Réflexions sur le totalitarisme

Par |2026-03-06T13:52:07+01:00 6 mars 2026|Catégories : Ara Alexandre Shishmanian, Focus|

O cubic mon­ster, how can I erad­i­cate you? (…) 

Laugh­ter, actu­al­ly, saved me. Hav­ing expe­ri­enced all the degrees of 
hatred and despair, I achieved those heights from which one obtains 
a bird’s‑eye view of the ludi­crous. (…) Reread­ing my chron­i­cle, I see 
that, in my efforts to make him ter­ri­fy­ing, I have only made him 
ridicu­lous, there­by destroy­ing him – an old, proven method
.”
(Vladimir Nabokov, Tyrants Destroyed, Pen­gouin 1981, pp. 38, 41)

En référence à mes précé­dents essais qui analy­saient les mécan­ismes de répres­sion util­isés par le  total­i­tarisme dans son con­flit inévitable avec tout ce qui représente la con­science libre dans ses man­i­fes­ta­tions créa­tri­ces (écrivains, poètes, por­teurs du verbe)1, je tâche de percer ici les moti­va­tions, la struc­ture et la final­ité même de l’enfer total­i­taire : enfer nulle­ment moral, où le vice ou si l’on veut, le « péché » trou­verait son juste châ­ti­ment, mais exclu­sive­ment poli­tique, con­sti­tu­ant l’instrument de coerci­tion par lequel un groupe s’empare et se main­tient au pou­voir, pour sat­is­faire ses intérêts, quelles que soient les vari­ables en ter­mes d’idéologie affichée.

Le totalitarisme – une manipulation de masse

En fait, loin d’être un enfer exclu­sive­ment factuel, de la souf­france par exem­ple, le total­i­tarisme s’avère, plus encore, un enfer de la rhé­torique et de la pro­pa­gande où la lib­erté de la pen­sée et de la parole sont mis­es à la tor­ture, tout autant sinon plus que les corps qui les por­tent et les man­i­fes­tent. Par­fois, comme dans le fameux roman d’Orwell, en même temps qu’eux.

Nous ne pou­vons donc plus nous lim­iter aux grands clas­siques du total­i­tarisme, le com­mu­nisme et, générique­ment par­lant, le fas­cisme, mais devons con­sid­ér­er tout « mou­ve­ment » qui, même en démoc­ra­tie, et sans même se con­stituer en par­ti, tra­verse et mine ladite démoc­ra­tie : toute dynamique sous-jacente, organ­i­sa­tion plus ou moins secrète, secte, ou struc­ture, dont les intérêts et les buts vont à l’encontre de la démoc­ra­tie elle-même et dont les moyens, le plus sou­vent dépourvus de tous scrupules, ont ten­dance à réécrire le texte même de nos exis­tences et de nos attentes, le sub­sti­tu­ant par le leur, qui sert leurs pro­pres intérêts de groupe plutôt que de classe.

En effet, priv­er, à tra­vers chaque nation et chaque peu­ple, l’humanité de ses repères revient à la priv­er de son iden­tité, non seule­ment du fait de la ter­reur d’État – comme c’est le cas, nous l’avons déjà vu, avec les formes les plus prim­i­tives de ce que nous seri­ons ten­té d’appeler le total­i­tarisme exotérique, ou, pour repren­dre le syn­tagme de I. P. Cou­liano2, « l’État polici­er » – mais aus­si, et peut-être encore plus, du fait des méth­odes d’intrusion sub­lim­i­nale pra­tiquées par le total­i­tarisme ésotérique ou occulte, qui est celui de « l’État magi­cien », agis­sant sur les con­sciences par le réseau implaca­ble et impal­pa­ble des mul­ti­ples sofismes du « poli­tique­ment cor­rect », cette forme à peine déguisée de la pen­sée unique. Et ce, qu’il s’agisse d’une « péd­a­gogie con­sci­en­ti­sante »3 ou d’une « péd­a­gogie » tout court, telle qu’on nous l’assène insa­tiable­ment à la télé – pro­jec­tions, l’une comme l’autre, de l’absurde rhé­torique d’un Big Broth­er de plus en plus 1984, bien que sous les plus démoc­ra­tiques des apparences, ou plutôt des ori­peaux. Au point que les émis­sions poli­tiques de la télé – ces immenses paque­bots d’info-propagande de plus en plus éhon­té­ment sophis­tiqués qui accos­tent en force aux quais sur­chargés de nos con­sciences, la plu­part du temps sans défense face à cette détestable camelote de la pseu­do-vérité – devi­en­nent les enseignes vides d’interminables séances de lavage du cerveau et de manip­u­la­tion de l’opinion.

La « méth­ode » la plus large­ment appliquée est l’amalgame à géométrie vari­able entre des con­cepts décrétés bons ou mau­vais selon les intérêts à l’instant T de ceux qui les manipulent.

Ara Alexan­dre Shish­man­ian & Dana Shish­man­ian : Total­i­tarisme et lit­téra­ture (I). Écrits cri­tiques et poli­tiques, (1980–2022), à télécharg­er ici

 

Ain­si vouloir la paix entre deux peu­ples frères tels les Russ­es et les Ukrainiens sera traité d’asservissement aux pre­miers et de trahi­son des sec­onds, sinon car­ré­ment d’être à la sol­de du « maître du Krem­lin » ; dénon­cer un État post-sion­iste géno­cidaire sera décrété comme « anti­sémitisme » – crime de pen­sée qu’on con­damne sans procès – alors que les crimes en acte dudit État, qui tue par cen­taines tous les jours, har­cèle, ter­rorise, hum­i­lie et affame une pop­u­la­tion qu’il a spoliée con­tin­uelle­ment depuis sa créa­tion, et détru­it sys­té­ma­tique­ment la civil­i­sa­tion pales­tini­enne, sont recon­nus comme étant « son droit légitime à l’auto-défense », et que la pro­tec­tion com­plice de la part des États-Unis – la super-puis­sance qu’on désigne tou­jours, par réflexe incon­di­tion­né et incon­di­tion­nel, comme « la plus anci­enne démoc­ra­tie mod­erne », alors qu’elle trans­forme ses villes en champ d’exercice de mil­ices d’État assas­sines – est applaudie mon­di­ale­ment comme « plan de paix », tan­dis que les mas­sacres continuent.

Faut-il déjà crain­dre la per­spec­tive de futures Semaines ou Mois de la Haine ‒ avec leurs longues Années où une pro­pa­gande bel­li­ciste deviendrait l’Ersatz du pain et des jeux (panem et circens­es), l’unique sub­sti­tut « démoc­ra­tique­ment » admis d’un côté comme de l’autre du rideau des bombes ‒ et, qui sait, avec leurs March­es de la Haine, leurs gri­maces oblig­a­toires, leurs procès pop­u­laires ad-hoc, leurs accu­sa­tions de « trahi­son » ou de « lâcheté » à l’encontre des épris de la paix, sinon avec, en fin de compte, leurs « hap­py-ends » d’assassinats et de crimes ? Qui sait ?…

En tout cas, une idée sem­ble se dépren­dre de tels fan­tasmes noirs qui demain, lorsque les lende­mains démoc­ra­tiques chanteraient à coups de bombes atom­iques, risquent de s’avérer hélas fort réels : celle du rap­port pro­fondé­ment antin­o­mique qui existe entre total­i­tarisme et lit­téra­ture, entre le poi­son total­i­taire et son unique anti­dote, la lit­téra­ture. Cette lit­téra­ture que le total­i­tarisme de tout bord méprise et craint par-dessus tout – car elle est la forme imprimée de la con­science libre. Ou l’expression du Verbe, dans le sens le plus vaste du terme, de l’artiste pneu­matophore. D’où la néces­sité pour les dic­ta­teurs, ces écrivains ratés (ou pein­tres, musi­ciens, acteurs surtout, clowns à la lim­ite, n’importe !), non juste de per­sé­cuter la lit­téra­ture et sa vérité, mais d’assassiner les poètes et les écrivains et plus générale­ment encore de sup­primer la mémoire cul­turelle d’un peu­ple, d’une com­mu­nauté, d’une nation (cathé­drales incendiées, par­lements bom­bardés ou trans­for­més en torch­es de quelque « nuit de cristal », stat­ues, églis­es, mon­u­ments, tem­ples, bib­lio­thèques et musées, détru­its, his­toire détournée, his­toire inter­dite, his­toire réécrite, expres­sion et pen­sée bâil­lon­nées au nom des geôles ou, plus sub­tile­ment, du poli­tique­ment cor­rect, et tou­jours, tou­jours, la mort des signes et des hommes).

Ara Alexan­dre Shish­man­ian, Trei crime de stat (Trois crimes d’Etat): Mihai Emi­nes­cu, Nico­lae Labiş, Marin Pre­da (pp. 3–400). à télécharg­er ici (texte en roumain).

Com­ment se libér­er de tels car­cans, lorsqu’on vous les a imposés depuis l’enfance, comme en Roumanie com­mu­niste – ces « formes de fer » comme je les appelais dans une petite prose fort

kafkaïenne de mes quinze ans, au milieu des années 60 – et, surtout, com­pren­dre le mécan­isme de leur pro­duc­tion, leur « téléolo­gie », en quelque sorte ? Ain­si, longtemps pour moi le jeune poète Nico­lae Labiş était mort par acci­dent pour avoir glis­sé, ivre, sous les roues d’un tram, et le grand Emi­nes­cu était devenu fou à 33 ans et est mort de syphilis, comme Baude­laire… Pour­tant, cer­taines des nota­tions du jour­nal­iste Lev­on Kalus­t­ian4, qui était furieuse­ment con­va­in­cu que le « Poète nation­al » (avec lequel il partageait d’ailleurs une dou­ble ascen­dance, arméni­enne par le père, roumaine par la mère5) avait été mis à mort, finirent par ébran­ler en moi le dog­ma­tisme d’une com­mode naïveté ; ensuite des lec­tures plus récentes m’ont révélé l’ampleur du crime, étalé sur 6 ans de cal­vaire car­céral sous cou­vert d’internement psy­chi­a­trique6. De même en ce qui con­cerne le poète Nico­lae Labiş, tué à 21 ans par « L’oiseau au bec de rubis » – la Secu­ri­tate roumaine (étant « acci­den­té » par une poussée bien orchestrée entre les wag­ons d’un tramway au démar­rage, le 9/10 décem­bre 1956)7. Ensuite, le cas du grand prosa­teur Marin Pre­da, bat­tu à mort la nuit du 15/16 mai 1980, quelques semaines seule­ment après la sor­tie de son dernier roman, où il démasquait le régime com­mu­niste – crime qu’attestent les évi­dences médi­co-légales (même si les rap­ports, bâclés, ont été occultés et le vis­age de l’écrivain dans son catafalque, maquil­lé sous une grosse strate de poudre, ce que j’ai pu con­stater moi-même), mais aus­si l’abondance des témoignages (même con­tra­dic­toires, par­tiels, par­fois fal­si­fiés) ; j’ai appelé “com­pen­sa­tion aléthéïque” ce phénomène inéluctable qui fait que, par omis­sion ou par excès de zèle, les assas­sins se démasquent eux-mêmes involon­taire­ment8. Ain­si, enfin, la dernière vic­time en date du régime (post-)communiste de Roumanie, l’historien des reli­gions et écrivain Ioan Petru Culianu (I. P. Cou­liano), tué par balle le 21 mai 1991 dans l’enceinte de l’Université de Chica­go où il enseignait, par un homme de main de la Secu­ri­tate9.

De tels crimes ne reposent nulle­ment sur quelque « rai­son d’État » – ces écrivains, tout en cri­ti­quant le pou­voir, n’ayant jamais con­sti­tué une men­ace pour les formes éta­tiques de leur époque – mais sur ce qu’on devrait nom­mer la van­ité d’État. En fait, une van­ité de l’abus des indi­vidus aliénés placés au som­met du pou­voir par la “sélec­tion naturelle” des psy­chopathes, qui ne se sen­tent légitimés, ras­surés que par le crime : au lieu du libre arbi­tre, le libre arbitraire !

La psychopathie au pouvoir : de l’assassinat au génocide

Il est ter­ri­fi­ant de voir à quel point les jeux du hasard cor­re­spon­dent avec des jeux de mas­sacre, de même qu’il est ter­ri­ble de con­stater que les assas­si­nats d’écrivains, poètes ou jour­nal­istes alter­nent si fréquem­ment avec les pra­tiques géno­cidaires, dont le mod­èle fut don­né, pour l’époque con­tem­po­raine, par le géno­cide per­pétré par l’État turc qui a sup­primé, dès avant et surtout pen­dant la pre­mière guerre mon­di­ale, trois quarts de la pop­u­la­tion arméni­enne de son ter­ri­toire. Un fait est à relever à ce pro­pos, car il prou­ve la men­tal­ité des psy­chopathes au pou­voir : ils pensent pou­voir impuné­ment répéter les crimes du passé, comme si ceux-ci étaient voués à l’oubli. Ain­si, le géno­cide des Arméniens a fourni à Hitler son fameux « argu­ment » de l’oubli pour déclencher le géno­cide des Juifs d’Europe10.

Ce phénomène de général­i­sa­tion et ampli­fi­ca­tion du crime aux dimen­sions de masse est tou­jours à l’œuvre, à une échelle de plus en plus grande et en des formes de plus en plus abjectes, dont, entre autres, celle con­sis­tant à con­coc­ter en d’obscures labos asi­a­tiques, non sans d’éventuelles com­plic­ités sci­en­tifiques européennes, quelque pandémie plané­taire… Ou, pour touch­er au plus près au cauchemar d’un futur qui pour­rait hélas s’avérer fort proche, celle qui, par un étrange com­plot grand-guig­no­lesque – où con­ver­gent sénil­ité, crime et pitrerie poli­tique, voire para­noïa à teinte dic­ta­to­ri­ale frôlant la guerre civile – risque de nous men­er tout sim­ple­ment à l’apocalypse d’une troisième guerre mondiale.

Faut-il le dire ? Tout se passe comme si l’ « his­toire », surtout l’histoire rel­a­tive­ment récente, sauvage­ment vécue depuis le début du XXe siè­cle, n’était rien de plus qu’un théâtre de mar­i­on­nettes dirigées par un mar­i­on­net­tiste psy­chopathe, où tous les per­son­nages sont faux et seuls le sang et la souf­france, vrais. Fait effrayant et, surtout, révéla­teur pour les pra­tiques, de nature sous-jacente ou ouverte­ment total­i­taire, des pou­voirs, quelles que soit leurs « éti­quettes », ou mieux dit, des alié­na­tions au pou­voir, qui poussent avec ténac­ité et sys­tème la planète et l’humanité au désas­tre. Vers une « solu­tion finale » qui, cette fois-ci, nous con­cerne tous ! Nous tous, vic­times en puis­sance, devri­ons porter déjà une étoile jaune !

« Les peu­ples exis­tent pour être trompés », dit dans un vers Emi­nes­cu, en se ren­con­trant ain­si par-dessus les décen­nies avec Cou­liano, qui décré­tait de manière lap­idaire : « Il n’existe pas de pou­voir bon ». Ce qui veut dire ‒ et là c’est moi qui glose ‒ que la pro­pa­gande, expres­sion déli­rante de l’aliénation au pou­voir, guide les peu­ples, à tra­vers divers­es idéolo­gies, vers leur pro­pre exter­mi­na­tion ou, du moins, vers un asservisse­ment dénué de tout espoir. Car si l’enfer indi­vidu­el est escha­tologique, l’enfer col­lec­tif, lui, s’avère d’une immé­di­ateté implacable.

Le but du total­i­tarisme est la réduc­tion de l’humain à l’homme mécan­isé, cybor­gisé comme on dirait de nos jours, décom­posé en seg­ments de temps utiles – l’homme-heure, l’homme-minute, l’homme-seconde – dans les con­di­tions d’une dou­ble accéléra­tion, de l’histoire et de la tech­nolo­gie. S’instaure ain­si le par­a­digme d’une vacuité anthropique qui laisse la place à une organ­i­sa­tion méta-éta­tique, au-delà de la vie sociale et de la tech­nique même, téléguidant par sous­trac­tion – effet para­dox­al d’une dis­tan­ci­a­tion syn­chrone – une diachronie du crime où la vio­lence se man­i­feste en des formes de plus en plus abstraites, générées par une « intel­li­gence arti­fi­cielle », mais qui hélas peu­vent tuer très con­crète­ment11.

Cette fuite en avant sur la pente accélérée de l’arbitraire total­i­taire, avec ses armes de guerre, la famine, la ter­reur, la tech­nolo­gie instru­men­tal­isée, et son cortège de prési­dents et pre­miers-min­istres belliqueux qui s’arrogent, se don­nant des lois ad-hoc ou même pas, des pou­voirs dic­ta­to­ri­aux tant chez eux que dans le monde, a comme pen­dant la perte d’autorité des instances inter­na­tionales vouées à main­tenir la paix et à appli­quer les principes et déci­sions de jus­tice con­formes à leurs statuts. Ain­si restent-elles let­tres mortes les con­damna­tions pronon­cées par le TPI con­tre Pou­tine et Netanya­hou, les réso­lu­tions du Con­seil de sécu­rité con­damnant le bafoue­ment des accords inter­na­tionaux par la Russie et par Israël, les protes­ta­tions des organ­i­sa­tions human­i­taires, empêchées d’agir, visées par des attaques meur­trières et des accu­sa­tions men­songères, sans par­ler du total mépris dans lequel on tient la parole du secré­taire général de l’ONU, ou la cam­pagne d’État menée sur la base d’allégations faus­saires con­tre Francesca Albanese. En effet, la déperdi­tion des principes et des valeurs inter­na­tionales, voire de l’idée même d’en adopter et appli­quer – notam­ment en met­tant en accu­sa­tion les coupables – exprime l’impuissance aggravée du lég­is­latif face à l’exécutif et de la jus­tice face au pou­voir, ain­si que l’affaiblissement de la presse face à la pro­pa­gande qui la rem­place, alors que les jour­nal­istes véri­ta­bles sont fréquem­ment cibles d’accusations calom­nieuses et finale­ment d’assassinats12. Cela con­stitue peut-être la plus trag­ique forme du déclin des sociétés actuelles, qui s’exposent de la sorte à l’absence absolue de con­tre-pou­voir face aux auteurs de crimes de guerre, de géno­cides à répéti­tion, et de crimes con­tre l’humanité.

 

Nico­lae Labiș

Sinon, qu’est-ce qui reste dans cette foire aux van­ités où toutes les mar­i­on­nettes aspirent à la pre­mière place parce qu’elles ne peu­vent com­pren­dre qu’elles n’en ont aucune, out­re les ficelles aux­quelles elles pen­dent. Guig­nols vertueux con­tre guig­nols vicieux, du fait que nous nous sommes con­t­a­m­inés si joli­ment du con­cept de « guerre sainte », adap­té à notre sauce ! Jihad ou croisade – pas for­cé­ment anti-islamique mais soi-dis­ant « anti-total­i­taire » (la for­mule n’est même pas fausse !) réal­isée pour­tant avec les moyens du plus pur total­i­tarisme tech­nologique et idéologique, où curieuse­ment les sac­ri­fiées sont nos pro­pres pop­u­la­tions, jamais les cap­i­taux ! C’est la guerre du cap­i­tal­isme branché con­tre le total­i­tarisme ringard ‒ mais aus­si la guerre des élites de pacotille con­tre les peu­ples qu’elles trahissent, guerre où les images d’Épinal finiront math­é­ma­tique­ment en cat­a­stro­phe nucléaire ! Des Goebbels en puis­sance de toutes idéolo­gies et d’aucune, tra­ver­sant, telle une tor­nade de pro­pa­gande, toutes les cap­i­tales. Doigts nos­tal­giques d’apocalypse rêvant d’appuyer sur quelque bou­ton rouge…

Les peu­ples devi­en­nent ain­si les par­en­thès­es d’une dou­ble étati­sa­tion, de la con­science et de l’inconscient. Car l’inconscient aus­si, et non seule­ment la con­science, peut être trans­for­mé en une sorte d’orange mécanique, bonne à se faire press­er par les tribus des manip­u­la­teurs et des hyp­no­tiseurs poli­tiques, aux­quels s’ajoutent les jour­nal­istes à la sol­de, les révo­lu­tion­naires con­ver­tis, les tri­buns ven­dus, qui, plus dan­gereux à leur manière que la pour­ri­t­ure poli­tique com­mune, nous assiè­gent de toutes parts avec leur « magie » de propagande.

C’est, en tout cas, le sens que sem­ble don­ner Gérard Mer­met à cette altéra­tion de la démoc­ra­tie, dans son livre Démoc­ra­ture. Com­ment les médias trans­for­ment la démoc­ra­tie. Aux opin­ions toutes faites sont venus se rajouter les espoirs tout faits, les voca­tions toutes faites ou pire encore dé-faites, et bien enten­du, l’humanité toute faite ou plutôt, dé-faite et prête-à-porter.

« Si les médias sont les dif­fuseurs, par­fois les fab­ri­cants, du « prêt-à-penser » con­tem­po­rain, ils sont aus­si les four­nisseurs qua­si-exclusifs de ce qu’on pour­rait appel­er le « prêt-à-rêver », cet ensem­ble de stim­uli quo­ti­di­ens et répéti­tifs qui exci­tent l’imagination du pub­lic et influ­ent sur ses besoins, réels ou sup­posés. »13

La démoc­ra­ture… Avec elle, on dirait qu’on est sor­ti des « formes de fer » du total­i­tarisme pro­pre­ment-dit, pour entr­er dans l’espace car­nava­lesque d’un baroque en plas­tique, d’une potemkini­ade but­ta-fuorique,14 d’un kitsch idéologique voués à bagatel­lis­er, ou plus pré­cisé­ment, à domes­ti­quer et à dress­er par la bagatel­li­sa­tion, tout ce qui est étranger et unique, authen­tique­ment allogène, dans le poète, en tant que pneu­matophore. Et je rajouterais à cette com­préhen­sion de la « démoc­ra­ture », la grille de lec­ture cou­lianesque. Car existe-t-il une quel­conque forme éta­tique, une quel­conque organ­i­sa­tion du pou­voir qui ne soit, implicite­ment ou explicite­ment, total­i­taire ? Face à l’État polici­er, par déf­i­ni­tion total­i­taire, et à l’État magi­cien qui l’est aus­si, de manière sous-jacente, la “démoc­ra­tie” est-elle autre chose qu’un label plus ou moins bien mis en valeur par la “magie” des uns, et fort mal, par la bru­tal­ité poli­cière des autres ? L’actuel duel entre ce que nous avons appelé le cap­i­tal­isme branché et le total­i­tarisme ringard, le tout ayant comme trag­ique dénom­i­na­teur com­mun le sang des peu­ples (tchétchène, ukrainien, pales­tinien, iranien, …) exem­pli­fie de manière sai­sis­sante ‒ hélas ! ‒ notre propos.

À cet égard, il devient impos­si­ble de ne pas met­tre en par­al­lèle les mas­sacres de masse (en par­ti­c­uli­er des Tchétchènes15) per­pétrés par le bureau­crate assas­sin de Krem­lin – si Pou­tine est vrai­ment une per­son­ne unique et non une espèce de nom de code du régime post-sovié­tique en Russie, occul­tant des per­son­nal­ités mul­ti­ples – avec les exploits du Néron post-sion­iste d’Israël, ce bureau­crate géno­cidaire qui nous éton­nera tou­jours plus par son total manque de scrupules et par sa volon­té d’anéantissement, étape ultime du total­i­tarisme16 – tout en étant en même temps l’un des plus cor­rom­pus sinon le plus cor­rompu des mon­stres au pou­voir de la planète, que, d’ailleurs, seule une dic­tature du mas­sacre peut encore préserv­er de la taule. Avec plus de 50000 enfants tués ou mutilés (on estime à un enfant par jour tué seule­ment depuis le soi-dis­ant cess­er le feu), il ne peut plus être ques­tion d’un hasard mais d’une tech­nique d’extermination. Rajou­tons à cela les cen­taines de jour­nal­istes et intel­lectuels pales­tiniens assas­s­inés de manière ciblée (un bilan datant de décem­bre 2025 fait état de 317 jour­nal­istes). On veut écras­er l’avenir d’un peu­ple – ses enfants – et la con­science – ses por­teurs du verbe. L’ampleur de l’horreur n’est égalée que par celle du grotesque, le seul « mérite » de Netanya­hou en matière poli­tique con­sis­tant dans la manière extrême­ment effi­cace dont il manip­ule la para­noïa trump­iste, en révélant ain­si le car­ac­tère ancil­laire de la « poli­tique » améri­caine actuelle – MAGA oblige !

 

La téléologie du crime et la dimension tribunicienne du poète

En fin de compte, le mal ‒ l’atroce, l’insoutenable, l’implacable « banal­ité du mal » dont par­lait Han­nah Arendt, le « mal rad­i­cal » envis­agé avec une espèce d’horreur et d’incrédulité par Kant, tant il lui parais­sait incom­pat­i­ble avec l’être humain – est quand-même , comme un asservisse­ment de notre médi­ocrité éthique, de notre plat­i­tude mécanique. Le prob­lème est que les assas­sins ou, plus exacte­ment, les com­man­di­taires des crimes, cèdent d’habitude au pos­si­bil­isme dément du pou­voir et à cette euphorie de l’impunité qui hante les poten­tats et les dic­ta­teurs. Plus encore : ils cèdent à cette haine à l’encontre des génies et des héros, haine pro­pre aux avor­tons poli­tiques, aux médiocres sculp­tés par la rage dans leur pro­pre banal­ité de formes sans fonds, aux imbé­ciles pétri­fiés par leur pro­pre idi­otie réi­fi­ante. Car toute forme de mal, ain­si que toute forme de fanatisme, donc de total­i­tarisme, abêtit !

Le but instinc­tif – the basic instinct – du total­i­tarisme, quel qu’il soit, est un seul, à savoir l’exter­mi­na­tion. L’extermination physique d’un peu­ple, d’une caté­gorie eth­nique, sociale ou religieuse, des per­son­nal­ités incom­modes, jour­nal­istes et écrivains en par­ti­c­uli­er, des mon­u­ments, représen­tant et artic­u­lant l’histoire et la cul­ture d’un peu­ple ou les insti­tu­tions d’une société, mais aus­si l’extermination morale, des valeurs et des principes, de la mémoire du passé, de l’histoire par la fal­si­fi­ca­tion, du présent vécu, par l’idéologisation et l’endoctrinement, par la pro­pa­gande éhon­tée et le lavage de cerveau. Ou directe­ment, bru­tale­ment par les bom­barde­ments, l’affamement, la destruc­tion des infra­struc­tures vitales – eau, élec­tric­ité, voies de com­mu­ni­ca­tion – ce qui se passe actuelle­ment à Gaza en con­sti­tu­ant l’horrible exem­ple. Bref, par une « orwelli­sa­tion » occulte et général­isée de la société ou, plus rad­i­cale­ment, par l’éradication d’un peu­ple. En fin de compte, pourquoi ne pas le dire : le but des sys­tèmes total­i­taires ou cryp­to-total­i­taires (mod­èle vers lequel tend, hélas, la majorité des pou­voirs en place de nos jours), mais par­fois, et c’est peut-être le plus grave, des « démoc­ra­ties impar­faites », subite­ment et anor­male­ment excitées et même rhinocéro­sisées, est d’exterminer l’humain de l’humanité par une cul­ture du sang. Si la for­mule est per­mise, de mod­i­fi­er l’ADN de la nature humaine et, pour ain­si dire, de repro­gram­mer son iden­tité. Homo homi­ni dia­bo­lus ! Cette métaphore n’est, hélas, peut-être pas une.

Ter­roris­er par le crime, même sans aucune util­ité poli­tique, voilà le besoin pro­fond – comme on l’a vu tout dernière­ment à l’œuvre en Iran, avec les tueries de masse per­pétrées par le régime à l’encontre de sa pro­pre pop­u­la­tion, hommes, femmes, enfants. Hélas, tuer ou mutil­er des man­i­fes­tants n’est pas sans exem­ples même dans le cadre des bien réputées « démoc­ra­ties » occi­den­tales… Car nous nous trou­vons face à une téléolo­gie de l’inconscient – sans équiv­a­lent sur le plan de la con­science – de ces psy­chopathes au pou­voir, ou en quête de pou­voir quand ils se pla­cent en « oppo­si­tion ». Leur arme prin­ci­pale n’est d’ailleurs pas le crime en tant que tel, mais le sen­ti­ment effrayant qu’il engen­dre dans les pop­u­la­tions soumis­es à ses effets, à savoir, la stu­peur, l’incapacité, l’impossibilité de com­pren­dre, l’horreur devant l’irrationnalité et l’absurde du crime, qui heurte et nie votre human­ité pen­sante. C’est de cela que se nour­ris­sent avec délices les damnés du total­i­tarisme, c’est à cela qu’ils souhait­eraient réduire, eux, les démons d’un enfer laïc, l’humanité tout entière : à ce con­tin­u­um d’horreur et de ter­reur.

L’expression la plus rad­i­cale sinon la plus com­plète de cette téléolo­gie du crime, qui anticipe de façon si effi­cace l’utopie noire d’Orwell et les fan­tasmes robo­t­iques d’Isaac Asi­mov, se trou­ve dans un pas­sage de Kropotkine (Autour d’une vie, 1902, p. 9) que nous repro­duisons d’après Michel Fou­cault17: « “Bien”, dis­ait un jour le grand-duc Michel devant qui on venait de faire manœu­vr­er les troupes, “seule­ment, ils respirent.” ».

« Seule­ment, ils respirent » !… La vie, le dernier fac­teur qui sépare le mécan­isme dis­ci­plinaire de la per­fec­tion envis­agée, ce comble de la réi­fi­ca­tion. On voit bien qu’on se trou­ve bien au-delà de la sim­ple alié­na­tion dénon­cée par Dos­toïevs­ki, même au-delà de l’enfer orwellien, dans un espace où la plus par­faite réi­fi­ca­tion rejoint une étrange (pour nous, du moins) topolo­gie de la déshu­man­i­sa­tion, où les indi­vidus sont des seg­ments agencés d’un engrenage qu’on rêve, peut-être, de dépouiller de sa tridi­men­sion­nal­ité, les réduisant à une total­ité sans vol­ume, cen­timétrée et péra­tol­o­gisée, bidi­men­sion­nelle ou même, pour faire écho à L’Homme uni­di­men­sion­nel de Mar­cuse, monodi­men­sion­nelle. Au-delà de ce total­i­tarisme-là ne guette éventuelle­ment que le néant…

En revanche, celui qui se tran­scende par le sang ou par son œuvre, par le sang de son œuvre, éventuelle­ment, développe un daï­mon – qu’il ne faut surtout point con­fon­dre avec le « dia­ble », principe de la « banal­ité du mal » – en tant que pont entre l’individu qu’il a été, et l’esprit qu’il est et sera. Tant le sous-jacent spir­ituel, en cha­cun d’entre nous, a besoin de respir­er la vérité !

Le sens de la ten­sion irré­c­on­cil­i­able entre la poésie, dans l’acception la plus large, et les alié­na­tions poly­mor­phes du pou­voir (expres­sions d’un dog­ma­tisme répres­sif, plus ou moins habile­ment posé en pré­texte, quel que soit par ailleurs le plan de référence de celui-ci – poli­tique, économique, social), se dévoile dans un superbe pas­sage du livre depuis longtemps devenu clas­sique de Gilbert Durand Les struc­tures anthro­pologiques de l’imaginaire :

« Vouloir « démythi­fi­er » la con­science nous appa­raît comme l’entreprise suprême de mys­ti­fi­ca­tion et con­stitue l’antinomie fon­da­men­tale : car ce serait effort imag­i­naire pour réduire l’individu humain à une chose sim­ple, inimag­in­able, par­faite­ment déter­minée, c’est-à-dire inca­pable d’imagination et aliénée à l’espérance. Or la poésie comme le mythe est inal­ién­able. Le plus hum­ble des mots, la plus étroite com­préhen­sion du plus étroit des signes, est mes­sager mal­gré lui d’une expres­sion qui nimbe tou­jours le sens pro­pre objec­tif. Bien loin de nous irrit­er, ce « luxe » poé­tique, cette impos­si­bil­ité à « démythi­fi­er » la con­science se présente comme la chance de l’esprit, et con­stitue ce « beau risque à courir » que Socrate, en un instant décisif, oppose au néant objec­tif de la mort, affir­mant à la fois les droits du mythe et la voca­tion de la sub­jec­tiv­ité à l’Être et à la lib­erté qui le man­i­feste. Tant il n’y a d’honneur véri­ta­ble, pour l’homme, que celui des poètes » (n.s.).18

Dans la même veine, ce pas­sage, par­mi d’autres pos­si­bles, du Poète fou de Pierre Emmanuel19 :

Le para­doxe de la con­science, c’est que l’homme du des­tin soit aus­si l’homme de la lib­erté: le soli­taire est la con­science de l’espèce, il déroute celle-ci du des­tin et la rend capa­ble d’un futur. Car la con­science ne saurait se vouloir autrement que sou­veraine : et, quand l’espèce a pris con­science dans un homme, elle aspire à régn­er par lui, à détrôn­er la fatal­ité. Ain­si naît la sit­u­a­tion mythique : un homme seul devient le lieu d’une con­tra­dic­tion for­mi­da­ble, entre la pesan­teur naturelle au des­tin et la force ascen­sion­nelle de la con­science, entre le devenir ani­mal de l’espèce et la volon­té de créa­tion qui insurge celle-ci con­tre ses lim­ites innées.

De tels textes ne se mesurent pas unique­ment selon le luxe lux­u­ri­ant du style qui les porte, mais surtout en fonc­tion de la crue vérité qu’ils por­tent, dévoilant l’humain en tant que zone de risque, la con­science, en guise de rat de lab­o­ra­toire pour­suivi dans un labyrinthe par les chocs élec­triques de l’aliénation, et l’intelligence de l’homme, comme le ter­ri­toire d’interminables opéra­tions de lobot­o­mi­sa­tion. Mais aus­si, en tant que présence ultime de l’esprit dans un monde qui s’aliène vers sa perte, des­tin con­damné pour­tant à s’offrir à la lib­erté d’un témoin.

La néces­sité est dés­espoir com­pris. Ce n’est qu’en par­tant de cette néces­sité comme dés­espoir com­pris et dégoût assumé ‒ de la néces­sité comme nausée ! ‒ que nous pou­vons, enfin, par­ler de lib­erté. Car il y a dans le dés­espoir une hau­teur court-cir­cuitée par l’abîme – un plon­geon en haut du rêve – qui fonde la lib­erté. On devrait même par­ler de l’exas­péra­tion, ce dés­espoir act­if, le dés­espoir-protes­ta­tion, qui devient bien plus même qu’un devoir – une voie. 

Une voie vers quoi ? Vers la trans­parence, bien sûr, et vers la vérité. En par­ti­c­uli­er, con­for­mé­ment à un para­doxe qui jus­ti­fie en fait notre démarche et la rend néces­saire, vers la mise à nu de la nature inau­then­tique du poli­tique par le biais même de sa zone crim­inelle ; car, comme nous l’avons déjà dit, le crime est la sincérité des sys­tèmes total­i­taires – et l’aspiration pro­fonde, quelles que soient leurs formes insti­tu­tion­nelles, de tous les autres. Le crime dévoile, en toute trans­parence et en dépit des tous les maquil­lages dont il puisse faire l’objet, la nature vraie des sys­tèmes de pou­voir – alors que leurs « formes sans fond », tout comme les étab­lisse­ments et insti­tu­tions com­plices, sont dém­a­gogiques, la pro­pa­gande ten­dant à devenir, par sa « péd­a­gogie » impu­dente, orwelli­enne au fond, un sub­sti­tut débil­isant des consciences.

C’est là que nous sommes con­fron­tés aus­si à la dou­ble nature du poète, qui rajoute à sa voca­tion intrin­sèque une dimen­sion sup­plé­men­taire, faisant du droit un devoir et du devoir, un droit : la dimen­sion tri­buni­ci­enne. Le poète véri­ta­ble, non la créa­ture des étab­lisse­ments traî­nant der­rière des casi­nos, est tri­bun par voca­tion, au même titre qu’il est poète par voca­tion, doté du droit, moral et non seule­ment poli­tique, de veto, tels les tri­buns d’autrefois. Non élu par la plèbe, comme à Rome, mais choisi par l’esprit qui l’habite, par sa con­di­tion même de poète, assumée – car par­mi ceux qui pré­ten­dent l’être il y en a, hélas, dont la volon­té ne s’élève pas au niveau de l’appel, et qui, inhab­ités, sont han­tés par le fan­tôme de leur démis­sion vocationnelle.

À la dif­férence de l’humanité qu’il représente, et du peu­ple qu’à son insu même, il place au cen­tre d’étincellement du sacré, investi qu’il est, en tant que prophète, de l’esprit et de la voix tri­buni­ci­enne du logos, le poète est une créa­ture ago­nique, de seuil. Il est plus près du statut du néant mys­tique qui se pense avec les infi­nis qu’infiniment il sup­prime en con­tin­uelle irrup­tion métacog­ni­tive, que de l’individu vis­i­ble, par lequel son être para­dox­al, fait d’abyssales con­tra­dic­tions, se voile. Il porte en syl­labes les anam­nès­es qui tra­versent les univers et réin­ven­tent les orig­ines, déroulant ain­si des sou­venirs pneu­ma­tiques d’avant l’individu, et des fron­tières que les ter­ri­toires des éti­quettes et des dimen­sions physiques ou même para-physiques ne con­nais­sent point. Mais en même temps, lui, le pneu­matophore, s’avère, par la puis­sance invin­ci­ble du génie qu’il est, le por­teur d’un miroir moral où le fac­teur poli­tique, toutes épo­ques con­fon­dues, se reflète dans toute sa hideur, et où les régimes et les étab­lisse­ments d’aujourd’hui, de tous bor­ds, peu­vent con­tem­pler leur mon­stru­osité présente et future.

Les crimes s’accusent d’eux-mêmes, et, du même coup, les crim­inels, par les vis­ages muets mais ô com­bi­en par­lants des vic­times20. Mais alors, dans ce procès implicite que le crime, dévoilé et mis à nu par l’écrivain – vic­time et témoin en même temps – s’intente lui-même, qui doit finale­ment pay­er ? Les morts con­damnés à la mémoire par l’histoire, ou les vivants aus­si, non seule­ment pour les crimes et pour les dél­its moraux et juridiques qu’ils ont com­mis, mais égale­ment pour ceux dont ils ont hérité par indéfinie, hon­teuse com­plic­ité, par omer­ta.

Avec cette ques­tion, et con­fron­tés nous-mêmes à cette ques­tion, nous finis­sons cette con­clu­sion tou­jours ouverte d’une fin qui n’en finit pas, ou sinon, qui va finir avec le monde qui la rend si insup­port­able­ment néces­saire. Cette fin qui ne finit guère d’éternellement recommencer.

Notes

[1] Total­i­tarisme et lit­téra­ture (II). Une nou­velle syn­thèse sur les crimes d’État en Roumanie, Les Cahiers « Psy­chan­odia », n° 4, mai-juin 2023, et Crimes d’État d’hier et d’aujourd’hui : de l’assassinat au géno­cide, Les Cahiers « Psy­chan­odia », n° 11, novem­bre 2025 (sur le site : http://adshishma.net/Publications-Accueil.html); la toute pre­mière ver­sion de ces essais, en roumain, est parue sous le titre Trei crime de stat (Trois crimes d’État) : Mihai Emi­nes­cu, Nico­lae Labiş, Marin Pre­da, dans Les Cahiers « Psy­chan­odia »,  n° 2 / Avril-Mai 2021 (ibid.).

[2] Ces con­cepts, opposés mais aus­si com­plé­men­taires, sont dévelop­pés par I. P. Cou­liano (1950–1991) dans Éros et magie à la Renais­sance. 1484(Paris, 1984, ch. IV Éros et magie, pp. 147–150 ; l’édition améri­caine : Eros and Mag­ic in the Renais­sance, Chica­go Uni­ver­si­ty Press, 1987, ch. V : Of Eros as gen­er­al psy­cho-soci­ol­o­gy, 102–106). 

[3] Le syn­tagme appar­tient à Alexan­dre Sol­jen­it­syne et appa­raît dans son livre le plus étrange et, par rap­port à sa tra­jec­toire per­son­nelle, le plus con­tra­dic­toire, La Russie sous l’avalanche, paru en tra­duc­tion française chez Fayard en 1998 (l’année même de sa pub­li­ca­tion en russe). Pour une analyse cri­tique de ce bizarre opus voir mon arti­cle Sol­jeniţîn : “Rusia sub avalanşă” / La Russie sous l’avalanche, dans Total­i­tarisme et lit­téra­ture (I). Écrits cri­tiques et poli­tiques, Les Cahiers “Psy­chan­odi­aˮ, N° 3/ mai-juil­let 2022, pp. 372–436 (en roumain).

[4] Bril­lant jour­nal­iste, essay­iste et mémo­ri­al­iste roumain d’origine arméni­enne, Lev­on Kalous­t­ian (1908–1990) rejoint dans les années 30 le Par­ti social-démoc­rate, défen­dant la ligne poli­tique de Nico­lae Tit­ules­cu. Avec l’avènement en 1938 du Front de la Renais­sance Nationale créé par Car­ol II (la dic­tature royale) et l’interdiction de tous les autres par­tis, Kalous­t­ian se retire com­plète­ment du jour­nal­isme. Pour­tant, le régime com­mu­niste arrivé au pou­voir décide sa déten­tion sans procès entre 1948 et 1952 (pris­ons : Jila­va, Gher­la, Văcăreşti). Libéré, il est à nou­veau arrêté et con­damné pour déten­tion de livres inter­dits par la cen­sure du Par­ti. Finale­ment remis en lib­erté en 1964, lors d’une fameuse amnistie touchant les pris­on­niers poli­tiques (fausse­ment attribuée par­fois à Nico­lae Ceauşes­cu, arrivé au pou­voir seule­ment en 1965), il est autorisé à pub­li­er, sous sur­veil­lance, à par­tir de 1966, et vers la fin des années 1970 le mag­a­zine Flacăra (La Flamme) accueille ses chroniques régulières. En 1975 il pub­lie, à 67 ans, son pre­mier livre, Fac­sim­i­le (Fac­sim­i­les), suivi en 1976 par Con­spir­aţii sub cer deschis (Con­spir­a­tions à ciel ouvert), et la série des Sim­ple note (Sim­ples notes) en 1980, 1982 et 1983.

[5] La thèse des orig­ines pater­nelles arméni­ennes d’Eminescu a été abor­dée avec des argu­ments solides par Grig­ore Nan­driş (“Famil­ia Emi­now­icz în Polo­ni­aˮ / La famille Emi­now­icz en Pologne, Junimea lit­er­ară, n°s 4–5/1923).

[6] Voir mon arti­cle Mihai Emi­nes­cu. Une mise à mort trop longtemps occultéeˮ, dans La Let­tre du P.E.N. Club français n° 38 (novem­bre 2023), pp. 8–21.

[7] Voir mon arti­cle “Nico­lae Labiş – l’albatros tuéˮ, ibi­dem, pp. 21–27.

[8] Voir mon arti­cle “Marin Pre­da – le plus haï des écrivains”, dans la Let­tre du P.E.N. Club Français n° 39 (mars 2024), pp. 42–57, ain­si que dans Recours au poème (6 mars 2025).

[9] Voir mon arti­cle “I. P. Cou­liano – la dernière vic­time…”, Let­tre du P.E.N. Club Français n° 39, pp. 30–41, ain­si que dans Recours au poème 6 mai 2025) ; une étude bien plus dévelop­pée sur la vie et la mort de I.P. Cou­liano était parue sous le titre Les sept trans­gres­sions de Ioan Petru Culianu. Frac­tals, des­tin et her­méneu­tique religieuse, dans Les Cahiers « Psy­chan­odia »,  n° 1 / Mai 2011 (sur le site : http://adshishma.net/Publications-Accueil.html).

[10] Il s’agit de la déc­la­ra­tion faite devant les com­man­dants en chef de l’armée à Ober­salzberg, le 22 août 1939, en préal­able de l’invasion de la Pologne : Wer redet noch heute von der Ver­nich­tung der Arme­nier? Qui par­le encore aujourd’hui de l’anéantissement des Arméniens ?» (apud Vahakn Dadri­an, His­toire du géno­cide arménien, trad. de l’anglais par Marc Nichan­ian, éd. Stock, 1996, p. 630). En dévelop­pant cette idée, pro­logue évi­dent à l’Holocauste, Hitler exhor­tait dans le même dis­cours: « Soyez durs, soyez impi­toy­ables, agis­sez plus vite et plus bru­tale­ment que les autres » (Seien Sie hart, seien sie scho­nungs­los, han­deln Sie schneller und bru­taler als die andern). Le but final étant de « redis­tribuer le monde », il affiche claire­ment la méth­ode : la créa­tion d’un nou­v­el ordre mon­di­al exige le recours à l’élimination en masse, et cite encore un exem­ple : « Genghis Khan  a envoyé des mil­lions de femmes et d’enfants à la mort en con­nais­sance de cause et le cœur léger (fröh­lichen Herzens). L’histoire ne voit cepen­dant en lui que le grand fon­da­teur d’États ». Hitler con­clut alors qu’en exter­mi­nant les Arméniens, les Turcs ont per­mis à Mustafa Kemal d’établir un nou­veau sys­tème éta­tique que le monde a accep­té, parce que « le monde croit seule­ment au suc­cès » (Die Welt glaubt nur an der Erfolg). Le comble, de nos jours, est que cet « oubli » n’en est plus un : il s’agit plutôt d’engourdissement moral, voire d’une absolue paralysie éthique, le monde sait mais laisse faire sans bronch­er, ou trou­ve même des sophismes et amal­games nou­veaux pour jus­ti­fi­er les crim­inels face à leurs victimes.

Une ques­tion en apparence lim­i­naire et pour­tant loin d’être dépourvue d’importance est la suiv­ante : d’où tenait Hitler ses infor­ma­tions con­cer­nant le géno­cide arménien auquel il se réfère avec tant de crim­inelle non­cha­lance. La réponse tient en un seul nom : Dr Erwin von Scheub­n­er-Richter. Peu con­nu ou plutôt car­ré­ment incon­nu par un pub­lic plus large, Erwin Scheub­n­er-Richter s’avère de loin la source la plus impor­tante du dic­ta­teur alle­mand con­cer­nant les événe­ments qui s’étaient déroulées en Turquie. Vice-con­sul à Erzu­rum, ultérieure­ment com­man­dant adjoint d’un corps de guéril­la expédi­tion­naire tur­co-alle­mand – ce qui prou­ve avec bien d’autres faits l’importance de l’implication de l’Allemagne dans le géno­cide arménien de 1915 – il fut sans doute non seule­ment un spec­ta­teur mais tout sim­ple­ment un par­tic­i­pant aux mas­sacres, par exem­ple lors des atroc­ités com­mis­es dans la province de Bitlis, dont fera l’objet son dernier rap­port adressé au chance­li­er Holl­weg. D’ailleurs entre le 30 avril et le 5 novem­bre 1915 il envoie à ses supérieurs, en fonc­tion­naire con­scien­cieux, pas moins de 15 rap­ports con­cer­nant les dépor­ta­tions et les mas­sacres en cours. Peut-on réelle­ment douter que toutes ces infor­ma­tions et bien d’autres aient été trans­mis­es à Hitler, con­tribuant d’une manière déci­sive à un état d’esprit qui allait favoris­er, par voie de mimétisme crim­inel, la psy­chose de la “solu­tion finale”, env­i­ron trente ans plus tard? « Con­cen­trant son atten­tion sur la déc­la­ra­tion du 22 août 1939 à Ober­salzberg, une pub­li­ca­tion alle­mande a affir­mé récem­ment que Hitler “était sans doute par­faite­ment au courant” (Hitler muss genau Bescheid gewusst haben) de tout ce qui con­cer­nait le géno­cide des Arméniens, puisque “l’un de ses plus proches col­lab­o­ra­teurs à l’aube du mou­ve­ment nation­al-social­iste était l’ancien con­sul d’Allemagne à Erzu­rum, dont les ter­ri­bles rap­ports sur le mas­sacre des Arméniens ont été con­servés”. Le péri­odique allait même un peu plus loin puisqu’il affir­mait que les moyens util­isés dans l’épisode arménien (il faut plutôt par­ler de crime con­tre l’humanité, n.n.) servirent d’exemple pour l’initiative sim­i­laire de Hitler con­tre les Juifs. » (Dadri­an, ibid. p. 636). Mal­gré son indis­cutable impor­tance on pour­rait dire “men­to­rielle” pour Hitler en tant que per­son­ne, et pour le développe­ment idéologique du mou­ve­ment nazi, la car­rière si bril­lante du doc­teur Scheub­n­er-Richter fut bru­tale­ment inter­rompue lors du putsch avorté de 1923 lorsque Scheub­n­er, qui « mar­chait bras dessus, bras dessous avec Hitler », devint une des pre­mières vic­times de la police, « frap­pé par une balle en plein cœur. “Lorsqu’il tom­ba, il atti­ra avec lui Hitler si rude­ment que le Führer se démit l’épaule et hurla de douleur”. Comme l’observait Joachim Fest, “son influ­ence sur Hitler fut con­sid­érable ; il fut le seul par­mi les tués de la Feld­her­rn­halle, le 9 novem­bre 1923, que Hitler jugeait irrem­plaçable”». Pour une analyse détail­lée de la ques­tion, bien au-delà des faits déjà men­tion­nés, v. Dadri­an ibid.: Le cas spé­cial du Dr Erwin von Scheub­n­er-Richter, pp. 635–638.  

[11] On a appris fin 2023 / début 2024 que les attaques aéri­ennes con­tre des immeubles d’habitation ou insti­tu­tion­nels à Gaza étaient pro­gram­mées par des IA… (pour cibler des per­son­nes : uni­ver­si­taires, jour­nal­istes, écrivains, artistes – tous sans doute éti­quetés comme ter­ror­istes… et des bâti­ments : hôpi­taux, mater­nités, écoles, bib­lio­thèques, églis­es, mosquées, uni­ver­sités, musées – tous bien enten­du décrétés abrit­er des ter­ror­istes !… dont surtout des enfants… même en bas âge !).

[12] Rap­pelons seule­ment quelques cas emblé­ma­tiques des dernières décen­nies : la grande jour­nal­iste d’origine ukraini­enne Anna Poli­tovskaïa (née Mazepa), opposante déclarée à Pou­tine et dénon­ci­atrice des crimes de guerre en Tchétchénie, tuée par balle à Moscou le 7 octo­bre 2006 (comme par hasard, le jour même d’anniversaire de Vladimir Pou­tine, alors que depuis son acces­sion au pou­voir 21 jour­nal­istes avaient déjà été assas­s­inés avant elle) ; Jamal Khashog­gi, le jour­nal­iste saou­di­en opposé à la poli­tique de Riyad,  mis en pièces le 2 octo­bre 2018 sous l’ordre de Mohammed bin Salman Al Saud ; ou enfin Fat­ma Has­souna, la jeune pho­to­jour­nal­iste pales­tini­enne tuée, avec plusieurs mem­bres de sa famille, le 16 avril 2025 – une seule­ment par­mi les cen­taines de jour­nal­istes gaza­ouis vic­times d’as­sas­si­nats ciblés – dont les vidéos et pho­tos ont nour­ri le doc­u­men­taire de la réal­isatrice irani­enne Sepi­deh Far­si présen­té au fes­ti­val de Cannes.

[13] Gérard Mer­met, Démoc­ra­ture. Com­ment les médias trans­for­ment la démoc­ra­tie, Aubier, Paris, 1987, p. 150.

[14] Le mot, courant en russe et en roumain, vient de l’italien (but­ta fuori, jeter dehors) et désigne les acces­soires des décors de théâtre, par déf­i­ni­tion jeta­bles, et par exten­sion tout objet simulé, con­tre­fait, arti­fi­cieux, trompeur.

[15] Je ren­voie à la série d’articles que j’ai dédiés à l’époque aux atroc­ités orchestrées par le régime de Pou­tine en Tchétchénie, en me référant pour les infos, entre autres, au livre de la jour­nal­iste Anne Nivat, Chi­enne de guerre, Fayard, 2000 (v. Total­i­tarisme et lit­téra­ture (I), Les cahiers « Psy­chan­odia » n° 3, mai-juil­let 2022, en roumain, sous le titre : Ce voir ei / Que veu­lent-ils, II.1–3; sur : http://adshishma.net/Publications-Accueil.html).

[16] Cer­tains sont même allés jusqu’à com­par­er Netanya­hou avec Hitler. Nous pen­sons que cette com­para­i­son est légère­ment pré­maturée et trou­vons plus appro­prié de le rap­procher de Talaat, qui fut, comme lui et comme aus­si Pou­tine, un bureau­crate du crime – et, en tant que prin­ci­pal organ­isa­teur du géno­cide arménien, s’avéra le mod­èle de Hitler pour le géno­cide juif (cf. supra note 10).

[17] Dans l’un de ses ouvrages-clés, Sur­veiller et punir. Nais­sance de la prison (Édi­tions Gal­li­mard, 1975), p. 190.

[18] Gilbert Durand, Les struc­tures anthro­pologiques de l’imaginaire, Dun­od, Paris 1992, pp. 496–497.

[19] Pierre Emmanuel, Le Poète fou suivi de Élé­gies, Les Édi­tions de la Bacon­nière, 1948, pp. 11–12 (n.s.).

[20] « Emi­nes­cu en cer­cueil ouvert, défig­uré, mécon­naiss­able, seule­ment ses sour­cils noirs le rap­pelaient encore » (n.s.), Titu Maiores­cu, Însem­nări zil­nice (Nota­tions quo­ti­di­ennes), éd. I. Răd­ules­cu-Pogoneanu vol. III, p. 157. Évo­quons aus­si le vis­age d’enfant mar­tyrisé du jeune Labiş sur son catafalque de « mar­ié à la mort », ou Marin Pre­da mort, au vis­age défor­mé, bour­sou­flé par endroits, enfon­cé dans d’autres, ou encore la fig­ure aux traits gon­flés, comme blan­chis à la craie, de I. P. Cou­liano, que ses col­lègues d’université ne pou­vaient plus reconnaître.

Présentation de l’auteur

Ara Alexandre Shishmanian

Né à Bucarest en 1951, diplômé de la fac­ulté de langues romanes, clas­siques et ori­en­tales, avec une thèse sur le Sac­ri­fice védique, opposant au régime com­mu­niste, Ara Alexan­dre Shish­man­ian a quit­té défini­tive­ment la Roumanie en 1983. Poète et his­to­rien des reli­gions, il est l’auteur de plusieurs études sur l’Inde védique et la Gnose, parues dans des pub­li­ca­tions de spé­cial­ité en Bel­gique, France, Ital­ie, Roumanie, États-Unis (dont les actes du col­loque « Psy­chan­odia » qu’il a organ­isé à Paris sous l’égide de l’INALCO en mémoire de I. P. Cou­liano, dis­ci­ple de Mircea Eli­ade : Ascen­sion et hypostases ini­ti­a­tiques de l’âme. Mys­tique et escha­tolo­gie à tra­vers les tra­di­tions religieuses, 2006, et le pre­mier numéro d’une pub­li­ca­tion péri­odique : Les cahiers Psy­chan­odia, I, 2011 ; ces deux pub­li­ca­tions sont éditées par l’Association « Les amis de I. P. Cou­liano » qu’il a créée en 2005).

Il est égale­ment l’auteur de 32 vol­umes de poèmes parus en Roumanie depuis 1997, et depuis 2018 en France, dont : Priviri / Regards, Ochi­ul Orb / L’œil aveu­gle, Tirezi­a­da / La tirési­ade, regroupés dans Trip­tic / Trip­tyque (2001, éd. Cartea românească), le cycle Migrene / Migraines, I‑VI (2003–2017), le cycle Absenţe / Absences, I‑V (2008–2021), Neştiute / Mécon­nues, I‑V (2012–2018), Zdrenţe / Hail­lons, I‑IV (2022–2025), Onirice / Oniriques, I‑III (2022–2025, Leta­la lunii / La létale de la lune (2024), et enfin, În căutarea infer­nu­lui pier­dut. Si minor / À la recherche de l’en­fer per­du. Si mineur (2026). 

Plusieurs vol­umes de poèmes traduits en français par Dana Shish­man­ian avec la révi­sion de l’au­teur sont parus à ce jour. Ain­si, aux édi­tions L’Harmattan, dans la col­lec­tion Accent tonique : Fenêtre avec esseule­ment (2014), Le sang de la ville (2016), Les non-êtres imag­i­naires (2020), Orphée lunaire (2021); Mi-graines, aux édi­tions Échap­pée belle (2021) ; enfin, La létale de la lune (2024) et Oniriques (2025), en auto-édi­­tion asso­cia­tive (PHOS).

Autres lec­tures

Ara Alexandre Shishmanian, Fenêtre avec esseulement

His­to­rien des reli­gions, auteur de plusieurs études sur l’Inde Védique et la Gnose, Ara Shish­man­ian a égale­ment organ­isé, puis édité avec son épouse, Dana, les actes d’un col­loque sur la mys­tique escha­tologique à tra­vers les reli­gions mais aus­si de 14 vol­umes de poèmes parus en Roumanie depuis 1997.

Ara Alexandre Shishmanian, Les Non-êtres imaginaires

Avouons-le : il s’ag­it, à pre­mière vue, d’un livre dif­fi­cile, éru­dit, qui fait appel, entre autres, à des auteurs majeurs tels Borges, Poe, Kaf­ka, Novalis, Rilke… Ce d’au­tant que nous sommes face à […]

Ara Alexandre Shishmanian, Orphée lunaire, Mi-graines

Orphée lunaire, dernier opus d’Ara Alexan­dre Shish­man­ian, suit de près le Mi-graines paru aux édi­tions L’Echappée belle en 2021. Dis­par­ité séman­tique entre ces deux titres, mais on retrou­ve dans ces deux recueils la […]

Ara Alexandre Shishmanian, Oniriques

l’éros des étoiles s’éteint dans la peur • et les puits de l’inconscient se dressent avec leur per­plex­ité pleine de bitume • Ce nou­v­el ouvrage d’Ara Shish­man­ian est en réal­ité une sélec­tion mise […]

Réflexions sur le totalitarisme

“O cubic mon­ster, how can I erad­i­cate you? (…) Laugh­ter, actu­al­ly, saved me. Hav­ing expe­ri­enced all the degrees of hatred and despair, I achieved those heights from which one obtains a bird’s‑eye view […]

mm

Ara Alexandre Shishmanian

Né à Bucarest en 1951, diplômé de la fac­ulté de langues romanes, clas­siques et ori­en­tales, avec une thèse sur le Sac­ri­fice védique, opposant au régime com­mu­niste, Ara Alexan­dre Shish­man­ian a quit­té défini­tive­ment la Roumanie en 1983. Poète et his­to­rien des reli­gions, il est l’auteur de plusieurs études sur l’Inde védique et la Gnose, parues dans des pub­li­ca­tions de spé­cial­ité en Bel­gique, France, Ital­ie, Roumanie, États-Unis (dont les actes du col­loque « Psy­chan­odia » qu’il a organ­isé à Paris sous l’égide de l’INALCO en mémoire de I. P. Cou­liano, dis­ci­ple de Mircea Eli­ade : Ascen­sion et hypostases ini­ti­a­tiques de l’âme. Mys­tique et escha­tolo­gie à tra­vers les tra­di­tions religieuses, 2006, et le pre­mier numéro d’une pub­li­ca­tion péri­odique : Les cahiers Psy­chan­odia, I, 2011 ; ces deux pub­li­ca­tions sont éditées par l’Association « Les amis de I. P. Cou­liano » qu’il a créée en 2005). Il est égale­ment l’auteur de 32 vol­umes de poèmes parus en Roumanie depuis 1997, et depuis 2018 en France, dont : Priviri / Regards, Ochi­ul Orb / L’œil aveu­gle, Tirezi­a­da / La tirési­ade, regroupés dans Trip­tic / Trip­tyque (2001, éd. Cartea românească), le cycle Migrene / Migraines, IVI (2003–2017), le cycle Absenţe / Absences, IV (2008–2021), Neştiute / Mécon­nues, IV (2012–2018), Zdrenţe / Hail­lons, I‑IV (2022–2025), Onirice / Oniriques, I‑III (2022–2025, Leta­la lunii / La létale de la lune (2024), et enfin, În căutarea infer­nu­lui pier­dut. Si minor / À la recherche de l’en­fer per­du. Si mineur (2026).  Plusieurs vol­umes de poèmes traduits en français par Dana Shish­man­ian avec la révi­sion de l’au­teur sont parus à ce jour. Ain­si, aux édi­tions L’Harmattan, dans la col­lec­tion Accent tonique : Fenêtre avec esseule­ment (2014), Le sang de la ville (2016), Les non-êtres imag­i­naires (2020), Orphée lunaire (2021); Mi-graines, aux édi­tions Échap­pée belle (2021) ; enfin, La létale de la lune (2024) et Oniriques (2025), en auto-édi­tion asso­cia­tive (PHOS).
[print-me]

Sommaires

Aller en haut