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Rachid Moumni

Par | 2018-02-19T22:55:49+00:00 23 mars 2014|Catégories : Blog|

Poésie-Peinture 
L’Essence Intangible 
pré­sen­ta­tion  Nasser-Edine Boucheqif

 

 (…)Le carac­tère inat­ten­du de cette œuvre poé­tique et pic­tu­rale a quelque chose de « dépla­cé » au sens où elle pri­vi­lé­gie le dépla­ce­ment sous toutes ses formes et invite le lec­teur hors des sen­tiers bat­tus à venir explo­rer des ter­ri­toires géo­gra­phiques qui se carac­té­risent par une éton­nante étran­ge­té où la pein­ture tente le pari ris­qué d’une nar­ra­tion poé­tique et pic­tu­rale sin­gu­lière, qui ré-enchante et donne d’abord un plai­sir inouï à celui qui regarde, qui lit.(…)

Ici on passe de la lumière à l’obscurité, du noir au blanc, du poème à la pein­ture où l’un cède la place à l’autre, le tout dans un fon­du enchaî­né qui fer­ti­lise le del­ta de la sur­face et forme un tout homo­gène, un ensemble cohé­rent et sans hié­rar­chie.

En effet, récon­ci­lier pein­ture abs­traite à l’encre noire et poème cal­li­gra­phié dans le même espace tout en gar­dant intact un équi­libre entre les diverses formes d’expression, n’est pas chose aisée.

( …)Poésie et pein­ture convergent, se ren­forcent, affirment l’excellence de leurs traits, de leurs signi­fi­ca­tions et répandent leurs clar­tés. Leurs éclats de lumière, leurs gris nés d’un rap­port fron­tal entre le noir et le blanc, s’invitent et forment une troi­sième dimen­sion qui ne se sépare ni ne s’encombre d’aucun inter­mé­diaire.(…) C’est sans doute une manière pour Rachid Moumni de reve­nir aux ori­gines de l’ombre, de la lumière et de la parole, afin d’en maî­tri­ser les dif­fé­rents états, leurs contrastes, leurs nuances, leurs sub­stances…, ces ins­tants de plé­ni­tude de la créa­tion totale qui nour­rit en même temps qu’elle dévore. (…)Voici donc le poème qui s’écrit aus­si sur la roche, sur le sable, sur les ruines du monde. Il est une trace indé­lé­bile dans l’espace de l’âme, il est cette den­si­té allé­go­rique épar­gnée de la péda­go­gie for­melle et des épi­gra­phies déco­ra­tives qui par­fois jouent sur les ambi­guï­tés du lan­gage et de l'image sans aucune pro­fon­deur, sans le « un coup por­té au monde par-dedans » V. N. (…) Dans ce jeu de miroirs entre pein­ture et poé­sie, la sobrié­té est de mise chez Rachid Moumni et l’encre noire lui suf­fit à faire naître des aurores boréales, de l’asphalte, des bolides étin­ce­lants, cette lumière qui crève l’œil, raye la page blanche, scelle des paroles tues.

Le noir et le blanc s’enchevêtrent, deviennent car­rières de neige, déserts de glace qui enferment des par­fums incon­nus, pay­sages -qui griffent la rétine- peu­plés d’ombres faites de mor­tier gris où l’on ne sait plus qui est sable et qui est écho, qui est pein­ture et qui est poème. L’un ouvrant une fenêtre de vie à la vie de l’autre, à une trans­sub­stan­tia­tion de la cruau­té mor­telle en beau­té poé­tique.

Le poète de l’absolu dans l’absolue soli­tude contem­plant pas­sion­né­ment le Drame de l’Univers se voit alors inves­ti d’une mis­sion où la créa­tion tra­verse des sen­tiers sou­ter­rains, ce point culmi­nant de l’inspiration, du don, de l’offrande.(…)Peu importe qui pré­cède l’autre, le poète ou le peintre. L’important ici est que l’auteur aie réus­si à conser­ver intacte à la fois sa sen­si­bi­li­té de poète et de peintre et à gar­der à l’esprit le mérite de l’une et de l’autre.(…)

Extrait de pré­face N-E.B

 

Rachid Moumni

Par | 2018-02-19T22:55:49+00:00 23 mars 2014|Catégories : Blog|

Rachid Moumni est né 1951 à Fès (Maroc). Poète, peintre et cal­li­graphe, il occupe une place de choix dans le pay­sage poé­tique maro­cain. Il est l’auteur de nom­breux recueils de poé­sie dont : Quand le corps s’affine publié en 1973 et qui le hisse au rang de fon­da­teur du poème en prose au Maroc. S’ensuit L’Hémorragie, 1974 ; Incendié, j’avance vers le fleuve, 1979 et dès 1992 il s’oriente vers la pein­ture abs­traite, donne à voir ses poèmes cal­li­gra­phiés et reçoit un accueil reten­tis­sant. Il est éga­le­ment l’auteur de : Las noches azules del alma, 2001 ; Les ber­ceaux de l’espèce, 2002 ; C’est ain­si qu’il s’est sui­ci­dé, 2007 ; Neige inquié­tante sur le front du bûche­ron, 2009 ; Avec les doigts de la lumière, 2013.

L’Essence Intangible

Prologue de Philippe Tancelin
Traduction de l’Arabe et Préface Nasser-Edine Boucheqif
Collection Au-delà des Rives
Polyglotte-C.i.c.c.a.t 2014.
150 p. 20 €

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