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Planter dans la friche

Par |2018-10-18T07:12:41+00:00 24 novembre 2013|Catégories : Blog|

 

Planter dans la friche de l'inquiétude obs­cure
quelques poteaux rimés
comme pour sou­te­nir les filets pal­pi­tants du sou­ve­nir
lâcher les vola­tiles effa­rou­chés
aux ruti­lantes aigrettes empa­na­chées
ivres et tré­bu­chants, émé­chés.
Il arrive que la troupe tor­ren­tielle
se pré­ci­pite, se bous­cu­lant
gonfle les nasses.
Le plus sou­vent,
des mâles en rut et dévoués errent
creu­sant, ergo­tant à la pêche du ver
tan­dis que, sen­si­tives, coif­fées comme des presles
les femelles, se contentent de dode­li­ner.
C'est la quête sexuelle des mots sur le papier.
Le bal au pou­lailler.
Entre terre et ciel, les filets retiennent,
avec les feuilles mortes,
les coquilles broyées,
papy­rus et bam­bous lacé­rés,
les écorces de mûriers, bouillie de pré­cieux détri­tus,
pour les semis des signes à l'étalage des tamis
entre ce qui s'agite à dire
et ce qui cher­cher son envol à lire.
Après avoir fouillé l'humus
déran­gé les croûtes d'habitude
le confort post­hume des ter­rains vagues, pié­ti­nés, des amours,
les cra­que­lures dans les plâ­tras de matière com­pac­tée,
enfin, len­te­ment se pavanent quelques créa­tures
com­plices du rythme lent de renais­sance
baroque pavane des sabots, des ergots,
et gaillarde endia­blée
sui­vie  du branle orga­ni­sé.
Une à une les rouelles, les tou­pies du désir,
divine hor­lo­ge­rie,
se mettent à tour­ner entre les plis des corolles en plumes
écar­quillées à l'approche des our­sins lumi­neux de la nuit.

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