> Quelles ténèbres n’ont pas vu ces yeux…

Quelles ténèbres n’ont pas vu ces yeux…

Par | 2018-05-27T01:26:12+00:00 14 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

Quelles ténèbres n’ont pas vu ces yeux rou­gis,
Quel affront, quel cynisme ne fut cette gifle
Au front du vent.
Pour vous
J’ai trem­pé les doigts dans l’aneth et l’estragon,
Les ai pous­sés dans vos narines étroites
Et vous ai nour­ris du Sud.
Je vous ai offert les froi­dures de l’hiver,
Vous ai por­té les ulu­le­ments du loup
Et vous ai fait dor­mir dans la pure­té du Nord.
Je vous ai mon­tré l’astre au levant,
Je vous ai mené à l’Ouest au ponant,
Je vous ai conduit sur tous les rivages,
Sur tous les conti­nents.
Je vous ai por­tés, je vous ai sou­le­vés,
Je vous ai ouvert le ciel et vous ai ensei­gné
Le vol de l’étourneau.

Je vous ai appris le lan­gage du chêne
Qui s’est allié à ceux de votre race,
Et la vigne pour vous s’est tuée au com­bat
Sans faillir à la tâche.

J’ai por­té votre nom au-delà des limites,
J’ai conduit vos enfants, fait pâtu­rer vos bêtes,
J’ai fait entrer la gloire dans vos têtes trop vides,
Pansé vos plaies, adou­ci vos morts,
Ouvert les jambes de vos femmes
Et com­blé les absences de l’âme.

J’ai parié des Empires sur vos pauvres car­casses,
Fait souf­fler le Zéphyr et gron­der les orages.

Je vous ai livré les secrets de mes fils,
J’ai mur­mu­ré leur nom au creux de vos oreilles
Et les ai fait rejoindre vos hordes de ser­vants.
Quelle gifle au front du vent.

Quelle gifle au front du vent,
Car vous avez tout pris sans jamais un mer­ci
Et votre amour pour moi n’est plus que du mépris.
Vous avez rejoué les règles du des­tin
Sur un ave­nir vide et bien plus qu’incertain.
Vous avez reje­té ce qui vous construi­sait
Pour des rêves enfan­tins, des chi­mères de salon
Qui bien­tôt j’en suis sûre,
Vous anéan­ti­ront.
 

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