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Pierre Lepori

Par |2018-10-18T00:42:59+00:00 27 mai 2012|Catégories : Blog|

Pierre Lepori est né en 1968. Il vit à Lausanne et tra­vaille pour la radio suisse ita­lienne. Il est poète, roman­cier et tra­duc­teur. Pierre Lepori a fon­dé la revue Hétérographe, revue des homo­lit­té­ra­tures ou pas.

http://​www​.hete​ro​graphe​.com/

Pierre Lepori

Par |2018-10-18T00:42:59+00:00 20 mai 2012|Catégories : Critiques|

L’édition suisse nous offre la pos­si­bi­li­té de lire en langue fran­çaise le pre­mier recueil poé­tique publié par Pierre Lepori en 2003. Le poète est une figure impor­tante de la vie intel­lec­tuelle suisse, ver­sant « ita­lien ». Romancier, (Sexualité, édi­tions d’en bas, Lausanne, 2001), auteur d’essais et spé­cia­liste du théâtre, fon­da­teur de la revue queer, Hétérographe, revue des homo­lit­té­ra­tures ou pas, il est aus­si jour­na­liste pour dif­fé­rentes radios du ter­ri­toire suisse.

La langue est « simple, des accents lyriques modé­rés, des élans méta­pho­riques et par­fois une veine pré­cieuse, mais qui reste ténue, acces­sible, sou­te­nue par un rythme contrô­lé ; une langue écor­chée, pour­tant, et ren­due puis­sante par la force d’images vives et d’enchaînements fou­gueux qui pro­jettent le lec­teur dans une dimen­sion très vaste, entre atmo­sphère oni­rique (plus de l’ordre du cau­che­mar que du rêve), ombres aux arché­types enfouis, his­toire vécue dans la chair, tour­men­tée, qui tremble der­rière chaque vers, et une dimen­sion cho­rale, allé­go­rique » écrit Fabio Pusterla dans son éclai­rante pré­face. Une poé­sie dont on per­çoit la lente matu­ra­tion dans le cœur même de sa sim­pli­ci­té, une poé­sie où l’on sent la dif­fi­cul­té du deve­nir poète. Certains le sont d’emblée, d’autres se découvrent, s’acceptent pro­gres­si­ve­ment poètes. Lepori en Suisse, comme Baumier en France, est dans ce der­nier cas. Du coup, la parole vient des pro­fon­deurs de l’être et de l’âme, elle sur­git de l’obscurité, en même temps affron­te­ment avec l’ombre et résul­tante en mots de ce conflit inté­rieur. Alors le poème passe de l’horizon de l’intériorité à celui de l’extérieure Polis : il devient ce que le poète est.

Mais l’enfant est un bois, et les feuilles
sont pour­ries ; les pieds scandent
un bruit de maré­cage très lent,
il avance et des­cend vers le noir des oppo­sés :
là où l’attend la peur
dont le corps se sou­vient,
au milieu, vers les bords
qui soudent la toile de la mort,
au point exact où l’inanité se déchiffre

Et seul, les pieds nus, il erre.

[extrait de Formes d’eau]

 

III

Et voi­ci qu’enfin
comme dans un rêve sans
ébou­le­ment du temps tu te retrouves
à prier seul
de l’autre côté.

Aucun dieu à l’horizon,
mais l’ombre d’un chant à peine per­cep­tible
qui t’accueille,
tié­deur.

Combien de temps dure­ra
ce sou­lè­ve­ment de draps dans le vent
et ces prés scin­tillants
ce presque éveil ?

[extrait de Du Purgatoire]

Vers la revue Hétérographe, revue des homo­lit­té­ra­tures ou pas
http://​www​.hete​ro​graphe​.com/

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