> Passage en revues. Autour de : Revue Alsacienne de Littérature n° 121 et La Traductière n° 32

Passage en revues. Autour de : Revue Alsacienne de Littérature n° 121 et La Traductière n° 32

Par | 2018-02-24T07:00:37+00:00 8 juillet 2014|Catégories : Blog|

 

Passage en revues.

Autour de : Revue Alsacienne de Littérature n° 121 et La Traductière n° 32

 

 

La Revue Alsacienne de Littérature est une ins­ti­tu­tion, en par­ti­cu­lier dans le domaine de la poé­sie, et une ins­ti­tu­tion de très haute tenue. Ce 121e numé­ro (tout de même !) pla­cé sous le signe du thème « com­men­cer » ne déroge pas à la règle. Le dos­sier est l’une des 5 par­ties qui com­posent la revue, avec « Patrimoine », « Voix mul­tiples », « Chroniques » et des notes de lec­ture. Mais le dos­sier, évi­dem­ment, en forme le cœur. On lira ici des voix diverses, qui sou­vent comptent dans le pay­sage poé­tique fran­çais et euro­péen actuel (car la RaL est ouverte aux autres mondes que le nôtre et à toutes les langues, avec une pré­sence forte de l’allemand, espace fron­ta­lier oblige) : Anne-Marie Soulier, Alain-Fabre Catalan, Dominique Deschênes, Eva-Maria Berg, Aline Martin, Wendelinus Wurth, Peter Landel, Danièle Faugeras, Jean-Claude Walter, Emma Guntz, Yves Rudio, Maryse Staiber, entre autres… Fortes et diverses, des voix qui le plus sou­vent viennent de loin.

Il en va de même dans le choix des voix mul­tiples, avec par exemple des textes de Fernando Pinto do Amaral, Ivan de Monbrison, Jean-Paul Gunsett, Thomas Letouzé, Claudia Scherer, Ronald Euler, Jacques-Henri Caillaud, Helmut Pillau… Il nous semble utile en ce temps confus (que nos amis indiens consi­dèrent par­fois comme une fin de cycle – kali yuga) de citer la ver­sion fran­çaise de ce beau poème de Matthieu Baumier, dédié à Rose Ausländer, accom­pa­gné dans les pages de la revue d’une superbe ver­sion alle­mande signée Eva-Maria Berg :

 

Je suis né
dans un pays de neiges
et de cendres
 

Pays où l’on n’arrive
Jamais.
 

Et que jamais,
on ne quitte ni ne connaît
Pays d’où per­sonne ne vient,

le soleil croît
en larmes de cendres,
débris de neiges noir­cies
et d’âmes englou­ties
dans l’étincelle
des silences enfuis
 

Je suis né – ici,
ain­si que naît la peur.

 

La confu­sion des esprits, nos amis indiens disent que c’est à cela que l’on recon­naît ce qu’ils appellent kali yuga. Il y a beau­coup à sai­sir et appré­hen­der au loin de la place Saint Sulpice. La mul­ti­pli­ci­té des voix et le refus de toute forme binaire de la pen­sée, cela répond à bien des éga­re­ments contem­po­rains.

Chroniques et notes de lec­ture ferment les pages d’une revue que l’on a bon­heur à lire.

 

Revue Alsacienne de Littérature n° 121 »Commencer ».
Les Amis de la Revue Alsacienne de Littérature. BP 30210. 67005 Strasbourg.
Mail : ral@​noos.​fr
Blog : www​.lare​vue​-ral​.blog​spot​.com
Le numé­ro : 22 euros
Abonnement annuel (2 n°) : 40 euros

 

***

 

Une année a donc pas­sé car… revoi­ci (enfin !) La Traductière ! La revue « inter­na­tio­nale (main­te­nant) de poé­sie et d’art visuel » pré­vient que ce numé­ro est le der­nier à paraître sous la direc­tion du poète et tra­duc­teur Jacques Rancourt, fon­da­teur de la revue en 1983. Linda Maria Baros assure la qua­li­té de rédac­trice en chef. Ce numé­ro est excep­tion­nel dans tous les sens du terme, com­po­sé de deux dos­siers pas­sion­nants : « le poème comme fic­tion » et « poé­sie chi­noise contem­po­raine ». Ici aus­si, le tra­vail asso­cie le fran­çais à d’autres langues, en diver­si­té et ouver­ture sur la réa­li­té du monde dans lequel nous visons. Jacques Rancourt donne un édi­to­rial expo­sant le pro­jet du « poème comme fic­tion », refu­sant les posi­tions radi­cales de refus de la fic­tion en poé­sie (posi­tion qui n’est pas nôtre, Recours au Poème s’opposant plus onto­lo­gi­que­ment au monde pro­saïque, sous toutes ses formes, monde que nous nom­mons, avec Baudrillard et Debord, monde du Simulacre) et/​ou consi­dé­rant, au contraire, que tout est fic­tion, la poé­sie y com­pris (ce qui n’est pas une posi­tion poé­tique ou phi­lo­so­phique mais exclu­si­ve­ment poli­ti­co-mili­tante). Rancourt : « ni la pre­mière ni la seconde hypo­thèse ne nous conviennent à La Traductière. Nous croyons au tra­vail média­teur de la parole, pour peu que celle-ci s’ancre dans l’attention au monde et sache prendre la dis­tance néces­saire pour en mettre à jour les ten­sions, la com­plexi­té, la vie intime en quelque sorte ». La pro­fon­deur, en somme, dirions-nous. Plus loin, le direc­teur de la revue met les choses au point avec tel ou tel qui­dam pré­ten­tieux (ou trop aigri) : « Nous ne croyons pas que tout ait été dit et qu’il n’y ait plus qu’à répé­ter, qu’à faire de la den­telle, fût-ce pour amu­ser quelques badauds ». Nous sommes en accord avec cette posi­tion, cette oppo­si­tion néces­saire et non binaire ; les rares fois où l’on entend par­ler de poé­sie à une heure décente, par exemple sur France Culture au moment du « mar­ché », il est des « res­pon­sables » pour affir­mer ce genre d’ineptie : tout à été dit, tout a déjà été fait… On peine à croire pareille sot­tise. « Le monde est en chan­ge­ment per­pé­tuel », oui ! Jacques Rancourt, nous sommes d’accord avec vous. Ici, se tient réel­le­ment le camp authen­tique du pro­grès.

Le dos­sier pro­po­sé est pas­sion­nant, avec des contri­bu­tions, entre autres, de Max Alhau, Gabrielle Althen, Linda Maria Baros, Jeanine Baude, Eva-Maria Berg, Anne Bihan, Judith Bishop, Claudine Bohi, Denise Desautels, Dominique Hecq, Anise Kolts, Hugues Labrusse, Philippe Mathy, Aksinia Mihaylova, Myriam Montoya, Shizue Ogawa, Cécile Oumhani…. À lire avec force atten­tion.

Tout comme le second dos­sier, inti­tu­lé sobre­ment « Sept poètes chi­nois ». Ceux qui s’intéressent à la Chine, à l’Orient en règle géné­rale, le com­pren­dront : 7, ce n’est pas rien. Ce dos­sier est né de la rela­tion éta­blie avec la revue poé­tique, artis­tique et lit­té­raire de Shenzen,  Enclave, et par l’amitié de Michel Madore et Cao Dan. En ter­ri­toires de poé­sie, l’état de l’esprit poé­tique, cet autre manière de dire aga­pè, cela « pro­duit » beau­coup. Les sept poètes ici pré­sen­tés « ont en com­mun d’être nés en Chine au début des années 70, de publier dans Enclave tout en vivant dans des régions dif­fé­rentes du pays, et d’être impli­qués eux-mêmes dans la socié­té contem­po­raine, que ce soit du côté du jour­na­lisme, du théâtre, du monde artis­tique ou de la tra­duc­tion de poé­sie ». Et j’ajouterais : d’être des poètes de grand talent. Précisons que les tra­duc­tions sont faites à par­tir du chi­nois. On lira avec pro­fit Han Bo, Hu Xudong, Jiang Hao, Jiang Tao, Ming Di, Tai E et Zhang Er. Ce der­nier donne aus­si une très inté­res­sante intro­duc­tion à ce dos­sier. J’en pro­fite pour invi­ter nos lec­teurs à décou­vrir l’une de ces poètes dans nos pages : Ming Di. On sau­ra alors, avant de le lire, pour­quoi la paru­tion de ce dos­sier en France est d’une impor­tance majeure. Merci à Jacques Rancourt, de cela mais aus­si de toutes ces années pas­sées à déve­lop­per cette excel­lente revue, en même temps que le fes­ti­val fran­co-anglais de poé­sie. 

 

 

 

La Traductière, numé­ro 32, année 2014.
Direction : Jacques Rancourt
http://​www​.fes​trad​.com/
10 rue Auger. 75020 Paris.
Le numé­ro : 20 euros.
Abonnement (quatre ans) : 74 euros
poesie@​festrad.​com