> Roland LADRIERE : Inconnaissance éblouie, suivi de La ville reflétée

Roland LADRIERE : Inconnaissance éblouie, suivi de La ville reflétée

Par | 2018-03-28T21:19:37+00:00 21 février 2016|Catégories : Critiques|

 

Il fau­drait avan­cer long­temps ; long­temps et patiem­ment dans la poé­sie de Roland Ladrière, pour en des­si­ner un sens ; une des­ti­née, une tra­duc­tion phi­lo­so­phique ou même, plus sim­ple­ment : séman­tique.

Je ne pré­tends pas, évi­dem­ment, que cet homme aimable et culti­vé soit sans savoir. Je pré­ten­drais, moins encore, que cet huma­niste se conten­te­rait de flot­ter dans un impres­sion­nisme vague. Il suf­fit de le ren­con­trer pour per­ce­voir, en lui, non seule­ment un être d’une rare amé­ni­té, mais aus­si un homme de culture. Le ter­rain de vivre aura sou­vent retour­né l’âme, le cœur et la vie de Roland. La culture remue le ter­reau de l’être ; elle ramène à l’humus, à l’humain. Ladrière a lu, médi­té, son­gé et construit un être intime, qui ne res­semble en rien à une tour d’ivoire, à un sur­plomb, à un siège cathèdre.

Mais c’est un être ori­gi­nal.

Voilà donc un livre que j’aimerais abor­der hors du savoir. Car il m’est tom­bé des­sus sans crier gare, comme pour ral­lu­mer en moi la poé­sie. Qu’il s’agisse d’inconnaissance ou de ville reflé­tée, les vers et la prose de Ladrière usent de sa culture pour la faire oublier. Les pages se tournent, donc, ici, dans la mer­veilleuse puis­sance des com­men­ce­ments.

 

Vers l’aphasie des fleurs,
la conjonc­tion

des soli­tudes,

 

lit-on par exemple, page 41, et, même si le même poème, à la même page, « rede­mande à la chair /​ de rede­ve­nir /​ … Verbe », on n’y lira qu’énigme et trem­ble­ment.

L’œuvre de Roland Ladrière, méri­te­rait bien mieux qu’une note brève. Mais mon obli­ga­toire conci­sion ne la tra­hi­ra pas, je l’espère. Lisez ce petit livre. Il prend, à la racine, la ques­tion de la parole et, à chaque page, il vous ren­sei­gne­ra sur votre propre igno­rance éblouie.

Il vous invite à remon­ter ce qui pousse à par­ler jusqu’à son secret. Le cœur pal­pite, la langue bouge. La véri­té de l’être est un abime.

 

Voici des poèmes.

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