> SOLEILS DES ARCHIVES (extrait)

SOLEILS DES ARCHIVES (extrait)

Par |2018-10-20T17:19:08+00:00 8 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

Où que tu sois homme des archives,
les voix de la terre sont pré­sentes,
elles veillent sur la néces­si­té des énigmes,
sur la viva­ci­té et la luci­di­té de ta parole.
Il est vain de se sca­ri­fier,
de se fla­gel­ler pour accé­der au par­don,
il est vain d’ôter ses parures
pour vou­loir paraître plus nu,
plus vain encore de se réfu­gier
dans la plainte pour sus­ci­ter les larmes.
L’océan ne se sou­vient de ses noyés,
le fleuve de ses sui­ci­dés,
et montent au-des­sus des villes
les cris des gar­diens,
les rires des ouvriers.

Attachons-nous soli­de­ment au mât
de ce cirque où toutes les ombres gri­mées
miment l’éternité,
atta­chons-nous aux piliers de ces ponts
qui regardent se traî­ner
ces longues barques, ven­trues, pesantes et rouillées.
Le fleuve tou­jours est en lutte contre ses bords,
des poings cognent aux portes de la nuit,
ils saignent, vain­cus par les écluses
d’une impos­sible huma­ni­té.

En cette plaie, en ce cra­tère du verbe,
gra­vons les pas­sages de la lumière
pour ne pas en perdre le sou­ve­nir,
pour nous sous­traire quelques heures
au vacarme inces­sant des hommes
qui croient aux signes de leur déli­vrance
quand se mul­ti­plient leurs tom­beaux.

Où que tu sois homme des archives,
tra­ver­sé de soleils absurdes,
enchaî­né au socle des tra­di­tions,
char­gé de tous ces poids qui font le pri­son­nier
puis le cadavre,
Figure mar­ty­ri­sée
prise dans le défer­le­ment des rides,
figure por­tée à bout de bras,
à bout de crimes,
tra­hie par les anges
par toute cette mémoire des chutes et des exils,
va ! vogue vers l’île des inno­cents !
là où se retrouvent les dam­nés,
les sup­pli­ciés, les excom­mu­niés, les pros­crits,
et c’est pour eux
que le poème s’écrit,
c’est pour eux qu’il saigne, qu’il hurle,
qu’il se démène sous les planches,
qu’il frappe sur les solives des sourdes demeures
c’est pour eux qu’il vit !

Ô poète ! les eaux montent
mais le temps résiste,
où que tu sois homme des archives
sou­lève la chair de l’horizon
pour retrou­ver l’âme qui pal­pite,
pour remon­ter du cœur de la car­rière
cet éclat de roche qui porte le rêve du monde.

X