> Roland Halbert et son « Parloir aux oiseaux »

Roland Halbert et son « Parloir aux oiseaux »

Par | 2018-05-26T06:17:50+00:00 9 octobre 2013|Catégories : Blog|

     « Tout le secret des choses tient dans le chant d’un oiseau ». Cette phrase de Henry-David Thoreau, le poète nan­tais Roland Halbert la fait sienne. Il nous le montre dans deux livres éton­nants publiés conjoin­te­ment : Le Parloir aux oiseaux et La bec­quée du haï­ku.

       Si pour cer­tains auteurs la poé­sie est d’abord une affaire de « poé­thique », elle est avant tout « poé­sique » pour Roland Halbert : une expres­sion qu’il a for­gée lui-même, dési­gnant cette alliance de la poé­sie et de la musique. Certaines de ses œuvres ont, d’ailleurs, déjà don­né lieu à des créa­tions musi­cales, comme ce fut le cas en 2008, à Paris, pour sa Chantelettre, hom­mage à Sainte Cécile.

     Nul doute que son Parloir aux oiseaux – cinq chan­te­relles à saint François d’Assise – connaisse le même sort. N’en-a-t-il  pas lu des extraits lors du fes­ti­val François d’Assise/Olivier Messiaen, en l’église saint François d’Assise, dans le 19e arron­dis­se­ment de Paris ? C’était en octobre 2012.

     

    Une chan­te­relle ? Qu’est-ce à dire ?  En réa­li­té, un genre poé­tique, comme l’explique lui-même Roland Halbert, « inven­té sur le modèle de la chan­te­fable médié­vale où alternent les vers (chants) et la prose (pas­sages nar­ra­tifs) ». Les chan­te­relles à saint François évoquent ain­si  les hauts lieux de l’Italie fran­cis­caine, convoquent les poètes qui ont par­lé du pove­rel­lo (Claudel, Jammes…) et « ques­tionnent » cinq repré­sen­ta­tions pic­tu­rales des Prédications aux oiseaux.

     

     Voilà pour le conte­nu. Sur la forme, on a véri­ta­ble­ment affaire à un Objet Poétique Non Identifié (OPNI) alter­nant par­ti­tions de musique, trans­crip­tions de chants d’oiseaux (« iô, iô, iô, iô… ») et textes poé­tiques. « Le soir/​dans le jar­din des clarisses/​un rouge-queue à tête blanche/​ne cesse d’appeler/de sa note insatiable/​comme un grain de pitié sur la mar­gelle d’un puits ».

     Les mots divaguent dans les pages, se lisent à la ver­ti­cale ou à l’horizontale, en cercle ou en esca­lier. Esprits car­té­siens, s’abstenir… Le livre de Roland Halbert – d’une pro­fonde ori­gi­na­li­té for­melle – échappe à toute clas­si­fi­ca­tion. Il peut dérou­ter plus d’un.

    

                                                                                           …/​…

      C’est le cas aus­si de ses haï­kus dont il renou­velle pro­fon­dé­ment le genre dans sa Becquée du haï­ku. « Je leur ai don­né des confi­gu­ra­tions par­ti­cu­lières de l’ordre du cal­li­gramme et de la por­té musi­cale : dis­po­si­tion en gamme ascen­dante ou des­cen­dante, en demi-cercle, en ligne ver­ti­cale (à la japo­naise) », confiait-il, en juin der­nier, dans une inter­view à « Ouest-France ». « Oiseau cantonnier/​à la gorge rouge oran­ge/­donne-moi du feu », écrit ain­si Roland Halbert. « Plumé sous la pluie d’hiver/le pigeon demande/l’aide du FMI ».

            

     Ses vingt-cinq poèmes aux oiseaux de La bec­quée du haï­ku sont un clin d’œil aux Vingt-cinq poèmes sans oiseaux de Paul Morand. « Je crois que 17 syl­labes, c’est lar­ge­ment suf­fi­sant pour aller au vif des choses et des êtres », décla­rait aus­si l’auteur dans la revue « Ploc ». Roland Halbert manie volon­tiers l’humour, trait carac­té­ris­tique du haï­ku,  pour aller – disons-le – au cœur de l’aventure humaine. Au lec­teur « trop pres­sé », il sug­gère d’approcher sans bruit ces oiseaux qu’il désigne comme des « dieux mineurs ». Le chant du poète nan­tais – par le tru­che­ment de l’oiseau – épingle aus­si volon­tiers les tur­pi­tudes de notre époque. « Zone protégée/​ ne pas jeter de mésanges/​aux arbres en cage ». Sa « poé­sique » prend ain­si, de loin en loin, une allure de « Poéthique ».

    

    Enfin, le lisant (en par­ti­cu­lier son Parloir aux oiseaux), com­ment ne pas pen­ser à La Conférence des oiseaux, chef d’œuvre de la lit­té­ra­ture sou­fie. Son auteur : le Perse Farid-ud-Din Attar, qui, sous d’autres cieux, à une autre époque (à la fin du 12e siècle, celui de saint François d’Assise) avait aus­si don­né la parole aux oiseaux. « A quoi nous sert la vie sans la Source de vie ? Toi, si tu es un homme, ne vis pas sans ta vie », affir­mait la huppe dans un dis­cours aux autres oiseaux. Roland Halbert nous le dit aujourd’hui, à sa manière, entre les lignes. Mine de rien. En sif­flant, comme un oiseau, une par­ti­tion très ori­gi­nale.

 

X