> Sans franchir

Sans franchir

Par | 2018-02-20T22:25:30+00:00 5 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

On tra­verse un pays de souches lourdes
et de sapins, les routes ser­rées. Je pense
le blanc par mottes froides qu'un mois
plein n'a pas réchauf­fées. La lumière écrase
les pri­me­vères, c'est trop. Trop comme
seul et vite. La route serre plus fort et
tou­jours on se demande ce que veulent
dire par­tir, reve­nir et sim­ple­ment pas­ser.   

L'oiseau mul­ti­plié déjoue la peur où la
terre s'est tour­née. Être ici puis là dans
les branches à vif, les verts poin­tus du
retour et si loin la tête, si loin dans l'air
neuf. On rêve encore, pour­tant, d'une
ampoule qui fait noir sur un papier de
viande crue – ce qu'on sue nous ignore,
les deux yeux trop vite dans le pare-brise.   

La lumière au devant, tou­jours, et la mort
assez près dans l'oiseau, la cour, le lichen
des troncs, même dans les res­pi­ra­tions lentes
à l'étage. La terre s'éboule dans la bouche
et par­tout. On arrache des images aus­si
vaines et res­sas­sées que les mottes d'hier.
On s'use à dire ça dans des mots faibles, in-
capables, et peut-être qu'il fau­drait se taire.    

Et ces mottes, encore, qui ne sont plus là
mais leur froid tenace – presque un hiver
dans l’œil, plus tar­dif, et bulle dans le redoux.
L’œil et la pen­sée s'entendent là où le haut
touche le bas. On retrouve à la fenêtre le prix
sûr de l'essence, la gri­saille où tout passe
moins vite. On reste à flot dans peu de chose :
ce pré­sent dévas­té ; l'imprononçable endroit.     
 

Sommaires