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Passages

Par |2018-08-16T19:51:46+00:00 19 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

     « L’amour divin seul octroie les clefs de la science. Je vois que la nature n’est qu’un spec­tacle de bon­té »*, écrit le poète qui n’a pour allu­mer le feu de son chant qu’un peu de paille fraîche et odo­rante à se mettre sous la dent.
Bien trop jeune ou trop vieux pour se lais­ser enfer­mer par la mère à l’œil sombre qui ne veut pas d’un fils fou à lier comme une gerbe de seigle moite ou un cow-boy de paco­tille oublié dans le bois par ses cama­rades, un soir de car­na­val.
Elle ne céde­ra rien, pas un pouce d’orage. Lui non plus, pas une miette de soleil. Personne n’entendra per­sonne ! La sai­son res­te­ra repliée sur elle-même, un été scan­da­leux dans la horde des vies petites et malades. Le noir s’emparera de la robe étroite, un point final dans les mois­sons. La tête rasée cogne­ra les murs de chaux, jusqu’au désert, jusqu’à la case de l’Ethiopienne, jusqu’à la civière des­si­née comme un dra­peau blanc, jusqu’à l’amputation, jusqu’au port. Car il tient tout du Livre à la tranche vert chou* et invoque par-des­sus les toits la liber­té libre qui ne touche l’homme qu’au seuil de l’Amour ou de la mort. Il cherche sans relâche, au-delà de lui-même, le Père, centre de toute gra­vi­té.
     Le poète à genoux qué­mande l’eau, l’onction, l’haleine chaude de l’Aimant. Et puis, il oublie.
     Il passe à tra­vers le prin­temps, la vitre, le mur, le bruit. La cer­ti­tude de sa nais­sance flotte comme un bai­ser ou un nuage échap­pé d’une paume entrou­verte.
    Cependant, à peine atteint-il la mer, il plonge, se retourne dans ses larmes. Vêtu de ciel et de par­don, il se laisse empor­ter par le salut royal de la Liberté : « Vous ver­rez le ciel ouvert et les anges de Dieu qui montent et qui des­cendent au-des­sus du Fils de l’homme. »**

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Arthur Rimbaud

**Jn1, 51

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