> Tant de soleils dans le sang d’André Velter

Tant de soleils dans le sang d’André Velter

Par | 2018-05-23T17:04:17+00:00 21 mars 2014|Catégories : Blog|

On ne pré­sente plus André Velter, encore moins à l’heure d’internet, heure où les bio­gra­phies se construisent en vitrines pour tout un cha­cun. Ainsi, l’on se tour­ne­ra ici ou ici au sujet du par­cours du poète/​voyageur.  Velter fait par­tie de ces poètes que l’on cri­tique aisé­ment dans les bis­trots ou l’arrière cour des média­thèques. Je com­mence à pen­ser que c’est cela la vraie recon­nais­sance contem­po­raine, en France : être cri­ti­qué sans être lu, uni­que­ment pour ce que l’on est. Donc, l’on entend des bribes de phrases ici et là au sujet de Velter, ses prix, Gallimard et cete­ra, parce qu’il est Velter. C’est assez récent d’ailleurs. En gros, depuis qu’il n’officie plus à la radio et que ses micros sont deve­nus inac­ces­sibles à celui-ci ou celui-là. Aujourd’hui, tout le monde aime bien Sophie Naulleau, Alain Veinstein ou Marie Richeux. L’humain en conti­nent « lit­té­raire », ce n’est pas de la tarte. On n’aime guère ceux qui « réus­sissent » socia­le­ment, y com­pris au sein de la socié­té lit­té­raire. Tout cela est de peu d’importance. Je veux sim­ple­ment dire que j’avais envie de lire André Velter, en son plus récent opus. Et que, moi, j’admire Gallimard, la Blanche, la NRF, l’immensité de ce tra­vail fait pour la lit­té­ra­ture en géné­ral, la poé­sie en par­ti­cu­lier, depuis plus d’un siècle. Eh oui, les grin­cheux, c’est peu de choses à côté de cette aven­ture et de ce qui est né sous l’or des cou­ver­tures Gallimard. Cela n’empêche d’ailleurs pas la cri­tique (lit­té­raire) par­fois.

Qui plus est, Velter met depuis très long­temps la poé­sie au cœur des arts, et les arts dans le creu­set de la poé­sie. Sous cet angle 2014, c’est un pré­cur­seur. Les lec­teurs atten­tifs note­ront que je mesure mes pro­pos. Je suis un tendre.

Rencontre entre les arts, avec l’art du voyage, la poé­sie au cœur, voi­là l’œuvre de Velter. Et ce livre, Tant de soleils dans le sang, ne dépa­reille pas, bien au contraire, dans cette poé­sie en marche. Ce n’est pas un livre si récent, je me sou­viens l’avoir lu il y a quelques années sous l’égide des édi­tions Alphabet de l’espace, c’est d’ailleurs la pre­mière fois que j’ai aper­çu la sil­houette de Velter, sur les images qui accom­pa­gnaient le texte. La nou­velle ver­sion ici don­née en col­lec­tion Blanche se veut défi­ni­tive. Peu importe que ce soit vrai ou pas, la marche est rare­ment chose défi­ni­tive. Tant de soleils dans le sang (quel titre, tout de même) est un « livre réci­tal » avec Pedro Soler, musi­cien aux doigts gelés par­fois quand le réci­tal se tient sur les hau­teurs du monde, accom­pa­gné de sept (quel nombre, tout de même) poèmes tracts avec Ernest Pignon-Ernest, artiste que plu­sieurs par­mi nous (mais pas tous) consi­dé­rons, dans Recours au Poème, comme l’un des plus impor­tants de notre temps depuis qu’il nous a été don­né, col­lec­ti­ve­ment, lorsque nous pré­pa­rions l’aventure en cours, de décou­vrir son tra­vail au fes­ti­val d’Avignon. Une époque de réunions secrètes en ter­ri­toires dis­crets enfu­més et avi­nés. Entre autres dérè­gle­ments. Superbes poèmes tracts (on pense à Mai 68 d’un cer­tain point de vue) qui sont poé­sie des pro­fon­deurs en leur appel à l’amour du corps (des femmes), autre­ment dit de l’absolu de la Beauté (c’est du moins ma Foi per­son­nelle). Œuvres réa­li­sées à « l’emporte-pièce », qui n’est pas le nom d’un café mais bien celui d’un outil for­gé par Ernest Pignon-Ernest. Superbes poèmes tout court, sou­vent, comme ce texte don­né à Juan Gelman, Quelqu’un comme toi ne doit pas mou­rir.  La poé­sie prend ici tout son sens, toute sa réa­li­té concrète, celle d’être encrée dans l’Amitié, pas n’importe laquelle, celle du centre des Amis. Que dire d’un tel texte ? Sinon l’émotion, l’humidité. André Velter le sait bien, lui, que la poé­sie se dit « au nom de l’impossible » ; il n’est dès lors point sur­pre­nant d’ouvrir et de fer­mer le volume sous l’œil d’Orphée, tant il y a de sang dans le soleil.  

X