la nuit,
      Le vent long­temps tour­na entre les chênes.

 

 

 

                                                             Psaume 21 

 

Mon Dieu, mon Dieu, pour­quoi m’as-tu aban­don­né ?
              Entends rugir mon cœur détruit :
J’appelle tout le jour, et de ma voix rui­née,
             Je peuple les déserts des nuits.

 

Toi le saint d’Israël, le Dieu de ses louanges,
              En qui nos pères se confiaient,
Quand ils criaient vers toi dans un dan­ger étrange,
             Tu enten­dais et les déliais.

 

Moi, ver et non pas homme, on passe et me bafoue.
       Le peuple rit, hoche la tête :
« Que fait pour toi ton Dieu ? S’il t’aime, pauvre fou,
       Pourquoi ces rires qu’on te jette ? »

 

C’est toi qui m’as tiré du ventre de ma mère,
       Et tu m’as mis sur ta poi­trine.
Ne sois pas loin :  proche est l’angoisse. Elle est amère,
       Sans nul secours que je devine.

     

Je suis cer­né par des tau­reaux qui me menacent.
       Des bêtes de Bashan m’entourent,
Ouvrant leurs crocs puis­sants contre ma force lasse,
       Lions lacé­rant au regard lourd.

 

Comme l’eau je m’écoule, et mes os se dis­loquent.
       Mon cœur fond comme de la cire.
Ma gorge est un tes­son et ma langue est  un soc
       Que la pous­sière vient cou­vrir.

 

Tu m’as cou­ché dans la pous­sière et dans la mort.
       Des chiens me cernent sans pitié.
Un trou­peau de vau­riens tourne autour de mon corps,
       Déchirant mes mains et mes pieds.

 

Je peux comp­ter mes os sous les murs de la ville.
       La foule raille avi­de­ment.
Ils se sont divi­sé mes habits. On me pille ;
       On tire au sort mon vête­ment.

 

Seigneur, ne sois pas loin. Toi, ma force, à mon aide !
       Délivre du glaive mon cœur,
De la gueule du lion ma chair aux muscles raides
       Et des crocs des chiens ma dou­leur.

 

_​Seigneur, j’annoncerai ton nom par­mi mes frères.
       Dans l’assemblée, je te loue­rai.
Et vous qui crai­gnez Dieu, que votre cœur espère :
       Louez-le. Tenez vos cœurs prêts.

 

Dieu n’a pas reje­té aux puits la pau­vre­té.
        Il vient, et le pauvre le voit.
Il a mon­tré sa face et il m’a écou­té
       Quand je l’invoquais dans l’effroi.

 

C’est pour­quoi je le loue dans la grande assem­blée ;
       Il se donne à ceux qui ont faim.
Ils loue­ront le Seigneur, les cœurs qui ont brû­lé
       Pour lui et le cherchent sans fin.

 

Ils vivront à jamais. Les loin­tains de la terre
       Se sou­vien­dront de ses actions.
On ver­ra devant lui comme auprès de leur père
       Toute famille des nations.

 

 

 

                                          Avent en Syrie.

 

Sous ton visage est la lumière.
Comme tout abri est détruit,
Et comme, en des froi­deurs de pierre,
Autour de moi s’étend la nuit,
Je veux res­ter dans la prière
          Sous ton visage.

 

Quand l’espoir porte pour tout fruit
Des bombes, vois cette misère
          Sous ton visage.

 

Si ta demeure s’ouvre et luit
Au bout de cette nuit guer­rière,
Je vien­drai dans tes bras, sans bruit,
          Sous ton visage.

 

Lorsqu’aura pas­sé cette terre,
Lorsque la clar­té qui la suit
Comme dans un clin de pau­pière
Aura jailli, car l’horreur fuit,
Le monde enfin gran­di­ra, Père,
          Sous ton visage.

 

 

 

 

 

 

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