Rachid Moumni

Par | 23 mars 2014|Catégories : Blog|

Poésie-Pein­ture 
L’Essence Intan­gi­ble 
présen­ta­tion  Nass­er-Edine Boucheqif

 

 (…)Le car­ac­tère inat­ten­du de cette œuvre poé­tique et pic­turale a quelque chose de « déplacé » au sens où elle priv­ilégie le déplace­ment sous toutes ses formes et invite le lecteur hors des sen­tiers bat­tus à venir explor­er des ter­ri­toires géo­graphiques qui se car­ac­térisent par une éton­nante étrangeté où la pein­ture tente le pari risqué d’une nar­ra­tion poé­tique et pic­turale sin­gulière, qui ré-enchante et donne d’abord un plaisir inouï à celui qui regarde, qui lit.(…)

Ici on passe de la lumière à l’obscurité, du noir au blanc, du poème à la pein­ture où l’un cède la place à l’autre, le tout dans un fon­du enchaîné qui fer­tilise le delta de la sur­face et forme un tout homogène, un ensem­ble cohérent et sans hiérarchie.

En effet, réc­on­cili­er pein­ture abstraite à l’encre noire et poème cal­ligraphié dans le même espace tout en gar­dant intact un équili­bre entre les divers­es formes d’expression, n’est pas chose aisée.

( …)Poésie et pein­ture con­ver­gent, se ren­for­cent, affir­ment l’excellence de leurs traits, de leurs sig­ni­fi­ca­tions et répan­dent leurs clartés. Leurs éclats de lumière, leurs gris nés d’un rap­port frontal entre le noir et le blanc, s’invitent et for­ment une troisième dimen­sion qui ne se sépare ni ne s’encombre d’aucun inter­mé­di­aire.(…) C’est sans doute une manière pour Rachid Moum­ni de revenir aux orig­ines de l’ombre, de la lumière et de la parole, afin d’en maîtris­er les dif­férents états, leurs con­trastes, leurs nuances, leurs sub­stances…, ces instants de pléni­tude de la créa­tion totale qui nour­rit en même temps qu’elle dévore. (…)Voici donc le poème qui s’écrit aus­si sur la roche, sur le sable, sur les ruines du monde. Il est une trace indélé­bile dans l’espace de l’âme, il est cette den­sité allé­gorique épargnée de la péd­a­gogie formelle et des épigra­phies déco­ra­tives qui par­fois jouent sur les ambiguïtés du lan­gage et de l’im­age sans aucune pro­fondeur, sans le « un coup porté au monde par-dedans » V. N. (…) Dans ce jeu de miroirs entre pein­ture et poésie, la sobriété est de mise chez Rachid Moum­ni et l’encre noire lui suf­fit à faire naître des aurores boréales, de l’asphalte, des bolides étince­lants, cette lumière qui crève l’œil, raye la page blanche, scelle des paroles tues.

Le noir et le blanc s’enchevêtrent, devi­en­nent car­rières de neige, déserts de glace qui enfer­ment des par­fums incon­nus, paysages ‑qui grif­f­ent la rétine- peu­plés d’ombres faites de morti­er gris où l’on ne sait plus qui est sable et qui est écho, qui est pein­ture et qui est poème. L’un ouvrant une fenêtre de vie à la vie de l’autre, à une transsub­stan­ti­a­tion de la cru­auté mortelle en beauté poétique.

Le poète de l’absolu dans l’absolue soli­tude con­tem­plant pas­sion­né­ment le Drame de l’Univers se voit alors investi d’une mis­sion où la créa­tion tra­verse des sen­tiers souter­rains, ce point cul­mi­nant de l’inspiration, du don, de l’offrande.(…)Peu importe qui précède l’autre, le poète ou le pein­tre. L’important ici est que l’auteur aie réus­si à con­serv­er intacte à la fois sa sen­si­bil­ité de poète et de pein­tre et à garder à l’esprit le mérite de l’une et de l’autre.(…)

Extrait de pré­face N‑E.B

 

Rachid Moumni

Par | 23 mars 2014|Catégories : Blog|

Rachid Moum­ni est né 1951 à Fès (Maroc). Poète, pein­tre et cal­ligraphe, il occupe une place de choix dans le paysage poé­tique maro­cain. Il est l’auteur de nom­breux recueils de poésie dont : Quand le corps s’affine pub­lié en 1973 et qui le hisse au rang de fon­da­teur du poème en prose au Maroc. S’ensuit L’Hémorragie, 1974 ; Incendié, j’avance vers le fleuve, 1979 et dès 1992 il s’oriente vers la pein­ture abstraite, donne à voir ses poèmes cal­ligraphiés et reçoit un accueil reten­tis­sant. Il est égale­ment l’auteur de : Las noches azules del alma, 2001 ; Les berceaux de l’espèce, 2002 ; C’est ain­si qu’il s’est sui­cidé, 2007 ; Neige inquié­tante sur le front du bûcheron, 2009 ; Avec les doigts de la lumière, 2013.

L’Essence Intan­gi­ble

Pro­logue de Philippe Tancelin
Tra­duc­tion de l’Arabe et Pré­face Nass­er-Edine Boucheqif
Col­lec­tion Au-delà des Rives
Polyglotte‑C.i.c.c.a.t 2014.
150 p. 20 €

Aller en haut