> Tournant le dos à, de Michaël Glück

Tournant le dos à, de Michaël Glück

Par |2018-10-20T17:09:56+00:00 3 mars 2014|Catégories : Blog|

Michaël Glück, c’est une voix qui porte, et ce dès le début du recueil :

 

dit renonce
et pour­tant recom­mence
salue le matin
salue le soir
dit rien n’eut
lieu ni mémoire rien
ne fut à mar­quer
d’un caillou rou­lé par les eaux
des heures sem­blables à
n’importe quelle heure
à peine eut le temps de
cor­ner une page

 

Voix que l’on peut du reste retrou­ver dans nos pages, et ain­si aug­men­ter le désir de lire ce bel opus du poète, publié sous le très agréable et beau phy­sique des édi­tions Lanskine.

La poé­sie de Glück est dense et dis­crè­te­ment… éru­dite. Mais… Chut ! Le mot risque de faire peur. Pourtant, c’est de civi­li­sa­tion dont nous par­lons ici. Il est fort pos­sible que le civi­li­sé fasse aujourd’hui un peu peur.

Etat pro­vi­soire du Poème.

C’est avant tout une poé­sie de l’amour de la langue et de la parole/​Parole (c’est pour­quoi elle est éru­dite et civi­li­sée). Car le poète connaît l’enjeu de la langue/​parole/​Parole et sait que la poé­sie et son écri­ture ne sont pas choses diver­tis­santes, bien que soient nom­breux les sal­tim­banques en terres de poé­sie, confon­dant par­fois soi­rées dan­santes (est venu à mes oreilles qu’un édi­teur pari­sien orga­ni­se­rait des soi­rées poé­tiques dan­santes, un peu comme l’on fai­sait dans les patro­nages de la ban­lieue rouge à l’époque du Petit Père des Peuples, j’ose à peine y croire) et essence de la vie, comme l’on dirait de l’essence d’un arbre (une défi­ni­tion par­mi d’autres de ce qu’est la poé­sie). Car il y a un enjeu, et la poé­sie est œuvre au cœur de ce jeu/​Je/​enjeu. Cela demande tout de même un peu de culture, voire d’érudition. Je veux dire : pour par­tir en guerre sous l’oriflamme de la Parole.

On pour­ra se ras­su­rer en consi­dé­rant que j’exagère. Pourtant, nous bai­gnons dans une époque où la com­mu­ni­ca­tion se prend pour la parole et où les mots vides et creux emplissent les cer­veaux dès prime matin. Et ce bruit offre fort peu de poèmes, ce n’est pas un hasard. C’est l’époque des « mots jetés dans le vide /​ faute d’oreilles ouvertes » dit le poète Michaël Glück qui ne semble pas craindre d’être taxé de rin­gard en en appe­lant ain­si à l’intelligence de ses contem­po­rains. Les mino­ri­tés fon­dées sur l’intelligence, la culture et le cœur ont tou­jours rai­son. Le poète est du bon côté de la bar­ri­cade.

La nôtre.

Et il bat sa poé­sie en rythme, quelque chose qui touche à la pro­fon­deur musi­cale du monde. Tel est le réel.

Ce qui ne va pas sans poli­tique, poé­sie pro­fonde et poli­tique sont insé­pa­rables (il faut être sacré­ment aveugle pour ne pas sai­sir cela d’un regard). Ainsi :

 

le catho­dique est
catho­lique
c’est-à-dire
l’universel
l’universel est
la norme de la sou­mis­sion
la décla­ra­tion uni­ver­selle
des droits de l’homme
est et n’est pas uni­ver­selle
cha­cun doit avoir le droit à la télé­vi­sion
doit avoir accès aux jeux
cha­cun est libre de se sou­mettre

 

Comme tout poète authen­tique, il y a une saine et calme colère dans la poé­sie de Michaël Glück, de ces colères qui sont des réac­tions – réac­tion contre la sou­mis­sion : Poésie d’abord !

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