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Quatrains

Par | 2018-05-21T18:59:37+00:00 6 janvier 2013|Catégories : Blog|

 

Le vagin est pareil à un puits ama­rante
Où tu trouves abri et repos.
Si tu y verses neuf gouttes de mer­cure,
Au bout de neuf mois il t’offre une lune pleine.

*

Ma poi­trine étroite, tant de peine l’agrandit.
La cou­leur de la rose est l’esclave de ta face.
Les larmes ver­sées par mes yeux chaque nuit
Font tour­ner les pierres des mou­lins, non la pierre de ton cœur.

*

Ton obli­geance change la dou­leur en joie.
Sous ton regard la vie devient éter­ni­té.
Si le vent souf­flait jusqu’en enfer la pous­sière de tes pas
Le feu tout entier serait une eau vivi­fiante.

*

Avant-hier les tulipes ont incen­dié Nishâpur.
Hier, à Marv, les nénu­phars blancs ont redres­sé la tête.
Aujourd’hui la brise à com­men­cé à nour­rir les roses d’Herat.
Demain à Balkh la terre sera un tapis de nar­cisses.

*

Le sort a vou­lu que je le trouve enfin, la nuit venue.
J’ai bai­sé cent fois sa bouche plus douce que les dattes.
Il vou­lait m’insulter mais sur ses lèvres
Les miennes ont plus vite bri­sé l’injure.

*

Au chi­rur­gien juif, ce mécréant anti­pa­thique et balourd
Dont le bis­tou­ri a une pointe très fine, j’ai dit :
« Que l’entaille dans ma chair soit aus­si étroite que mon vagin ! »
Hélas ! ses inci­sions sont aus­si larges que le trou du cul de sa femme !

*

D’une main nous tenons le livre, de l’autre la coupe.
Nous sommes tan­tôt proches du licite, tan­tôt de l’interdit.
Au-des­sus de nous la cou­pole du ciel n’est ni mûre ni acerbe.
Nous ne sommes ni de purs athées, ni de vrais croyants.

 

 

Adapté du per­san par Jean-Baptiste Para

 

Rédacteur en chef de la revue Europe, Jean-Baptiste Para est poète, cri­tique d’art et tra­duc­teur. Il a reçu le prix Apollinaire pour La Faim des ombres (Obsidiane, 2006).

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