> René Meurant, “Gages et autres poèmes”

René Meurant, “Gages et autres poèmes”

Par |2018-08-17T09:53:20+00:00 15 mars 2013|Catégories : Critiques|

Dans  les der­niers textes de René  Meurant  sur­git une forme de sui­cide par erreur suprême. Le poète ne croit plus aux méta­mor­phoses et aux rébel­lions de ses pre­miers textes [(« Naissance de la Révolte » 1932 ou « Europe sans par­don » (1938)]. Il est vrai que la guerre est pas­sée par là.  La poé­sie n’est plus que le rele­vé du repli iden­ti­taire du poète sur lui-même. Tout se passe comme si rien ne pou­vait être chan­gé. D’où ce constat :

 

« Je  ne dénoue plus
Je tranche
Assez de légendes de chants
De pièges à jours
J’écoute le seul chant de mon sang ».

 

De contre-corps par lequel l’écrivain lut­tait contre la sou­mis­sion le poème devient lettre qua­si morte.

Meurant s’est en effet aper­çu que le prin­cipe poé­tique est trop faible pour tenir le coup. Il n’aboutit qu’à une suite de ter­mi­nus ad quem qu’il prit d’abord pour des ter­mi­nus a quo.  Dès lors avec ces der­niers textes Meurant avance dans son laby­rinthe n’attendant plus aucune inter­ces­sion si ce n’est celle de sa femme (l‘artiste Elisabeth Ianovsky) dont « l’amour main­tient notre alliance ».   Mais en dehors de cette bouf­fée d’existence, la poé­sie quitte les accents glo­rieux pour se faire inti​miste​.et grave eu moment où  le poète tourne  sur lui-même et ne pos­sède peu d’espoir et ne croit plus au pou­voir « magique » (disait-il) de la poé­sie.  Il s’en prend au « livre » lui-même :

« Vivre. Brûler les livres »

Ecrit-il. Mais il est trop tard. Poète ou non on ne se refait pas : vie et écri­ture se conjoignent en un étrange com­po­site que la suc­ces­sion des textes dévoile en pas­sant du prin­temps à l’hiver, d’un état nais­sant d’un état de latence. Le poème n’est plus désor­mais  qu’hypothèse de rien : il s’agit d’une suite de cor­rec­tions sans cesse reprises mais ratées,  une manière de bif­fer ce qui vient de s’écrire en des suites de moments sou­mis à l’impulsion d’une néces­si­té de les dire pour se sen­tir encore un peu dans l’existence.

Certes Meurant pos­sède encore en lui une exi­gence de glo­ba­li­té. Il sait qu’il existe des choses qu'on pense – sans par­ler pour autant d'une pen­sée – des choses qu'on pense à un moment don­né qu'il fau­drait arri­ver à dire. Mais en même temps sur­gissent des contra­dic­tions (sur l’art, la poli­tique, l’existence elle-même) si bien que ce feuille­té reste  insai­sis­sable. L’écriture poé­tique ne par­vient qu’à émettre une émul­sion de réa­li­té. Reste pour­tant une notion de salut par l'écriture un salut for­cé  afin de ne pas mou­rir trop ou vivre trop mal. Mais  n’est-ce pas en consé­quence un sui­cide à petit feu ?  C’est une contra­dic­tion aus­si dont la « faute » paraît plus que néces­saire au poète. Il en va de sa sur­vie  dans  la pas­sion de la vie dont il  essaye d’atteindre sinon le fond du moins un cer­tain vide :

 

« Les miracles sont des fils uniques.
Je ne mar­che­rai plus dans les nuages
J’accepte le désert ».

 

Celui-ci reste tou­jours le fond de l’origine et le recom­men­ce­ment de la fin. Michaux le savait bien : « Au com­men­ce­ment, la répé­ti­tion » écrit-il.

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