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Poème à propos de mes droits

Par |2018-11-19T04:52:11+00:00 28 juin 2017|Catégories : Blog|

tra­duc­tion Cécile Oumhani

 

 

Même ce soir j’ai besoin d’aller me pro­me­ner et me remettre

les idées en place sur ce poème sur pour­quoi je ne peux pas

sor­tir sans chan­ger mes vête­ments mes chaus­sures

la posi­tion de mon corps mon iden­ti­té sexuelle mon âge

mon sta­tut de femme seule le soir/​

seule dans les rues /​ seule n’étant pas la ques­tion /​

la ques­tion étant que je ne peux pas faire ce que je veux

avec mon corps parce que je suis du mau­vais

sexe du mau­vais âge de la mau­vaise cou­leur de peau et

sup­po­sons que ce n’est pas ici en ville mais là-bas à la plage /​

ou au fond des bois que je vou­drais aller

seule à pen­ser à Dieu /​ ou à pen­ser

à des enfants ou à pen­ser au monde /​ tout cela

révélé par les étoiles et le silence :

je ne pour­rais pas aller et je ne pour­rais pas pen­ser et je ne pour­rais pas

res­ter là-bas

seule

comme j’en ai besoin

seule parce que je ne peux pas faire ce que je veux avec mon

corps et

qui diable a fait que les choses

sont ain­si

et en France ils disent que si le type pénètre

sans éja­cu­ler alors il ne m’a pas vio­lée

et si après l’avoir poi­gnar­dé si après il hurle si

après avoir sup­plié le salaud et si même après lui avoir écrasé

un mar­teau sur la tête si même après ça lui

et ses copains me baisent

c’est que j’ai consen­ti et il ny a

pas eu viol parce que fina­le­ment vous com­pre­nez fina­le­ment

ils m’ont vio­lée parce que j’avais tort j’avais

encore tort d’être moi où j’étais /​ tort

d’être qui je suis

ce qui est exac­te­ment comme l’Afrique du Sud

pénétrant la Namibie pénétrant

l’Angola et cela veut-il dire que je veux dire com­ment savez-vous si

Pretoria éjacule à quoi res­sem­ble­ront les preuves comme

la preuve de l’éjaculation monstre de la sol­da­tesque sur la Terre Noire

et si après la Namibie et si après l’Angola et si après le Zimbabwe

et si après

tous mes parents et mes parentes résistent à même à

l’auto-immo­la­tion des vil­lages et si après ça

nous per­dons néan­moins que diront les grands gar­çons pré­ten­dront-ils

avoir mon consen­te­ment :

Est-ce que vous me sui­vez : Nous sommes les mau­vaises per­sonnes de

la mau­vaise cou­leur de peau sur le mau­vais conti­nent et de quoi

diable tout le monde est-il res­pon­sable

et selon le Times de cette semaine

en 1966 la C.I.A a décidé qu’ils avaient ce pro­blème

et que le pro­blème c’était un homme appe­lé Nkrumah alors ils

l’ont tué et avant c’était Patrice Lumumba

et avant c’était mon père sur le cam­pus

de mon école Ivy League et mon père avait peur

d’entrer dans la cafétéria parce qu’il a dit qu’il

avait le mau­vais âge la mau­vaise cou­leur de peau la mau­vaise

iden­tité sexuelle et il payait mes droits d’inscription et

avant ça

c’était mon père qui me disait que j’avais tort de dire que

j’aurais dû être un garçon parce qu’il en vou­lait un /​ un

garçon et que j’aurais dû avoir une peau plus claire et

que j’aurais dû avoir les che­veux plus raides et que

je ne devrais pas être aus­si obsédée par les gar­çons mais qu’au lieu de

ça je devrais

juste en être un /​ un garçon et avant ça

c’était ma mère plai­dant pour une chi­rur­gie esthé­tique pour

mon nez et mon appa­reil pour mes dents en train de me dire

de lais­ser mes livres de les lais­ser en d’autres

termes

je suis très au cou­rant des pro­blèmes de la C.I.A

et des pro­blèmes de m’Afrique du Sud et des pro­blèmes

de la société Exxon et des pro­blèmes des pro­fes­seurs

et des pré­di­ca­teurs et du F.B.I et des assis­tants

sociaux et de ma Maman et de mon Papa en par­ti­cu­lier /​ je suis très

au cou­rant des pro­blèmes parce que les pro­blèmes

savèrent être

moi

je suis l’histoire du viol

je suis l’histoire du rejet de ce que je suis

je suis l’histoire de l’incarcération ter­ro­risée de

moi-même

je suis l’histoire de coups et bles­sures et d’armées

sans fin lan­cées contre ce que je veux faire avec ma pen­sée

et mon corps et mon âme et

qu’il s’agisse de sor­tir seule la nuit

ou quil s’agisse de l’amour que j’éprouve ou

qu’il s’agisse du carac­tère sacré de mon vagin ou

du carac­tère sacré de mes fron­tières natio­nales

ou du carac­tère sacré de mes lea­ders ou du carac­tère sacré

de cha­cun de mes désirs

je sais du fond de mon cœur à moi qui m’est propre

indis­cu­ta­ble­ment seul et sin­gu­lier

que j’ai été violée

par-

ce que j’ai eu tort d’être du mau­vais sexe du mau­vais âge

de la mau­vaise cou­leur de peau avec le mau­vais nez les mau­vais

che­veux le

mau­vais besoin le mau­vais rêve le mau­vais moi géo­gra­phique

et ves­ti­men­taire

jai été le sens du viol

jai été le pro­blème que tous cherchent à

éli­mi­ner par une pénétra­tion for­cée avec ou sans la preuve de

muco­sités et /​

mais qu’on ne s’y trompe pas ce poème

n’est pas un consen­te­ment je ne consens pas

à ma mère ou à mon père aux pro­fes­seurs au

F.B.I à l’Afrique du Sud à Bedford-Stuy

à Park Avenue aux American Airlines aux fai­néants

en érec­tion aux sales types sour­nois dans

les voi­tures

je n’ai pas tort : Tort n’est pas mon nom

Mon nom est à moi à moi à moi

et je ne peux pas vous dire qui diable a fait que les choses sont ain­si

mais je peux vous dire qu’à par­tir de main­te­nant ma résis­tance

ma seule déter­mi­na­tion de jour et de nuit

peut très bien vous coû­ter la vie

 

 

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