> Temps morts et petites notes d’amertume de Marie-Josée Christien

Temps morts et petites notes d’amertume de Marie-Josée Christien

Par | 2018-05-24T06:30:43+00:00 19 mai 2014|Catégories : Blog|

     Marie-Josée Christien est éco­nome de mots. En trente courts poèmes, elle évoque dans un nou­veau livre ces « temps morts » qui, en réa­li­té, n’en sont pas puisqu’il s’agit, bien plus, de moments en sus­pens ou d’instants arra­chés à la fré­né­sie des jours.  

     Temps morts ? Il fau­drait donc plu­tôt dire « temps essen­tiels » à la suite de tous ceux qui à l’image de Pierre Sansot (Du bon usage de la len­teur, Rivages Poche, 2000) ont réha­bi­li­té une autre approche du temps. « La durée n’a de sens que dans les temps morts », écrit Marie-Josée Christien. « Je me tiens debout pour ne pas m’égarer ».  Ce regard déca­lé sur la vie est néan­moins empreint d’un cer­tain fata­lisme. A moins qu’il ne s’agisse d’une vraie luci­di­té. « Adossés au secret/​nous che­mi­nons sur d’étroits sentiers/​inconsistants/​nous avons l’illusion/de façon­ner le monde ».

         Faut-il, pour autant par­ler « d’amertume », comme dans ces Petites notes d’amertume que l’auteure nous pro­pose dans un autre petit livre ? Pas vrai­ment, car l’amertume, dont il est ques­tion ici, a quelque chose à voir avec le goût âpre de l’herbe sau­vage que l’on suce en che­min. Et assez peu avec la ran­cœur ou le dégoût du monde et des autres (« La sagesse est de l’amertume qui a décan­té »). Et le poète est mani­fes­te­ment du côté de la sagesse.

     A la manière des mora­listes, Marie-Josée Christien dis­tille des apho­rismes de bel aloi pour des­si­ner en creux (mais aus­si en relief) son pro­fil de femme et de poète, sou­cieuse d’amitiés et de rela­tions saines, de « fran­chise » et de « sin­cé­ri­té », loin des ten­ta­tions du pou­voir et de la domi­na­tion. Pour nous dire, aus­si, sa vision de la poé­sie. « Ce que je cherche dans la lec­ture d’un poème ? Le trem­ble­ment qui le tra­verse ». Plus loin, elle écrit : « La poé­sie affronte toutes les ques­tions qui bous­culent les cer­ti­tudes. Elle porte ain­si en elle l’essence de la vie ». Et pour en reve­nir aux « temps morts » que, déci­dé­ment, elle ne néglige pas, elle pour­suit dans ses petites notes : « Laissons vivre les temps morts, ces paren­thèses immo­biles où il ne se passe rien. Indispensables et fer­tiles, bien vivants, peut-être sont-ils la poé­sie à l’état pur ». On n’est pas loin de le pen­ser avec elle.

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