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Sur deux livres récents d’Alain Raguet

Par | 2018-02-20T02:17:13+00:00 4 décembre 2013|Catégories : Blog|

noir, racine de l’origine
Alain Raguet

 

« tout poème naît d’un germe, d’abord obs­cur, qu’il faut rendre lumi­neux pour qu’il pro­duise des fruits de lumière ». Ce sont des mots de René Daumal, le poète que nous aimons ici, qui viennent refer­mer Chaos d’éclats, plus récent ouvrage d’Alain Raguet. Oui, il faut avoir beau­coup expé­ri­men­té la poé­sie pour écrire cela, qui plus est dans un volume abso­lu­ment extra­or­di­naire inti­tu­lé Poésie noire et poé­sie blanche. On com­pren­dra un jour à quel point Daumal est le poète qui a inven­té, hier, la poé­sie de main­te­nant, on le sau­ra quand le tri sera effec­tué entre le bon grain et l’ivraie de ce qui se publie aujourd’hui. En une époque où, tout de même, il se publie tout et n’importe quoi. Comment peut-on écrire de la poé­sie sans avoir vécu avec les mots de René Daumal ?

Et par­fois, une étin­celle.

La poé­sie d’Alain Raguet ne se place pas seule­ment sous l’égide de Daumal. Elle en appelle aus­si à Pierre Soulages.

Le noir. Monolithes noirs. Ces mots de Soulages : « Avec le noir c’est la vie de la lumière qui appa­raît ». La vie est un tra­vail et ce tra­vail se nomme poé­sie, un autre mot pour dire l’alchimie du réel (plu­tôt que du « verbe »). Outre la pro­fon­deur sym­bo­lique des mots de Daumal et de Soulages, on sai­si­ra immé­dia­te­ment celle de l’engagement du poète qui se place dans ce sillon. Ce n’est pas de poé­sie au sens « lit­té­raire » dont il s’agit ici mais bien de poé­sie. Ce lieu que nombre de poètes contem­po­rains ou recon­nus vague­ment comme tels ont des dif­fi­cul­tés à per­ce­voir : l’au-delà du voile des appa­rences, le réel en son entier. Cela même qui est la poé­sie, pas celle des poètes, la poé­sie qui n’a pas même besoin de poètes pour être, la poésie/​chant, atha­nor du réel. Là, en ce lieu, le poète n’est pas poète. Il est sim­ple­ment lieu de pas­sage de ce qui le dépasse ample­ment. La poé­sie, c’est l’aban­don. Et cela ne signi­fie immo­bi­li­té que pour qui veut croire en une telle fadaise.

Nous par­lons ici du tra­vail des simples.

De ce qui consti­tue le réel même de ce que nous ten­tons dif­fi­ci­le­ment de per­ce­voir quand nous regar­dons autour de nous.

Il y a tout de même bien de la pré­ten­tion à croire écrire ce qui vous écrit, et cette pré­ten­tion – ma foi – parait, à l’observateur que je suis, assez lar­ge­ment par­ta­gé dans ce qu’il est de cou­tume de nom­mer « le milieu poé­tique ». Milieu… Les mots ne sont jamais insen­sés.

Rien de tout cela dans l’écriture d’Alain Raguet, poète et bon homme, sim­ple­ment au ser­vice du Poème. Et c’est déjà beau­coup.

Non ?

Ici, l’univers est cam­pé, si l’on ose dire. 

 

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